Strasbourg, 30/10/2008 (Agence Europe) - À l'approche des élections européennes, nous avons voulu rencontrer chacun des présidents des groupes politiques qui composent le Parlement européen. Cette série d'entretiens dont nous entamons aujourd'hui la publication avec celui du président du groupe PPE-DE, nous donne un aperçu des résultats du groupe et de la législature qui s'achève, du jugement porté sur le travail de la Commission européenne et des priorités qui seront au cœur de la campagne de 2009. Élu alsacien de l'UMP, Joseph Daul est appelé à conduire la liste régionale dans l'est de la France. (O.J.)
EUROPE: Pouvez-vous nous dresser un premier bilan de l'action du groupe PPE-DE pendant cette législature ?
Joseph Daul: Je suis président depuis deux ans et demi. Hans-Gert Pöttering avait commencé la législature en 2004 et l'action du groupe, depuis que j'assume la présidence, était centrée sur l'intégration des douze nouveaux États membres qui nous ont rejoint. Mon action a été beaucoup marquée par des déplacements dans ces pays pour qu'ils intègrent très bien l'Europe et qu'en 2009 nous ne parlions plus du tout d'anciens et de nouveaux pays. Bien sûr d'autres actions au sein du groupe se sont poursuivies et ont valorisé toutes les législations qui ont été examinées pendant cette période. Ainsi, en ce moment, cette action porte sur toutes les législations importantes qui concernent le paquet Énergie/Climat. Le groupe travaille très sérieusement et est très influent sur l'ensemble de la législation européenne.
EUROPE: Quels sont les résultats concrets de l'action du groupe PPE-DE que vous retiendriez ?
J.D.: Nous sommes présents sur tous les dossiers, mais au Parlement européen, c'est aussi le travail avec les autres groupes politiques qui compte énormément. Si je prends maintenant le bilan de santé de la PAC (politique agricole commune: NDLR), le groupe dans son travail avec les autres groupes politiques a toujours réussi à constituer une très forte majorité, pour ne pas dire l'unanimité. Nous avons aussi beaucoup travaillé, l'an dernier, sur le dossier de l'alimentation. Personne ne pensait - moi-même je ne le croyais pas alors que je suis un spécialiste - que nous allions connaître une telle augmentation des prix qui était spéculative pour une grande partie mais qui quand même va se poser dans les années à venir. La nourriture dans le monde va être un enjeu principal dans les années à venir, comme l'énergie. C'est un grand dossier que nous venons de toucher avec la réforme à mi-parcours, mais que nous allons reprendre, je pense, tout de suite après les élections pour préparer l'après-2013. L'autre grand dossier, c'est l'énergie. Quand nous avons vu ce qui s'est passé également au niveau des cours du pétrole durant l'année écoulée, nous avons compris que nous sommes dépendants. Donc nous sommes obligés de chercher des énergies nouvelles, de travailler au niveau européen… Et ce qu'on ressent maintenant avec les crises - parce que l'Europe a toujours avancé dans les crises - c'est que l'Europe est plus soudée dans les crises que quand ça va bien. C'est le cas avec la Géorgie, avec le paquet Énergie/Climat où la position commune européenne sera très difficile à trouver parce qu'il faut un équilibre entre l'industrie et la sauvegarde des emplois et l'environnement.
EUROPE: Quels sont maintenant les principaux résultats obtenus par le Parlement européen au cours de la législature ?
J.D.: Le principal résultat dans cette législature, c'est que la Commission, plus que le Conseil, a travaillé étroitement avec le Parlement. Beaucoup plus étroitement qu'entre 1999 et 2004. Nous n'avons plus aucun sujet où la Commission ignore le Parlement (…) et bien sûr, on attend maintenant avec impatience le Traité de Lisbonne. Le seul dossier qui faisait l'objet d'un rapport de forces avant 2004, c'était le budget. Depuis, on est obligé de trouver des solutions puisqu'on est en codécision. Les systèmes de négociations se sont mis en place avec la Commission et le Conseil. Avant 2004, prenons le dossier que je connais bien: l'agriculture, on attendait du Parlement qu'il donne son avis (…) et le Conseil pouvait décider le contraire. Ça c'est terminé. Ni le Conseil, ni la Commission, ne décideront le contraire du Parlement dans la réforme à mi-parcours. Aujourd'hui, Michel Barnier (le ministre français de l'Agriculture, actuel président du Conseil: NDLR) vient ici pour savoir ce que le Parlement va voter. C'était inconcevable dans la précédente législature.
EUROPE: Quel est le jugement que vous portez sur le travail de la Commission au cours de ces cinq années ?
J.D.: La Commission à vingt-sept est plus difficile à gérer que la Commission à quinze, notamment parce qu'il y a des dossiers partagés par plusieurs commissaires. Mais je le répète: la coopération entre la Commission et le Parlement, les commissions parlementaires, à mon avis, fonctionne bien aujourd'hui.
EUROPE: Oui, mais sur le fond ?
