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Bulletin Quotidien Europe N° 9872
Sommaire Publication complète Par article 34 / 35
SUPPLÉMENT /

*** EROL KULAHCI: La social-démocratie et le chômage. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ilb.ac.be - Internet: http://www.editions-universite-bruxelles.be ). Collection "Science politique". 2008, 205 p., 21 €. ISBN 978-2-8004-1430-0.

Encore plus qu'en 2004, les citoyens européens ne comprendraient pas, dans leur immense majorité, que la question angoissante de l'emploi, partant du chômage, ne soit pas au centre de la campagne électorale qui les conduira, en juin prochain, à renouveler le Parlement européen. D'où l'intérêt de cette étude scientifique qui voit un docteur en sciences politiques, chercheur associé à l'Université libre de Bruxelles, s'employer à voir si les partis politiques européens sont taillés pour relever valablement ce défi à la lumière du cas spécifique de la social-démocratie européenne regroupée aujourd'hui dans le Parti socialiste européen et de ses politiques de lutte contre le chômage. Ce travail académique fouillé - seuls les politologues distingués et les responsables socialistes ne céderont pas à la tentation de sauter certaines pages fastidieuses pour le non initié - se fonde sur des documents publics et internes au Parti socialiste européen, ainsi que sur des "entretiens centrés" avec des protagonistes venant de chacun des États membres.

Dans une première partie, Erol Kulahci commence par cerner la nature des partis européens avant de présenter une taxinomie mettant en exergue leurs trois dimensions, à savoir les composantes partisanes, leur structure et les fonctions exercées. Sur la base de cette réflexion théorique, il étudie l'attitude des institutions européennes vis-à-vis des fédérations européennes de partis politiques, distinguant quatre phases à cet égard: indifférence entre 1951 et 1969, reconnaissance informelle de 1969 à 1991, reconnaissance constitutionnelle depuis 1992 et, enfin, reconnaissance réglementaire depuis 2003, l'adoption du règlement sur le statut et le financement des partis politiques européens ayant, suite au Traité de Nice, constitué un "saut qualitatif" en matière d'européanisation par le haut. À partir de là, l'auteur procède à un travail de bénédictin afin de cerner l'action des acteurs partisans fondateurs de la fédération sociale-démocrate, de l'Internationale socialiste à la création du Parti socialiste européen en 1992 en passant par l'Union des partis socialistes de la Communauté européenne, tout en tenant compte des élargissements successifs de l'Union et, partant, de la fédération elle-même. Sur le plan du fonctionnement interne de celle-ci, il envisage ensuite dans quelle mesure l'autonomie des partis nationaux s'est tempérée au profit du développement structurel de l'europarti social-démocrate, ce qui lui permet de distinguer le passage d'une phase de contact à une phase de coopération et, dès lors, d'apporter une réponse affirmative à la question, même si l'on "ne perçoit cependant pas l'affirmation de règles de démocratie représentative dans le fonctionnement et l'évolution de cette structure supranationale". Dans la deuxième partie de l'ouvrage, Erol Kulahci s'attaque plus spécifiquement à la position et aux actions du Parti socialiste européen face à la problématique du chômage. Concrètement, il étudie minutieusement son rôle lors de la Présidence luxembourgeoise qui, en 1997, jeta les base d'une politique de lutte contre le chômage et la précarité de l'emploi, puis des Présidences allemande et portugaise qui, au tournant du millénaire, accouchèrent de la Stratégie de Lisbonne.

Dans ses conclusions générales, l'auteur observe que le Parti socialiste européen a joué un rôle tout sauf négligeable avant les Conseils européens de Luxembourg et de Lisbonne, ce qui invalide la thèse que cet europarti serait dans l'incapacité de fédérer ses membres et réduit à proposer des idées ayant seulement une "valeur déclaratoire". Néanmoins, la question du chômage et de la lutte à mener pour s'y attaquer l'a divisé, tant il est vrai que "des intérêts territoriaux limitent l'agrégation" au PSE, même si "l'ampleur du chômage dans les différents États a été déterminante dans la prise en considération de cette problématique par les élites sociales-démocrates". En tout cas, plus d'une fois, "la démocratie interne fut mise à mal". Le problème, c'est que "les acteurs partisans ne sont pas intégrés au parti européen", la construction européenne n'étant toujours "pas la priorité pour les partis nationaux" qui gardent la mainmise sur les campagnes électorales et continuent de court-circuiter les tentatives du Parti socialiste européen - mais la remarque vaut pour tous les europartis - de s'adresser aux citoyens européens et de relayer leurs demandes. Un diagnostic qui, demain, sera peut-être à mettre en parallèle avec les chiffres de participation aux prochaines élections européennes.

