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Bulletin Quotidien Europe N° 9747
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/inde

à la veille du sommet de Marseille, le Parlement européen appelle New Delhi à garantir le droit à la liberté religieuse dans le pays

Bruxelles, 24/09/2008 (Agence Europe) - Dans une résolution commune aux groupes PPE-DE, PSE, ADLE et UEN, adoptée mercredi 24 septembre à la veille du sommet UE/Inde du 29 septembre à Marseille, le Parlement européen exhorte le gouvernement indien à garantir le droit à la liberté religieuse dans le pays, bafoué par les persécutions dont sont victimes les minorités confessionnelles, les chrétiens en particulier.

L'un des principaux objectifs du sommet est d'insuffler un nouvel élan aux négociations pour un accord bilatéral de libre-échange, a souligné en ouverture du débat le président en exercice du Conseil, Jean-Pierre Jouyet. L'énergie et le climat, les questions internationales (Afghanistan, Birmanie/Myanmar, Iran et Pakistan) sont également à l'ordre du jour, a précisé le secrétaire d'État français aux Affaires européennes. La Présidence espère aussi signer un accord de coopération dans l'aéronautique civile, paraphé début 2008. Au nom de la Commission européenne, Margot Wallström a mis l'accent sur le dialogue politique euro-indien, qui s'étend à la lutte contre le terrorisme, la coopération économique (création d'un Business and Technology Center à Delhi) et culturelle, les questions commerciales et celles des crises financière et alimentaire mondiales.

Sans exception, tous les députés intervenant au nom de leur groupe politique ont dénoncé les persécutions des minorités religieuses en Inde, les chrétiens en particulier, notamment victimes de violences en Ossira, où leurs lieux de culte ont été dévastés. Le Polonais Konrad Szymánski pour l'UEN, le Néerlandais Bastiaan Belder pour l'IND/DEM et le Belge Philip Claeys pour les non-inscrits ont, en outre, critiqué la passivité du gouvernement fédéral et des États indiens pour assurer la protection des minorités religieuses et punir les coupables des persécutions. Intervenant à titre personnel, l'Italien Mario Mauro (PPE-DE) a reproché à M. Jouyet de « ne pas avoir condamné la disparition de la liberté religieuse en Inde ». « Nous demandons qu'à Marseille, l'UE rappelle à l'Inde que la liberté religieuse est fondamentale pour le développement de la démocratie et que la violation des droits de l'Homme est la fin d'un rapport constructif entre l'UE et l'Inde », a insisté M. Mauro. « Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur le non respect des droits de ceux qui ne font pas partie de la bonne caste », a martelé le Néerlandais Erik Meijer (GUE/NGL), soulignant les inégalités de traitement et de droits entre hindous d'une part, chrétiens et musulmans de l'autre. « Il faut aller au-delà de nos intérêts mercantiles et ne pas mettre seulement l'accent sur un accord de libre-échange avec un pays qui bafoue les droits de l'Homme », a ajouté le Polonais Miroslaw Piotrowski (UEN). « L'Inde est un pays qui reste attaché au pluralisme culturel et religieux », lui a rétorqué M. Jouyet, réfutant les accusations de passivité du gouvernement indien. Le Premier ministre Manmohan Singh a qualifié les persécutions contre les chrétiens de « honte nationale » et mobilisé 3 000 policiers pour leur protection, a ajouté M. Jouyet. Auparavant, au nom de son groupe, l'Allemande Gisela Kallenbach avait indiqué que les Verts n'adhéreraient pas à une résolution commune mentionnant que l'Inde est un modèle de pluralisme culturel et religieux, alors que ses minorités religieuses sont victimes d'intégristes hindous dont les procès sont retardés par la justice indienne.