J.D.: Prenons alors la crise financière. Je sais par exemple que - pour ne pas le nommer - McCreevy était un commissaire (chargé du marché intérieur et des services financiers: NDLR) qui était très réticent sur les différents changements, les différentes adaptations. Mais d'un autre côté, il faut aussi dire que quand il voulait faire des propositions, et surtout sur les questions financières, systématiquement ça bloquait. Et vous connaissez le pays où ça bloquait systématiquement. Donc, il y avait des dossiers qui étaient très sensibles. Les règles que l'on veut mettre en place au niveau financier, ce n'était pas possible, il y a deux ans. Vous savez, j'ai une expérience de la vache folle en France. Quand cette crise est arrivée, nous avions travaillé quatre, cinq ans auparavant pour l'identification des produits du producteur jusqu'au consommateur. C'était impossible d'avancer sur ce dossier! La crise est arrivée et on a pu passer en six mois toutes les règles qui étaient gelées depuis dix ans, presque quinze ans pour certaines. Donc, il faut profiter des crises pour faire passer des choses. C'est vrai, disons le très humblement, que - je n'aime pas ce mot - ce libéralisme un peu anglo-saxon qui était à la page pour certains commissaires - ça a probablement changé un peu - a peut-être bloqué un peu certains dossiers. (…) Moi, j'ai toujours défendu un libéralisme qui ressemble à un terrain de foot avec des règles, un arbitre et dont le principe est « que le meilleur gagne ». C'est mon professeur d'économie qui m'a appris cela, il y a quarante ans. Cet encadrement est à nouveau d'actualité maintenant. Et là au niveau du marché intérieur, il y avait quelques blocages. Mais c'était des petits blocages. Les grands dossiers n'étaient pas bloqués.
EUROPE: Certains ont reproché à cette Commission de ne pas défendre suffisamment la méthode communautaire et de subir la pression des États membres ?
J.D.: Prenons un dossier sensible: l'énergie et le charbon polonais. Si on doit appliquer les règles pour préserver l'environnement, et on devra les appliquer, cela conduira à une augmentation de 50% des coûts de l'énergie en Pologne. Donc, je crois que là aussi à vingt-sept maintenant, ce n'est pas aussi facile qu'à quinze. Et quand on était à quinze, il y avait le moteur franco-allemand qui pouvait pousser tout seul. On voit bien que le moteur franco-allemand doit fonctionner - il ne faut pas avoir peur de le dire parce que quand il ne fonctionne pas, c'est effectivement bloqué - mais il ne peut plus fonctionner tout seul. Il faut que ça devienne le G 27, en passant par du G 4 à l'occasion (…) et à vingt-sept, c'est plus difficile qu'à quinze.
EUROPE: Quelles sont, selon vous, les vraies priorités pour les cinq ans à venir ?
J.D.: D'abord, il nous faut le Traité de Lisbonne pour qu'on puisse gérer l'Europe. Si on n'a pas le traité, il faudra trouver une autre solution. On ne pourra pas continuer avec le Traité de Nice. Il faudra faire des élections avec le Traité de Nice, parce que je pense que l'Irlande n'aura pas ratifié avant les élections européennes. Donc, on aura un Parlement et une Commission conformes au Traité de Nice. Ce n'est pas encore ça la fin de l'Europe. Mais après, il faut très rapidement trouver la solution du traité, c'est-à-dire enlever cette unanimité au niveau de l'Europe. Ce n'est pas possible qu'on continue à vingt-sept à travailler à l'unanimité.
Ensuite, l'objectif doit être la sécurité: la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique et la sécurité défense, je le dis très clairement, pas pour faire la guerre, mais pour assurer la paix en Europe, dans les Balkans et autour de nous (…) et combattre le terrorisme dans le monde. Et puis vous pouvez ajouter la sécurité financière. (…) Il faut protéger, mais pas faire du protectionnisme. Je dis que l'Europe - je l'ai encore dit à un groupe de jeunes italiens, il y a un instant - doit s'ouvrir au monde et l'Europe doit partager un petit peu de sa richesse avec le monde.
EUROPE: On connaît déjà le candidat du PPE à la présidence de la future Commission. Je suppose que c'est aussi le vôtre ?
J.D.: Le candidat, pour moi - on n'en a pas discuté au groupe -, c'est José Manuel Barroso, puisqu'il est à nouveau candidat. Mais, vous savez, je suis très respectueux des électeurs: d'abord, il faut gagner les élections du 7 juin 2009, c'est-à-dire que le PPE-DE doit être le groupe majoritaire dans le prochain Parlement pour que José Manuel Barroso puisse continuer.
EUROPE: Est-ce que cela signifie qu'il devrait « mouiller sa chemise » dans la campagne et aller soutenir les listes PPE dans les différents États membres ?
J.D.: Je pense que dans la prochaine législature, ce sera sûrement le cas. On annoncera le candidat officiel de chaque groupe politique en cas de victoire aux élections. Je pense que cela va venir. Aujourd'hui, ce n'est pas totalement mûr.
EUROPE: Vous l'avez dit: il va falloir gagner ces élections. Si ce n'était pas le cas où si M. Barroso finalement renonçait à sa reconduction, qui d'autre verriez-vous pour lui succéder ?
J.D.: Très honnêtement, je n'y ai jamais réfléchi (…) Maintenant, la dernière fois, personne ne pensait non plus à José Manuel Barroso (…) Ce dont je suis sûr, si vraiment le problème devait se poser - j'espère qu'il ne se posera pas - on trouvera toujours quelqu'un. On a suffisamment d'hommes et de femmes de qualité en Europe. On n'aura pas de problème pour trouver une personne compétente pour gérer l'Europe.