Michel Theys

*** JEAN-PIERRE CHAMOUX (sous la dir. de): Comment retrouver croissance et emploi ? Modernité de Jean Fourastié. Editions Publisud (15 rue des Cinq-Diamants, F-75013 Paris. Tél.: (33-1) 45807850 - fax: 45899415 - Courriel: publisud.editions@cegetel.net - Internet: http://www.editionspublisud.hautefort.com ). 2008, 223 p.., 15 €. ISBN 978-2-86600-669-3.

C'est Jean Fourastié qui inventa le concept des "Trente glorieuses", devenu le symbole des années de croissance et de reconstruction d'après-guerre, de 1946 à 1975. Prolongement d'un colloque international organisé à l'occasion du centenaire, en 2007, de cet économiste majeur, cet ouvrage réunit des contributions qui, souligne Michel Albert dans sa préface, "montrent l'actualité d'une pensée et d'une méthode dont le monde actuel a besoin pour comprendre et pour maîtriser une économie dont les mécanismes, la portée et le terrain sont en plein renouvellement". La crise sans précédent que le monde endure aujourd'hui rend plus nécessaire que jamais, en effet, la (re)découverte de balises qui puissent guider. La méthode de Fourastié était celle, selon Pierre Tabatoni, d'un "empiriste méthodique engagé", s'accrochant envers et contre tout effet de mode à la démarche expérimentale afin de cerner au mieux le "réel" - et non, comme l'observe le Pr. Chamoux dans son prologue, le "rationnel" qui, produit par la raison abstraite, "risque d'entraîner l'intellectuel à décrire le monde dont il rêve plutôt que le monde tel qu'il est". Un propos qui prend tout son sel aujourd'hui si l'on considère les avis de pseudo experts scientifiques qui cautionnaient, hier encore, les errements de l'économie financière. Trois éléments se trouvaient au cœur de l'analyse économique de Jean Fourastié: le progrès technique, moteur de l'économie depuis le XVIIIème siècle ; la productivité qui, elle, augmente le pouvoir d'achat des salaires et diffuse le progrès social ; enfin, la démographie qui conditionne la capacité de production, l'état d'esprit de la population et sa vision de l'avenir. Autant de principes de base que les auteurs de ce livre - avec notamment, parmi eux, le prix Nobel d'économie Robert Solow et Michel Pébereau - revisitent en témoignant de leur totale validité dans le monde qui est le nôtre.

(MT)

*** ULRIKA MÖRTH: European Public-Private Collaboration. A choice between efficiency and democratic accountability? Edward Elgar Publishing (Glensanda House, Montpellier Parade, Cheltenham, Glos, GL50 1UA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 622111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2008, 141 p.. ISBN 978-1-84542-981-2.

Au moment où les gouvernements du monde entier viennent au secours de leurs secteurs financiers respectifs, on se rend compte à quel point sphères publique et privée sont intimement liées. Des phénomènes tels que le processus de libéralisation des marchés économiques ont amené les autorités publiques à se rapprocher de leurs homologues du privé afin de mettre en place les politiques susceptibles de faire de l'Europe l'économie la plus performante au monde, ceci étant l'un des objectifs de la Stratégie de Lisbonne ainsi qu'une priorité pour la Commission. Si la privatisation est, pour la Commission, l'un des meilleurs moyens d'atteindre cet objectif, elle compte aussi sur les partenariats public-privé pour y arriver. On note à ce niveau une porosité grandissante entre les deux sphères et on assiste non plus à des relations verticales - qui, en démocratie, sont censées suivre une chaine de commandement assurant le contrôle du public sur le privé - mais plutôt à des relations horizontales où l'on a tendance à partager les pouvoirs, donc à les aliéner, rendant cette supervision malaisée et la responsabilisation des acteurs parfois impossible, la crise du secteur bancaire l'ayant démontré à suffisance. L'auteur de cet ouvrage a donc procédé à une étude empirique sur trois dossiers - le programme européen de navigation par satellite d'abord, le Banque européenne d'investissement et le secteur de la santé ensuite, le marché financier européen enfin - afin de déterminer à quel point les partenariats permettent la responsabilisation démocratique des différents acteurs et quelle est la relation entre cette dernière et l'efficacité économique si recherchée de nos jours. Voici donc un livre très intéressant par les temps qui courent, même si son caractère technique marqué en rebutera plus d'un.

(NDu)

*** FINN ROAR AUNE, ROLF GOLOMBEK, SVERRE A. C. KITTELSEN, KNUT EINAR ROSENDAHL: Liberalizing European Energy Markets. An Economic Analysis. Edward Elgar Publishing (voir coordonnées supra). 2008, 315 p.. ISBN 978-1-84376-374-1.