Parmi les autres questions soulevées au débat, le Britannique Charles Tannock (PPE-DE) et la baronne britannique Nicholson of Winterbourne (ADLE) ont dénoncé les attentats perpétrés contre l'Inde, sur son territoire et en Afghanistan, et souligné l'importance pour l'UE d'aider l'Inde dans la lutte contre le terrorisme via le partage des renseignements. Soulignant le rôle de puissance régionale pour assurer la sécurité en Asie, M. Tannock a en outre plaidé en faveur d'un siège permanent pour l'Inde au Conseil de sécurité de l'ONU. Soulignant également son rôle pour la paix et la sécurité internationale, l'Espagnol Emilio Menéndez del Valle a appelé l'Inde, qui vient de conclure un accord de coopération nucléaire civile avec les États-Unis, à être responsable en adhérant au Traité de non prolifération nucléaire (TNP). L'Allemande Angelika Beer (Verts) a pour sa part dénoncé le « peu de courage » dont fait preuve le PE dans sa résolution pour critiquer l'accord nucléaire indo-américain (EUROPE n° 9736). En matière de démocratie, M. Menéndez del Valle avait auparavant insisté pour que l'Inde adhère à la Cour pénale internationale et signe la convention internationale contre la torture. En matière commerciale, Charles Tannock, relayé ensuite par le Britannique Sajjad Karim (ALDE), a appelé les dirigeants européens et indiens à donner un nouvel élan aux négociations pour un accord bilatéral de libre-échange. En matière sociale, Mmes Nicholson of Winterbourne et Kallenbach ont invité les dirigeants européens à aborder en toute franchise avec M. Singh la question du travail des enfants et des droits fondamentaux du travail en Inde. La Britannique Neena Gill (PSE) a quant à elle regretté que la résolution du PE ne mette pas assez l'accent sur le terrorisme, le climat et le renforcement du partenariat économique.

Dans sa résolution, le PE plaide pour un renforcement des relations stratégiques entre l'UE et l'Inde et réitère à cet effet son engagement pour la conclusion d'un accord bilatéral de libre-échange d'ici fin 2008. Déplorant l'échec des négociations de Doha en juillet dernier, à cause d'un différend américano-indien sur les droits de douane agricoles, le PE appelle New Delhi à œuvrer pour un compromis avant fin 2008. Sur le plan climatique, le PE plaide pour le développement de politiques communes de lutte contre le changement climatique et souligne la nécessité pour l'UE et l'Inde s'engager dans un accord international de réduction des émissions post-Kyoto, en reconnaissant les difficultés pour l'Inde en tant que nation encore en développement. Un mois après l'approbation par le Groupe des fournisseurs nucléaires de l'accord de coopération nucléaire civil entre les États-Unis et l'Inde, le PE invite New Delhi à transformer son moratoire sur les essais nucléaires en un engagement juridiquement contraignant. Face à l'instabilité de la situation politique au Pakistan et au climat d'insécurité croissante en Afghanistan et au Sri Lanka, le PE exprime l'espoir que l'Inde, en tant que pays prédominant dans la région, contribue à la stabilité en Asie. Au plan intérieur, déplorant les émeutes au Jammu-et-Cachemire en août dernier, le PE appelle le gouvernement indien à prendre des mesures pour garantir la tenue d'élections dans cet État dans un climat de stabilité. En outre, s'il reconnaît que l'Inde offre un modèle de gestion du pluralisme culturel et religieux, il exprime sa préoccupation concernant la situation actuelle des minorités chrétiennes et regrette l'impact des lois « anti-conversion », répandues dans plusieurs États indiens, sur la liberté religieuse. Dénonçant les attaques contre les chrétiens en Orissa, il demande à l'État fédéral et aux États indiens de s'efforcer de protéger totalement la minorité chrétienne. Enfin, soulignant que la sécurité alimentaire de l'Inde reste préoccupante, le PE invite New Delhi à augmenter la production intérieure de céréales vivrières, en attirant les investissements, en introduisant de nouvelles technologies et en diversifiant les cultures. S'il salue les progrès accomplis par l'Inde dans le sens de l'éradication de la pauvreté, il déplore leur lenteur en matière d'éducation, de santé, d'égalité des genres et d'émancipation des femmes. (E.H.)

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