Bruxelles, 24/09/2008 (Agence Europe) - À moins de dix mois des élections européennes de juin 2009, le Parlement européen est profondément divisé sur les priorités politiques et législatives que la Commission européenne devrait poursuivre au cours des treize mois qui lui restent jusqu'à la fin de son mandat, fin octobre 2009. Réunis mercredi 24 septembre en session plénière à Bruxelles, les députés n'ont pas pu s'entendre sur un texte commun formulant les souhaits et attentes du Parlement en vue du programme de travail 2009 que la Commission européenne doit adopter en octobre. L'occasion d'un nouveau débat parlementaire s'offrira le 19 novembre prochain quand José Manuel Barroso et l'ensemble de son collège apparaîtront devant les députés pour présenter en détail ce programme de travail, a annoncé mercredi la vice-présidente de la Commission, Margot Wallström.
Une proposition commune de résolution, proposée par les groupes PPE-DE, ADLE et UEN a été rejetée mercredi par 306 voix contre 102 et 27 abstentions. Toutes les résolutions individuelles des groupes politiques ont également été repoussées. C'est l'attitude du groupe PSE (Martin Schulz et Hannes Swoboda se sont abstenus alors qu'un grand nombre des membres a voté contre) qui a finalement été déterminante dans le rejet du texte. Plusieurs éléments expliquent le vote négatif du PSE. Tout d'abord, l'insatisfaction profonde des socialistes par rapport au « déficit social » de la Commission Barroso et le refus d'une majorité des députés de soutenir un amendement proposé par M. Swoboda en faveur de l'Europe sociale. Concrètement, cet amendement rejeté par 374 voix contre 260 et 16 abstentions demandait que la Commission soit jugée à la fin de son mandat sur la manière dont elle aura répondu aux « appels » des citoyens pour une Europe qui renforce le modèle social, qui apporte de la sécurité aux citoyens face à la mondialisation et qui garantisse le respect des « droits sociaux fondamentaux ». Cet amendement réclamait aussi que la Commission tire les leçons des turbulences actuelles sur les marchés financiers « grâce à une réglementation adéquate, la transparence et la responsabilisation ». Enfin, l'amendement malheureux demandait aussi que la Commission soit jugée en fonction de ses efforts en faveur d'une « politique d'immigration commune fondée sur les droits fondamentaux et l'intégration, y compris une stratégie plus structurée pour lutter contre l'exclusion des Roms ». Le groupe du PSE a aussi été déçu sur d'autres points. Un autre amendement socialiste (rejeté par 345 voix contre 253 et 21 abstentions) demandait à la Commission de « renforcer son soutien en faveur du travail décent dans le monde » en introduisant un aspect de « conditionnalité stricte » dans les relations commerciales de l'UE et en promouvant l'inclusion du travail décent dans les négociations à l'OMC. Autre déception pour le PSE: l'introduction dans le texte d'un amendement du groupe ADLE qui diminuait sensiblement l'ambition de l'UE pour 2009 en matière d'élargissement. Le texte initial de la résolution commune, soulignant l'importance de « conclure aussi vite que possible » les négociations d'adhésion avec la Croatie, a été amendé à la demande de l'ADLE (avec le soutien d'une majorité des députés). Il stipulait que l'objectif était seulement de « poursuivre le processus d'adhésion de la Croatie et de la Turquie avec l'espoir que les deux pays rempliront en temps voulu l'ensemble des critères d'adhésion ». Cette révision à la baisse des ambitions à propos de la Croatie était inacceptable pour le PSE, qui a donc rejeté l'ensemble du texte.
Au cours du débat qui a procédé le vote, des divergences substantielles entre les groupes étaient déjà apparues. Alors que l'Allemand Hartmut Nassauer signalait un large soutien du groupe PPE-DE à M. Barroso et sa politique d'une « Europe des résultats » (sécurité énergétique, lutte contre le changement climatique, renforcement de la compétitivité économique de l'UE et création d'emplois, immigration, etc.), Hannes Swoboda (PSE) a sévèrement critiqué les « manquements graves » de la Commission sur le plan social et face à la crise financière actuelle. « Les citoyens s'attendent à ce que la Commission prenne leurs soucis sociaux au sérieux et qu'elle fasse des propositions » pour y remédier, a dit le député autrichien. Pour le groupe ADLE, l'Allemande Silvana Koch-Mehrin a aussi demandé des « mots clairs » de la Commission sur la crise financière et la hausse des prix des aliments et de l'énergie. Mais ces sujets d'actualité ne doivent pas faire oublier à la Commission que la priorité politique de l'UE doit être le renforcement de sa compétitivité économique, a-t-elle dit. Parlant pour le groupe des Verts/ALE, l'Autrichienne Eva Lichtenberger a critiqué la Commission Barroso à qui elle reproche de ne pas tenir ses promesses, y compris en matière de réduction des émissions de CO2 (où « l'industrie automobile parvient à protéger ses intérêts ») et de politique énergétique (où « trop d'importance est accordée au nucléaire »). Mme Lichtenberger demande aussi que l'UE prenne des mesures pour réglementer davantage les marchés financiers. La Portugaise Ilda Figueiredo (GUE/NGL) a aussi jugé « totalement inacceptable » que la Commission ne propose rien de concret qui puisse sécuriser les « citoyens les plus vulnérables » touchés par la hausse des prix énergétiques et alimentaires, la perte de pouvoir d'achat et la crise financière. Au lieu de prendre de nouvelles initiatives, « la Commission continue avec les mêmes instruments qui n'ont pas fonctionné, comme la stratégie de Lisbonne », a-t-elle dit. (H.B.)