Bruxelles, 20/01/2009 (Agence Europe) - Consciente des nouveaux enjeux créés par la crise économique et financière, qui incite les États membres à focaliser leur attention sur le secteur économique au détriment de l'éducation et de la culture, la Présidence tchèque a détaillé, lundi 19 janvier, devant la commission de l'éducation et de la culture du Parlement européen, les priorités qu'elle poursuivra en la matière. « Nous prenons le gouvernail à un moment critique (…) Les investissements sont nécessaires (dans l'éducation) pour être compétitifs et assurer une croissance durable », a souligné le ministre tchèque de l'Enseignement, de la Jeunesse et des Sports, Ondrej Liška. Constatant que les ressources sont aujourd'hui limitées, le ministre a indiqué que la Présidence tchèque allait mettre en avant la nécessité de diversifier les sources de financement pour les instituts d'Enseignement supérieur, car « il faut continuer d'investir ». « Les ressources humaines sont notre plus grande ressource et le transfert de connaissances joue un rôle clé », a-t-il poursuivi.
La République tchèque a trois priorités en matière d'éducation: 1) fixer les bases d'un nouveau cadre de coopération: la présidence incitera les États membres à poursuivre la coopération dans les limites du cadre lancé en 2002 afin de faire le point sur les progrès réalisés et réorienter les priorités pour 2010 ; 2) renforcer la coopération entre les établissements d'enseignement et les employeurs: une conférence organisée en avril, à Prague, permettra aux acteurs de poser les jalons d'une coopération plus élargie qui inclurait également les écoles dans le processus, l'objectif étant de mieux connaître les besoins des employeurs ; 3) poursuivre les objectifs de qualité dans l'enseignement supérieur, dans le cadre de Bologne: après une conférence qui se tiendra à Louvain et qui réunira tous les pays membres du processus de Bologne (46 pays), la Présidence tchèque fera le bilan des progrès accomplis notamment en matière de transfert de crédits et de coopération en matière de qualité et dressera des priorités pour 2010. Dans le secteur de la Jeunesse, trois priorités sont également à l'agenda: 1) évaluer le cadre de coopération existant et dresser les contours d'un nouveau cadre ; 2) poursuivre la mise en œuvre du Pacte européen de la jeunesse ; 3) soutenir la mobilité des jeunes volontaires dans le cadre de la recommandation du Conseil des ministres (novembre 2008). Une conférence sera organisée à Prague les 12 et 13 mars à ce sujet. En matière de sport, M. Liška voudrait davantage de collaboration entre les États membres pour lutter contre le dopage, la violence, le problème du transfert des joueurs étrangers mineurs, dans le cadre du Livre blanc et du Plan d'action Pierre de Coubertin.
Après l'exposé du ministre, Doris Pack (PPE-DE, allemande) s'est demandé si les objectifs de la présidence n'étaient pas trop ambitieux. Pour elle, les points-clés sur lesquels se concentrer sont établir l'année du volontariat en 2011, favoriser davantage la mobilité des jeunes, progresser dans l'éducation tout au long de la vie. María Badía i Cutchet (PSE, espagnole) a dit sa crainte que, dans un souci de mieux cerner les exigences du marché du travail, les employeurs ne dictent aux universités le programme éducatif à suivre au détriment des arts et de la culture. Daniel Petru Funeriu (PPE-DE, roumain) voudrait voir se poursuivre les efforts de la France en matière d'évaluation des universités. Katerina Batzeli (PSE, grecque) a recommandé de plus grands efforts pour accélérer la reconnaissance des diplômes et la mobilité des jeunes dès l'enseignement secondaire.
Sous l'impulsion du ministre de la Culture, Vaclav Jehlicka, la Présidence tchèque veut développer le rôle de la culture comme catalyseur de la créativité, dans le cadre de l'Année européenne de la créativité et de l'innovation 2009. Un « Forum pour une Europe créative » sera organisé en mars, qui considérera le rôle de la créativité en relation avec la société, l'enseignement et l'économie. L'objectif de M. Jehlicka est l'adoption de conclusions en la matière lors du prochain Conseil. Poursuivre les travaux en matière de label du patrimoine européen est une autre de ses priorités. Il veut concrétiser le projet français et mobiliser davantage de pays (19 États actuellement). En matière d'audiovisuel, le ministre poursuivra les efforts pour sensibiliser les utilisateurs en matière de piratage et d'offre légale en collaboration avec les fournisseurs de services, ainsi qu'en matière de placement de produits dans le cadre de la transposition de la nouvelle directive « services de médias audiovisuels sans frontières ». M. Jehlicka veut également rallier les pays tiers aux projets audiovisuels européens. Il lancera des travaux lors du prochain Conseil, dans le cadre de « Media Mundus ». Suite à la présentation, Doris Pack a souligné que les États membres, sous présidence tchèque, devraient davantage s'inquiéter des coupes budgétaires en matière de culture, notamment pour l'initiative « capitale européenne de la culture ». Vos priorités en matière de créativité et d'innovation ne peuvent être un succès à l'ère numérique qu'avec un règlement sur le droit d'auteur, a lancé Ruth Hieronymi (PPE-DE, allemande) qui souhaite également que Media Mundus soit adopté et lancé sous présidence tchèque. Marie-Hélène Descamps (PPE-DE, française) a demandé plus de précisions en ce qui concerne la Bibliothèque numérique, la lutte contre le piratage, le droit d'auteur et un agenda pour Media Mundus. Erna Hennicot-Schoepges (PPE-DE, luxembourgeoise) s'est pour sa part intéressée au label du patrimoine européen qui doit, selon elle, véhiculer l'histoire de l'Europe. (I.L.)