Évolution positive à consolider. En consacrant un commentaire aux problèmes du sport, j'ai l'impression de revenir plusieurs années en arrière. À l'époque, cette rubrique avait consacré pas mal d'attention aux problèmes juridiques du football dans le contexte européen, tant l'arrêt Bosman de la Cour de justice (décembre 1995) avait négligé la signification de l'activité sportive pour les jeunes, pour l'éducation, pour l'intégration des citoyens originaires des anciennes colonies d'outre-mer. Cet arrêt ignorait, malgré quelques phrases rhétoriques, la signification du sport pour la société et il était dominé par l'aspect purement juridique: libre circulation des personnes dans l'UE, interdiction des «discriminations» fondées sur la nationalité, libre concurrence dès qu'une activité sportive avait un caractère professionnel. La Commission européenne et la majorité du Parlement européen avaient largement suivi, à l'époque, la logique de la Cour. Le commissaire responsable de la concurrence avait même exprimé l'intention de faire respecter immédiatement la faculté, pour les clubs de football, d'aligner dans les championnats en cours autant de joueurs originaires d'autres États membres qu'ils le souhaitaient, en ignorant la règle sportive fondamentale selon laquelle on ne modifie jamais les règles d'une compétition pendant son déroulement.
Sur un plan plus général, des fonctionnaires zélés suggéraient que l'Europe se présente aux Jeux olympiques sous une forme « communautaire », réunissant dans une seule équipe les athlètes de tous les États membres. Le principe même des équipes nationales était ainsi mis en cause, en s'appuyant sur les exemples de l'URSS et de l'unification Allemagne/Autriche: Staline et Hitler, beaux exemples en vérité. La suprématie par le nombre des médailles aurait été sans doute conquise par l'Europe, et tant pis pour la rivalité sportive et la saveur de la compétition. Je préfère le choix des Britanniques, qui ont créé un Royaume unifié mais en gardant quatre équipes de football séparées et rivales: Angleterre, Écosse, Pays de Galles et Irlande du Nord.
Les opinions publiques pourraient s'y intéresser. Les années ont passé, et la situation s'est progressivement améliorée. La signification du sport a été reconnue dans les traités européens, le Parlement y a consacré davantage d'attention positive, la Cour de justice elle-même a évolué en reconnaissant dans plusieurs arrêts la signification et le caractère du sport. Après de longues hésitations, la spécificité sportive avait été reconnue dans une annexe au Traité d'Amsterdam et ensuite précisée en 1998 par une déclaration du Conseil européen et par une nouvelle déclaration dans le Traité de Nice. Le Traité de Lisbonne introduit dans son texte même (art.165) la possibilité d'agir. Nous sommes à un tournant. Le Parlement européen va à nouveau s'exprimer sur quelques aspects essentiels. Le Traité de Lisbonne, qui représente un progrès pour le sport comme il l'est dans bien d'autres domaines, pourrait entrer en vigueur dans les prochains mois.
Une autre raison pour en discuter tout de suite est l'ouverture de la campagne électorale pour le renouvellement du Parlement européen. On souligne partout l'exigence d'y intéresser les citoyens, d'axer les débats sur ce qui a une prise sur l'opinion publique. Il est vrai que pour le moment les priorités pour les citoyens sont liées à la crise économique: le chômage, le niveau des salaires, les dettes. Mais le sport, le football en particulier, continue à passionner les foules ; je crois que si les gens comprennent mieux à quel point l'organisation des championnats nationaux, la coupe des champions, la composition des équipes et l'équilibre des résultats sont liés aux règles européennes, ce secteur pourrait devenir aussi un enjeu de la campagne électorale. Il ne s'agit pas d'y introduire des questions juridiques mais d'affirmer quelques principes et quelques priorités. L'Europe devrait prouver qu'elle attribue désormais la priorité à la signification et à l'impact de l'activité sportive pour notre société.
Aspects moraux et civiques. Les aspects moraux et civiques sont au moins aussi importants que les aspects physiques. Pour combien de jeunes le sport représente le premier contact, et parfois le seul, avec des valeurs telles que la loyauté, la solidarité avec les co-équipiers et en même temps le respect de l'adversaire ? Le dopage et la violence sont également présents, mais en tant que dérives, que fléaux à combattre. Certaines batailles juridiques paraissent insignifiantes face à l'ampleur des enjeux. L'arrêt Bosman, en interdisant les indemnités de transfert qui permettaient aux clubs formateurs de financer les activités juniors, avait détruit un instrument précieux pour la formation des jeunes et l'intégration des familles immigrées, en faveur de la domination des clubs les plus riches. Des progrès vers une conception plus saine ont été ensuite obtenus. Toutes les institutions, le Parlement européen en tête, doivent poursuivre sur la bonne voie.
(F.R.)