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Bulletin Quotidien Europe N° 9822
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Crise du gaz: considérations sur les implications économiques et politiques

Le facteur « temps » , les évolutions politiques et le problème de l'Iran. La crise dans la fourniture à l'UE de gaz russe via l'Ukraine comporte une multitude d'implications économiques et politiques. Ce n'est pas cette rubrique qui les découvre ; mais en les regroupant on constate à quel point elles sont liées.

L'aspect préliminaire est celui du temps, c'est-à-dire les délais nécessaires pour les solutions durables. Les acteurs sont obligés d'agir dans l'urgence, à faire face à l'interruption des approvisionnements ; mais la stabilité n'est pas une question de jours ni de mois, mais d'années, de décennies parfois.

Il est fortement question, par exemple, de relancer le projet Nabucco, qui permettrait d'éviter que le gaz originaire de la mer Caspienne, d'Iran, d'Irak, etc. doive obligatoirement transiter par le territoire russe. En même temps, on discute d'autres grands projets dont la Russie elle-même est partie prenante: le North Stream sous la Baltique, le South Stream, le Blue Stream. Lorsque de telles liaisons seront en fonction, la situation politique internationale sera vraisemblablement très différente de l'actuelle. Les experts ont indiqué que Nabucco ne sera rentable, et donc réalisable, que si l'Iran participe à son alimentation. Or, le moment venu, les difficultés actuelles des relations entre l'Iran et l'Occident ne seront plus, peut-être, qu'un souvenir. Dès maintenant, on attribue à la nouvelle présidence américaine l'intention d'ouvrir le dialogue. Au Sénat français, il a été explicitement affirmé qu'il est « nécessaire de réintégrer l'Iran dans le jeu énergétique international ». Serait-il raisonnable de fonder sur la situation d'aujourd'hui les décisions relatives à des projets de si longue durée ? La Turquie vient de confirmer l'importance qu'elle attache à Nabucco (voir notre bulletin d'hier) ; on attend les résultats de la réunion ministérielle de lundi et mardi prochains à Budapest. Pour ce projet, comme pour les autres cités et aussi pour celui qui acheminerait le gaz nigérien en Europe en traversant le Sahara, il faut regarder loin, bien au-delà des échéances électorales !

La question américaine. La «question américaine» est fondamentale de plusieurs points de vue. Les États-Unis sont loin et les pays situés aux frontières de l'UE devraient en tenir compte ; les autorités géorgiennes en ont fait l'expérience. Les autorités ukrainiennes ne devraient pas à leur tour négliger les réalités géographiques. Les adhésions à l'Otan ne sont pas décidées à Washington, les adhésions à l'UE encore moins, pas plus que la solution du casse-tête de la Crimée, si dangereux en puissance. Si, pour l'Ukraine, le partenaire stratégique est exclusivement Washington, elle devrait demander l'adhésion aux USA plutôt qu'à l'UE.

Si l'UE fonctionne, M. Poutine ne peut pas la diviser. Plusieurs observateurs ont reproché aux grands chefs russes leur effort de discuter séparément avec les autorités des différents pays de l'UE et avec les colosses européens du secteur énergétique (GDF Suez, ENI, E.ON, Shell, etc.) Mais c'est un reproche qui devrait plutôt être adressé à l'UE elle-même ! Si les États membres se présentent comme un ensemble, Moscou est bien obligée d'en prendre acte et d'agir en conséquence ; dans les querelles précédentes, même politiquement délicates (Géorgie, reprise des négociations pour un nouvel accord bilatéral), Moscou avait dû accepter de discuter avec l'UE en tant que telle, en reconnaissant formellement sa nature unitaire et le caractère unitaire de ses institutions. Il en sera de même pour l'énergie si l'UE dispose du Traité de Lisbonne (voir cette rubrique d'hier). Les affirmations du genre «ce n'est pas le Traité de Lisbonne qui nous chauffera » (phrase prononcée par un parlementaire tchèque à Strasbourg) font de l'effet mais ne correspondent à rien de concret. Certes, David Cameron a confirmé que si son parti gagne les prochaines élections britanniques avant que le nouveau Traité n'entre en vigueur, il organisera un référendum et invitera ses concitoyens à voter contre. Mais les déclarations pré-électorales dépassent souvent les intentions réelles…Je préfère rappeler que, selon le président de la Lettonie, « la politique de l'énergie ne peut plus être purement nationale » et d'autres prises de position analogues citées hier.

Il est d'ailleurs impossible de tout citer. J'ajoute seulement deux remarques de commentateurs divers: a) Gazprom et Naftogaz ne pouvaient pas « se permettre de faire durer longtemps leur conflit sans risquer l'étranglement », à cause de leurs problèmes financiers ; b) l'UE ne pourrait pas tolérer que «les luttes internes de pouvoir entre le président ukrainien et son premier ministre », ou l'intention russe de prendre le contrôle des gazoducs ukrainiens, compromettent son approvisionnement en énergie. Sans oublier, bien entendu, la relance du débat sur l'énergie nucléaire (la Pologne a déjà décidé), ni la priorité que l'Espagne et les pays baltes attribuent à leur connexion avec l'ensemble des réseaux énergétiques de l'UE.

(F.R.)

 

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