Stockholm, 30/10/2008 (Agence Europe) - Réuni en congrès à Stockholm jeudi 30 et vendredi 31 octobre, le parti européen des libéraux et démocrates (ELDR) va adopter un manifeste politique en douze points qui guidera l'action des partis libéraux nationaux lors des élections européennes de juin 2009. Tenu volontairement le plus concis possible, ce manifeste aborde quatre thèmes: les libertés civiles, le marché unique, les politiques énergétiques et environnementales, la politique extérieure, de défense et de sécurité commune.
Crise financière. Le Congrès de Stockholm a été l'occasion de dresser un premier bilan du rôle de l'Union européenne dans la réponse à la crise financière. « La coopération européenne a passé le test de la crise », a déclaré Jan Björkelund, leader du parti Folkpartiet Liberalerna et actuel ministre suédois de l'Éducation, convaincu qu'« aucun pays européen n'aurait pu mettre seul au point un paquet de mesures » permettant d'enrayer les turbulences. Les événements récents auraient aussi montré les risques que courent les pays européens n'ayant pas adopté la monnaie unique. En Suède, nous avons « une petite monnaie » évoluant sur « un immense océan » alors que les gens préféreraient plutôt traverser la tempête financière sur « un grand navire », a estimé M. Björkelund. Évoquant un récent sondage montrant un fléchissement important de l'hostilité des Suédois envers l'euro, il a souligné la nécessité de relancer les discussions sur l'adhésion de son pays à la monnaie unique. En Suède, une majorité conséquente de partis sont favorables à la monnaie unique, à l'exception notable du Centerpartiet, lui aussi au pouvoir et membre du parti libéral européen. De l'avis de sa présidente Maud Olofsson, « les Suédois ne sont pas encore prêts ». Au Danemark, la réflexion sur l'appartenance à la zone euro a également pris une nouvelle dimension. « La crise financière a montré le coût politique et économique de rester en dehors de la zone euro », a indiqué le Premier ministre libéral Anders Fogh Rasmussen: le Danemark n'a pas pu influencer des décisions qui ont rejailli sur sa propre monnaie et son économie. Le gouvernement danois souhaite organiser un référendum sur l'adhésion à l'euro d'ici à la fin de son mandat en novembre 2011, les incertitudes sur le Traité de Lisbonne ne permettant pas à ce jour de fixer une date précise.
Faut-il davantage réguler le système financier ? La position des libéraux en faveur de l'ouverture des marchés ne signifie pas avoir « des marchés dérégulés », a observé Annemie Neyts-Uyttebroeck, présidente du parti ELDR. Le Premier ministre finlandais Matti Vanhanen a estimé nécessaire de réfléchir activement à une réforme de l'architecture financière internationale: « Les solutions et les institutions mises au point pour les années 1940 devraient être modernisées (et adaptées) aux besoins du XXIème siècle ». M. Rasmussen a plaidé pour une meilleure gouvernance publique et non davantage d'intervention publique, une transparence accrue des marchés financiers et une augmentation des exigences en matière de capital pour les banques. « Fier de l'importance d'une monnaie forte » surtout en ces temps de fortes turbulences économiques, le ministre belge des Finances, Didier Reynders, a soutenu les efforts visant à accroître la supervision des institutions financières aux niveaux européen et international. Selon lui, l'organisation d'un nouveau Bretton Woods ne devrait pas déboucher sur plus de règles mais sur l'acceptation de « règles communes » avec un seuil minimum.
Manifeste. Une référence sera faite dans le manifeste politique des libéraux à la crise financière et aux réponses à y apporter. Jeudi matin, un amendement des libéraux allemands était âprement discuté. Il portait sur l'importance de l'indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) et sur la nécessité de politiques budgétaires saines pour assurer la prospérité des citoyens. Les Britanniques ont plaidé pour que référence soit faite à l'action des banques centrales des États membres n'ayant pas adopté la monnaie unique. Un délégué suédois a souligné l'importance d'insister sur le respect de l'économie de marché, en réponse à l'hyperactivité française actuelle concernant la mise en place d'une coordination accrue des politiques économiques.
Le parti ELDR exprime par ailleurs sa volonté de faire des défis énergétiques et environnementaux une opportunité qui consisterait à investir massivement dans les technologies favorisant une utilisation durable des ressources et permettant le développement des énergies renouvelables. La crise financière ne doit pas être une excuse pour réduire l'ambition du paquet « climat/énergie », a martelé M. Rasmussen. Le ministre suédois de l'Environnement, Andreas Carlgren, a estimé que les investissements en faveur d'une économie peu gourmande en CO2 faisaient partie de la solution à la crise financière. Il a mis en garde contre « le coût de l'inaction » qui serait comparable à « une nouvelle guerre mondiale ».
Les libéraux expriment leur soutien sans faille aux libertés fondamentales de la personne telles que la liberté d'expression, le respect de la vie privée ainsi que des droits des minorités. Ils réitèrent leur attachement aux quatre libertés inscrites depuis 1957 dans les traités européens: la libre circulation des personnes, des services, des capitaux et des marchandises. Selon eux, une cinquième liberté devrait être ajoutée, celle de la libre circulation de la connaissance en vue de stimuler les investissements dans la recherche et l'innovation. Et le marché intérieur devrait être étendu aux secteurs de l'énergie, des services postaux, des services financiers, du rail et de la santé. Enfin, les libéraux veulent une profonde réforme de la Politique agricole commune (PAC), afin de répondre à la demande internationale croissante et de dégager des moyens supplémentaires pour financer les dépenses considérées comme d'« avenir ». Une brochure des jeunes libéraux intitulée « CAP is crap ! » (« la PAC, c'est de la m… ! ») circulait jeudi dans les couloirs du Congrès de Stockholm. (M.B.)