La récente crise pétrolière ou l'incident entre la Russie et l'Ukraine qui a entraîné la suspension de livraisons de gaz dans plusieurs pays européens ont mis une nouvelle fois à nu les faiblesses de l'Union dans le domaine énergétique et mis en avant la nécessité d'actions pouvant mener à une plus grande indépendance dans ce secteur. Pour la Commission, l'une des étapes pour réduire cette dépendance envers des pays tiers passe par la libéralisation des marchés de l'énergie, notamment ceux du gaz naturel et de l'électricité, de manière à assurer un plus haut rendement de la part des acteurs qui y sont présents et aussi, en théorie, de meilleurs prix pour le consommateur final. Les auteurs de cette étude se sont interrogés sur les effets de cette libéralisation pour le consommateur européen, d'une part, mais aussi sur les conséquences environnementales résultant de la hausse de production prévue. Se basant sur un modèle de simulation numérique du dernier cri, les chercheurs cherchent à déterminer, en termes quantitatifs, comment les marchés de l'Europe de l'Ouest seraient affectés à court et à long terme par une libéralisation totale - but final de la Commission, non seulement au niveau du gaz et de l'électricité, mais aussi au niveau de la consommation de charbon, d'énergie nucléaire, etc. Il ressort de cette étude que, si le processus de libéralisation continue tel que la Commission l'a défini, l'utilisateur final bénéficierait sur le court et le long terme de meilleurs prix, ce qui contribuerait à son bien-être et à la stabilité socio-économique en Europe. Cependant, ce gain se ferait au détriment de l'environnement puisqu'une plus grande production et consommation d'énergie ferait forcément augmenter les niveaux d'émission de CO2, ce qui serait contraire aux engagements pris par l'Europe à Kyoto.

(NDu)

*** DORETTE CORBEY, DAVID HAMMERSTEIN, SIRPA PIETIKÄINEN, VITTORIO PRODI, GRAHAM WATSON: Making the Green Energy Switch at a Time of Crisis. Bagehot Publishing (Bagehot's Foundry, Beard's Yard, Langport, Somerset TA 10 9PS, UK). Et Alliance des Démocrates et des Libéraux pour l'Europe (Tél.: (32-2) 2842111 - fax: 2309674). 2009, 51 p..

Certains défis transcendent les clivages partisans. Cette publication en témoigne puisqu'elle réunit cinq députés européens de quatre groupes politiques différents mêlant leurs voix pour appeler au sursaut afin que puisse être relevé le défi sans précédent du changement climatique. Au cœur de leurs messages, une commune conviction que le plus urgent est de diversifier les sources d'énergie en tournant le dos aux énergies fossiles pour embrasser les énergies renouvelables, ainsi que le résume Graham Watson.

(MT)

*** CLAIRE NAUWELAERS, RENÉ WINTJES (sous la dir. de): Innovation Policy in Europe. Measurement and Strategy. Edward Elgar Publishing (Cheltenham, Glos, GL50 1UA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2008, 295 p.. ISBN 978-1-84542-759-7.

Basé sur les dernières recherches dans le domaine de l'innovation, cet ouvrage tente de dresser des conclusions exploitables pour les autorités politiques. Les auteurs développent à la fois des approches quantitatives et qualitatives afin d'évaluer les perspectives d'une future Europe de l'innovation. La première partie de l'étude utilise des indicateurs dans le but d'aider à l'amélioration du processus de prise de décision, alors que la deuxième détaille les conditions nécessaires à l'effectivité des politiques innovantes en Europe. Claire Nauwelaers et René Wintjes soulignent, en effet, que la qualité de la gouvernance politique sera un facteur déterminant lorsqu'il sera question de faire face aux nouveaux défis créés par l'innovation de la connaissance dans les sociétés européennes. Une analyse riche, utile tant pour les décideurs politiques que pour le monde académique et ses chercheurs.

(EPi)

*** MIGUEL A. PEREYRA (sous la dir. de): Changing Knowledge and Education. Communities, Mobilities and New Policies in Global Societies. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3471727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Comparative Studies Series", n° 18, 2008, 367 p., 37,20 €. ISBN 978-3-631-57016-6.

Cet ouvrage présente les résultats de la 21ème Conférence de l'Association d'Éducation Comparée en Europe, complétés par les analyses de spécialistes internationaux. Examinant l'état de la connaissance et de l'éducation ainsi que les changements qu'elles subissent à l'heure actuelle, les auteurs analysent leur sujet sous l'angle de la globalisation, des nouvelles identités transnationales, du post-colonialisme ainsi que du nouveau vocabulaire utilisé. Du point de vue de l'éducation, l'accent est notamment mis sur l'e-learning, les nouvelles formes de management de la connaissance, les systèmes de formation de compétences, etc. Cette étude tente de comprendre ce qui est global et la façon dont nous comprenons le monde des nouvelles mobilités face aux anciennes stabilités et croyances. Les différentes contributions couvrent des sujets tels que le développement international et régional dans l'éducation, les vieux et nouveaux empires, les nouvelles politiques et économies basées sur la connaissance, le risque social d'exclusion et la culture dans les sociétés globalisées.

(EPi)

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