Bruxelles, 10/02/2009 (Agence Europe) - Face à la contraction des échanges mondiaux résultant de la crise économique et financière internationale, l'OMC a de nouveau mis en garde, lundi 9 février, par la voix de son directeur général Pascal Lamy, contre un risque de spirale protectionniste émanant de la multiplication des mesures de soutien décidées par plusieurs gouvernements.
Crise financière, chute de la demande, fort ralentissement de la croissance économique, épuisement des crédits bancaires, tout concourt au scénario catastrophe pour 2009 qui sera, pour la Banque mondiale, le FMI et l'OCDE, une année noire pour le commerce mondial, les deux premières anticipant une contraction des échanges cette année de l'ordre de 2,1% et 2,8%. Pour l'OCDE, aucun pays n'est épargné, pas plus que ne le sont les secteurs. En valeur, les exportations et les importations de biens et de services dans l'OCDE ont baissé respectivement de 1,6% et de 0,2% au troisième trimestre 2008. Le pire étant à venir puisque, pour la Banque mondiale, le recul de la demande d'importations à des niveaux négatifs dans l'ensemble des pays de l'OCDE pourrait affecter les exportations des pays en développement à croissance forte. Sans négliger que les pays dont les réserves en devises sont insuffisantes miseront sur une dépréciation de leur taux de change. Les conséquences sur les balances commerciales seront lourdes, la Banque mondiale prévoyant par exemple que le déficit des États-Unis passera de 770 milliards en 2008 à 830 milliards cette année.
Estimant que 90% du commerce international est basé sur des crédits à court terme et chiffrant à quelque 25 milliards de dollars le manque de liquidités dans le commerce depuis le début de la crise, Pascal Lamy exhorte inlassablement les gouvernements à assurer l'ouverture des marchés et à conclure au plus vite le round de Doha. Dans un rapport sur l'évolution récente du commerce en liaison avec la crise financière, travail résultant d'un débat qu'il a initié dès novembre avec les institutions financières internationales, le directeur général de l'OMC demande aux puissances commerciales de tenir leurs promesses de ne pas ériger de nouvelles barrières ou restrictions au commerce à la faveur de la crise pour éviter qu'elles l'aggravent. « Jusqu'à présent, la plupart des membres de l'OMC semblent avoir résisté aux pressions protectionnistes internes. Il y a eu peu de preuves de hausses des droits de douane et des barrières non tarifaires », indique son rapport qui reconnaît toutefois des lacunes dans l'information fournie par les pays membres et des retards dans la notification de leur changement de politique par les États. Dans la perspective du très attendu sommet des puissances économiques du G-20 en avril à Londres, M. Lamy appelle donc à la vigilance.
Dans son rapport rendu public lundi, l'OMC s'inquiète des dommages collatéraux provoqués par les aides gouvernementales à certaines banques qui faussent la concurrence entre institutions financières en introduisant des distorsions. Elle s'inquiète aussi du soutien public à des industries menacées, comme l'automobile, annoncé dans plusieurs pays (Allemagne, Australie, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis et France), comme des mesures de préférence nationale sur certains produits qu'illustre le soutien de la Russie à ses constructeurs automobiles par des subventions publiques et la hausse des droits à l'importation. Sont dénoncés plusieurs exemples de mesures récentes allant à l'encontre du libre-échange comme la décision de l'Inde, en novembre, de relever certains tarifs et de restreindre ses importations dans le secteur de l'acier, de l'Équateur, en novembre, de relever entre 5 et 20% ses droits sur 940 produits pour réduire l'impact de la crise sur ses recettes, de l'Indonésie qui a réduit l'accès d'une série de produits à quelques ports et aéroports, de l'Argentine qui a imposé des demandes de licence sur des produits considérés comme sensibles, de la Corée du Sud qui a relevé ses droits sur les importations de pétrole, de la Chine qui a décidé de réduire ses taxes à l'exportation sur les textiles mais aussi de l'UE qui a annoncé la réintroduction des subventions à l'exportation pour les produits laitiers à partir de la fin janvier. L'OMC relève aussi que des gouvernements étudient d'autres subventions, dans de nombreux secteurs, comme l'aéronautique, la construction, l'acier, l'électronique.
Discutant du rapport avec M. Lamy au sein de l'Organe d'examen des politiques commerciales, plusieurs pays en développement emmenés par l'Argentine, le Brésil et l'Inde, se sont inquiétés lundi de l'impact des plans de sauvetage astronomiques prévus par les pays développés qui, selon eux, créeront de graves distorsions commerciales, et ont réclamé un examen plus approfondi de ces plans. L'OMC a promis pour la mi-mars un nouvel état global des politiques commerciales de ses pays membres, avant le sommet du G-20. (E.H.)