Bruxelles, 21/01/2009 (Agence Europe) - Devant les députés de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Jean-Claude Trichet a notamment exclu tout risque de déflation et rejeté les craintes d'un éclatement de la zone euro. En dépit du niveau d'incertitude très important qui entoure les perspectives économiques, « sous-estimer la capacité des économies à se relancer pourrait aussi être une erreur », juge le président de la Banque centrale européenne (BCE) qui met toutefois en garde contre tout dérapage incontrôlé des finances publiques.
L'absence de risque de déflation. Revenant sur les raisons qui ont poussé le Conseil des gouverneurs à décider d'une nouvelle baisse des taux la semaine dernière (EUROPE n° 9819), M. Trichet a confirmé la baisse des pressions inflationnistes et le retour à un niveau conforme à l'objectif de stabilité des prix défini par la BCE (inférieur mais proche de 2%). Il a écarté tout risque de déflation (une baisse des prix sur une période relativement longue), distinguant un tel phénomène de la désinflation constatée actuellement (une diminution de la hausse des prix). Ce processus est à l'œuvre dans la zone euro du fait de la forte baisse des prix du pétrole et des matières premières, « mais il n'y a actuellement aucun risque de déflation », a souligné M. Trichet, même si l'inflexion des tendances inflationnistes pourrait parfois conduire à des taux négatifs d'inflation.
Le renforcement nécessaire du système financier mondial. « L'architecture financière nécessite un renforcement des groupements informels, en particulier le Forum de stabilité financière et le G20 », a souligné M. Trichet. Concernant les agences de notation, « il est clair que c'est un des points qu'il nous faut améliorer très substantiellement », mais « sur lequel il nous faut un accord transatlantique », a-t-il ajouté. Et de convenir avec Pervenche Berès (PSE, française), présidente de la commission parlementaire, de la nécessité de renforcer la surveillance macro-économique au niveau mondial afin d'éviter que se perpétuent les déséquilibres globaux (« Je ne vois guère que le FMI pour le faire »). Face à la fragilité du système mondial, « nous avons besoin de beaucoup plus de transparence » et d'« énormément d'énergie politique. Le G20 sera décisif à cet égard », mais « il faudra aussi des politiques macro-économiques durables ».
Le maintien du principe de consolidation budgétaire. M. Trichet s'est notamment félicité de la réaffirmation, la veille, par les ministres des Finances de l'UE d'un retour à la consolidation des finances publiques dès que possible. « Les différents pays ont tiré parti de toute la marge de manœuvre. Ce n'est que cette marge de manœuvre qui sera tolérée », a-t-il insisté, confirmant à Sahra Wagenknecht (GUE-NGL, allemande): « Tout ce que nous faisons doit être fait avec l'idée que c'est temporaire, que c'est ciblé, mais qu'il faut une stratégie de sortie ». En effet, « les gouvernements sont responsables de leurs politiques budgétaires et doivent respecter le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) », ce dernier « n'est pas un cadre abstrait », et il appartient aux États membres de mettre en œuvre des « politiques soutenables à long terme et convaincantes ». La divergence entre les taux pour les emprunts d'État des pays de la zone euro n'est pas quelque chose qui remette en question la zone euro ou la monnaie unique elle-même, souligne par ailleurs le président de la BCE. « Je ne suis pas inquiet, mais certains gouvernements doivent adopter des politiques plus durables », précise-t-il à John Purvis (PPE-DE, britannique), préoccupé par la dégradation des notations de certains États membres et les risques éventuels de défaut de paiement.
Le rôle de la BCE dans la supervision du système bancaire. Pour remédier au problème de la régulation bancaire de la zone euro, M. Trichet affiche clairement la disponibilité de la Banque centrale européenne pour assumer un rôle de supervision accrue. Une possibilité que les traités préfigurent, l'article 105§6 du Traité CE autorisant en effet le Conseil à confier à la BCE des missions spécifiques ayant trait aux politiques en matière de contrôle prudentiel des établissements de crédit et autres, à l'exception des entreprises d'assurance. Mercredi, il s'est dit « prêt » à cette éventualité, même si le Conseil des gouverneurs n'a pas encore tranché la question.
Les appels au déblocage du crédit. « Très attentif » à la manière dont les décisions de la BCE sur les taux sont traduites sur les marchés monétaires, M. Trichet constate quelques améliorations même si « ça ne marche pas comme ça devrait ». Au cours des dernières semaines, le taux interbancaire de référence (l'Euribor à trois mois) s'est replié, ce qui a été répercuté, au moins partiellement, sur les taux des crédits accordés aux ménages. « Nous invitons les banques en permanence à traduire effectivement, de manière absolument sincère, les baisses de taux que nous décidons », a-t-il assuré à Robert Goebbels (PSE, luxembourgeois), tout en n'étant « pas convaincu que tout (soit) fait dans ce domaine » malgré la diminution des taux d'intérêt d'une magnitude inégalée (de 2,25% depuis le 8 octobre) et les plans de soutien au secteur.
L'euro explosera-t-il avec la crise ? À la question de Jean-Paul Gauzès (PPE-DE, français), le président de la BCE répond sans surprise par la négative. « Toutes les monnaies du monde sont sous pression face aux turbulences financières actuelles », mais « l'euro et la zone euro ont montré une capacité de résistance». Les remarques faisant état d'un risque d'éclatement de la zone euro « me paraissent totalement infondées ». (A.B.)