Bruxelles, 21/01/2009 (Agence Europe) - Les membres de la commission de l'agriculture du Parlement européen ont tenté d'exploiter les faiblesses de la Présidence tchèque, à savoir la manière dont elle compte mener les débats sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC) et négocier avec le PE dans l'esprit de la codécision, malgré les aléas du Traité de Lisbonne. Au cours du second semestre de 2008, Michel Barnier, le ministre français de l'Agriculture, a anticipé la codécision avec le PE sur le bilan de santé de la PAC et sur le programme de distribution de fruits dans les écoles.
Petr Gandaloviè, le ministre tchèque de l'Agriculture, a présenté le programme de travail de la présidence au cours de ce semestre. Il a d'abord souligné que les décisions sur « le bilan de santé » de la PAC, en novembre 2008, ont été le fruit d'un compromis (la République tchèque s'est abstenue lors du vote sur le paquet du bilan de santé). « Nous avons tous eu à accepter des choses » à contrecœur et à abandonner des ambitions que nous aurions voulu voir se réaliser, a dit le ministre tchèque. Mais, pragmatique, il a ajouté que sans compromis il ne peut y avoir d'accord. « L'esprit de compromis est au cœur du projet européen et la Présidence tchèque est engagée dans cet esprit et dans ce projet ».
Deux thèmes importants du bilan de santé seront poursuivis sous Présidence tchèque: l'avenir des paiements directs (en évoquant notamment les possibilités de développement du système de paiements directs et le niveau différent des paiements entre les États membres) et la simplification de la législation agricole. Parmi les autres sujets prioritaires, M. Gandaloviè a cité: - l'intégration du vin dans l'organisation commune de marché (OCM) unique ; - la révision du régime d'aide en faveur des régions moins favorisées ; - la mise à jour du programme de distribution d'aliments aux personnes les plus démunies dans la Communauté ; - la révision de la politique de l'UE sur les produits alimentaires de qualité ; - les forêts ; - les normes de commercialisation de la viande de volaille ; - la politique en matière de santé des animaux d'élevage ; - la protection des animaux au moment de leur abattage et mise à mort ; - la protection des animaux utilisés à des fins de recherche ; - la protection des animaux durant le transport ; - la sûreté alimentaire et la santé des plantes ; - le Codex Alimentarius ; - les mesures phytosanitaires.
Lutz Goepel (PPE-DE, allemand) a demandé à M. Gandaloviè comment il comptait concilier une PAC à la fois non discriminatoire et efficace. Il lui a demandé aussi ce qu'il pense du cofinancement par les États membres des dépenses agricoles. Luis Manuel Capoulas Santos (PSE, portugais) a dit espérer que la Présidence tchèque conservera l'esprit de la codécision initié sous Présidence français. Le parlementaire s'est inquiété de la manière dont la Présidence va conduire les débats sur la PAC, alors que la République tchèque en défend une vision très libérale. En outre, la République tchèque serait, selon certains documents, favorable à la baisse des aides du premier pilier de la PAC (soutiens aux agriculteurs et mesures de marché) et à une hausse des crédits du second pilier (développement rural). « Nous voulons fermement la codécision », a lancé Friedrich Wilhelm Graefe zu Baringdorf (Verts/ALE, allemand), et quand la République tchèque va-t-elle ratifier le Traité de Lisbonne ?
Peter Baco (Non-inscrits, slovaque) a voulu rassurer les membres du PE. La République tchèque a brillamment transformé en un secteur orienté vers le marché son agriculture anciennement fondée sur le collectivisme. Elle devrait pouvoir exploiter son expérience « dans l'intérêt de tous », a poursuivi M. Baco.
En réponse à ces questions et à d'autres, le ministre tchèque de l'Agriculture a répondu: - la République tchèque fera tout ce qui est en son pouvoir pour agir de la manière la plus correcte possible avec tous les pays membres. Elle œuvrera à la recherche de compromis et de solutions à l'avantage de tous les agriculteurs ; - il ne faut pas relever le niveau de cofinancement national des dépenses agricoles, sinon la PAC va devenir une concurrence entre les différents budgets nationaux ; - « dans la mesure du possible », la Présidence tchèque consultera le PE sur les dossiers agricoles et lui laissera la place nécessaire dans les négociations. « Nous allons faire preuve (avec le PE) d'un esprit d'ouverture et de coopération maximum » ; - la PAC doit être efficace, appliquée par tous les pays et acceptée par les citoyens. Enfin, M. Gandaloviè a dit espérer dégager en juin un accord sur l'avenir de la PAC, une PAC qui doit pouvoir être défendable auprès de la société et des contribuables. (L.C.)