Bruxelles, 17/12/2008 (Agence Europe) - Le rôle qu'occupe la sécurité privée en Europe est certainement le dernier grand sujet abordé juste avant que ne s'achève la présidence française de l'Union européenne. Quelle est la place actuelle de la sécurité privée en Europe? Mais surtout, dans quelle mesure le secteur privé peut-il évoluer dans de nouvelles formes de partenariat avec la police? Telles sont les questions posées à l'intérieur du « livre Blanc » rendu public lundi 15 décembre à Paris, à l'occasion du premier Sommet européen de la Sécurité Privée organisé qui a réuni les acteurs de la sécurité publique et privée des 27 pays de l'UE.
Vers un rôle accru de la sécurité privée. En ouverture de cette conférence, la ministre française de l'Intérieur, Michèle Alliot-Marie, a rappelé que l'Etat demeurait l'architecte de la sécurité globale. « Mais le temps n'est plus où la sécurité privée était vécue comme une intrusion dans le domaine régalien de l' », a-t-elle affirmé. « Le temps de la méfiance est révolu. La sécurité privée doit prendre encore plus de place dans la chaîne de sécurité dont elle est l'un des maillons », a-t-elle ajouté. Á cette occasion, la ministre a annoncé la création en France d'un Conseil économique de la sécurité. Une demi-douzaine de personnalités devrait composer cette structure de réflexion et de prospective chargée de faire des propositions. « Nous devons avoir une vision plus globale de l'économie de la sécurité », a expliqué Mme Alliot-Marie. « Nous devons aussi avoir une plus grande cohérence par rapport aux évolutions de plus en plus rapides de la délinquance et à la demande de sécurité grandissante des concitoyens », a-t-elle encore dit.
Une réforme nécessaire. Le « livre blanc » intitulé « La participation de la sécurité privée à la sécurité générale en Europe » a été publié par les experts de la confédération européenne des services de sécurité (CoESS) et de l'Institut national des hautes études de sécurité (INHES). Le secteur de la sécurité privée, rappelle le président français Nicolas Sarkozy dans la préface du document, représente aujourd'hui en EUROPE 1,7 million de personnes, 50 000 entreprises, et un chiffre d'affaires de 15 milliards d'euros. Le président note que « la demande et l'offre de sécurité se font plus pressantes et exigeantes, en raison de l'espace laissé par la réduction nécessaire des dépenses des États ». Mais le renforcement du partenariat avec le privé ne se fera qu'après avoir d'abord « organisé ce secteur ». Selon lui, « l'harmonisation des législations nationales en une législation européenne de la sécurité est indispensable », notamment en vue de « coproduire des solutions public-privé de sécurité ». Président de la CoESS, Marc Pissens a affirmé que les acteurs de la sécurité privée cherchaient une reconnaissance officielle au niveau européen. « Nous ne disposons pas de point central de contact à Bruxelles », a-t-il regretté. « Nous souhaiterions une direction, un service, une unité, qui puissent coordonner une politique européenne globale pour nos activités », a-t-il souligné, rappelant que les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis et ceux commis ensuite sur le continent européen avaient entraîné une augmentation sensible des besoins en matière de sécurité privée, par exemple dans les domaines aéroportuaires ou dans les transports publics.
Le paysage morcelé de la sécurité privée en Europe. Le « livre blanc » laisse apparaître une augmentation sensible en Europe du nombre d'agents de sécurité privée qui s'élève désormais à 1.360.000 contre 1.150.000 en 2004. À titre comparatif, les forces de sécurité publiques comptent 1.900.000 agents contre 1.650.000 en 2004. Le nombre d'entreprises privées croît et s'établit à 40.500 dans les 27 États membres de l'UE. Sur la base de données de 2004, l'UE des 27 compterait 237 agents privés pour 100 000 habitants, à comparer à une moyenne de 360 policiers pour 100 000 habitants. Le paysage est cependant très contrasté selon les États. Ainsi, la Hongrie se classe-t-elle loin devant par le nombre de ses agents privés trois fois supérieur à la moyenne européenne. Puis viennent la Pologne, l'Irlande et le Luxembourg. La France se situe dans le dernier tiers. Le Royaume-Uni est allé le plus loin dans la délégation de son service public, confiant le transfert des détenus à l'exception des terroristes et des prisonniers très dangereux, la gestion de certains centres de détention et de rétention, et celle du stationnement à des sociétés privées. En revanche, l'armement des agents privés de sécurité, y est interdit tout comme au Danemark, en Irlande, aux Pays-Bas. En France, il n'est autorisé que pour le transport de fonds. En Hongrie, des privés assurent la surveillance des bâtiments publics, ministères ou tribunaux. En Italie, la vidéo surveillance urbaine leur a été confiée. En Roumanie, un protocole a été signé entre la police et des prestataires privés les autorisant à intervenir conjointement dans le maintien de l'ordre public. Toutefois, notent les auteurs du « livre blanc », « ces équipages hétéroclites ne produisent pas toujours les résultats attendus, les occupants ne s'entendant pas automatiquement sur leurs objectifs respectifs ». La structuration du secteur n'est en revanche pas encore terminée. Les experts pointent du doigt certains problèmes endémiques de cette profession comme le contrôle imparfait des États sur des entreprises qui ne respectent pas toujours les législations, des salaires bas peu attractifs, un « turn-over » important et une commande publique qui a trop souvent tendance à privilégier les économies au détriment de la qualité des prestations. Le « livre blanc » est disponible à l'adresse suivante: http: //http://www.coess.eu/pdf/CoESS-INHES_White_Paper-Private_Security.pdf (B.C.)