Trois aspects controversés. Dimanche prochain va se dérouler (sauf imprévus) la première rencontre entre l'UE officielle et Barack Obama. Elle aurait dû être une fête, elle ne le sera pas tout à fait. Certes, l'accueil européen largement positif et parfois enthousiaste au nouveau président américain sera confirmé, l'amitié et la coopération par-dessus l'Atlantique seront mises en lumière. Mais en même temps quelques zones d'ombre existent. Les orientations ne sont pas uniformes sur tous les sujets, des incertitudes subsistent sur certaines intentions américaines. M. Topolánek, président du Conseil européen, a eu la semaine dernière quelques mots assez vifs à l'égard de certains aspects de la politique américaine. Même en tenant compte des aléas de la traduction simultanée, la version française du texte en tchèque donnait ceci, à propos des questions économiques et financières: l'Amérique répète les erreurs commises dans les années 1930 qui mènent droit en enfer (…), le Sommet avec les États-Unis est important, nous ne devrions toutefois pas avoir d'attentes trop élevées: aucun messie n'est arrivé ». Des évolutions sont encore possibles d'ici dimanche. Au moment actuel, les aspects controversés peuvent être schématisés en trois points:
1. Orientations partiellement divergentes sur les politiques à suivre et les mesures à prendre pour faire face à la crise économique et financière. Cette rubrique en a fait état notamment dans le bulletin
N° 9867. Il faut attendre les résultats du Sommet du G20 de ce mardi pour y voir plus clair.
2. Incertitudes à l'égard de l'évolution de la politique américaine relative au Proche- et au Moyen-Orient et à l'Iran en particulier.
3. Pressions américaines à propos de quelques questions européennes internes, par exemple l'adhésion de la Turquie sur laquelle l'UE doit se prononcer de façon totalement autonome.
Influence américaine indirecte sur la ratification du Traité de Lisbonne ? Cette rubrique n'a certes pas l'ambition de donner des leçons de politique anticrise, sur le modèle de certains prix Nobel américains (qui d'ailleurs se contredisent entre eux), mais de rappeler quelques éléments des dossiers cités. Les critiques de
M. Topolánek à la politique de M. Obama étaient vraisemblablement influencées par des aspects qu'il n'avait pas cités, par exemple l'abandon probable du projet américain de bouclier antimissile dont l'installation partielle en République tchèque et en Pologne était prévue. Prague et Varsovie l'avaient acceptée sans coordination au niveau européen, et, selon plusieurs commentateurs, ce projet était devenu, dans la République tchèque, un élément de la stratégie interne prévoyant que le Sénat aurait approuvé en même temps le Traité de Lisbonne et le bouclier antimissile grâce à un compromis entre libéraux et socialistes. Cette stratégie devient sans objet si M. Obama abandonne le bouclier, et la ratification du Traité de Lisbonne, auquel le président de la République Vaclav Klaus s'oppose, devient plus compliquée.
Trois facteurs pour le dialogue avec l'Iran. Les États-Unis ayant toujours affirmé que le projet de bouclier antimissile ne visait pas la Russie mais l'Iran, ce projet perd sa raison d'exister si les offres américaines de dialogue lancées aux autorités de Téhéran sont suivies d'effet. Le message de M. Obama à ce sujet, qui représente son initiative la plus significative et spectaculaire, aurait en cas de succès un double résultat: rassurer Israël et contribuer à la solution des problèmes d'approvisionnement énergétique de l'UE. Trois facteurs interviennent: l'évolution de la société civile à Téhéran (surtout de la part des femmes) ; l'ampleur des réserves iraniennes de pétrole et de gaz (indispensables pour que le projet Nabucco soit rentable) ; le rôle politique direct ou indirect que l'Iran pourrait jouer dans toute la région (y compris en Afghanistan et dans le Kurdistan irakien). Miser sur l'Iran signifie miser sur l'avenir, alors que M. Ahmadinejad n'est pas éternel.
Des divergences ont toujours existé. Les quelques divergences euro-américaines doivent être situées dans le cadre global dont le Parlement européen a amplement discuté la semaine dernière (voir nos bulletins N° 9869 et N° 9870). Quelques divergences ont toujours existé et elles avaient surgi bien avant l'arrivée de M. Obama (affaire Airbus/Boeing, viande aux hormones, visas, etc.) ; elles sont presque insignifiantes face à l'ampleur des liens. L'objectif d'un marché transatlantique unifié d'ici 2015, repris et soutenu par le PE, laisse perplexe car il rappelle la zone de libre-échange qui avait été envisagée en son temps par M. Brittan. Mais l'UE et les États-Unis représentent de loin la principale relation bilatérale, aussi bien politique qu'économique, qui existe au monde. Il est inévitable que les deux parties ne soient pas toujours d'accord sur tout. Il faut en discuter sérieusement, mais sans oublier le cadre d'ensemble.
(F.R)