Bruxelles, 24/09/2008 (Agence Europe) - S'exprimant en qualité de président en exercice du Conseil européen devant l'Assemblée générale des Nations Unies mardi 23 septembre à New York, Nicolas Sarkozy a expliqué aux dirigeants du monde entier qu'« au moment ou le monde va mal », l'Europe, consciente de sa « responsabilité politique et morale », est prête à agir pour la stabilité, la sécurité, le dialogue et la paix. « L'Europe pense qu'aujourd'hui notre devoir est d'agir (…) Nous ne pouvons plus attendre. Nous commençons à mesurer les conséquences dramatiques d'avoir déjà trop attendu. On ne peut pas attendre pour faire la paix et mettre fin à la tragédie du Darfour. On ne peut pas attendre pour lutter contre le terrorisme. On ne peut pas attendre pour conjurer la crise alimentaire qui condamne tant d'êtres humains à mourir de faim. On ne peut pas attendre pour préparer le monde de l'après-pétrole, pour lutter contre le réchauffement climatique, pour sauver les océans, pour en finir avec les dumpings monétaires, sociaux, écologiques. On ne peut pas attendre pour moraliser le capitalisme financier », a déclaré M. Sarkozy. « Trop longtemps, nous avons reculé devant la nécessité de doter le monde globalisé des institutions qui permettront de le réguler. On ne peut pas gouverner le monde d'aujourd'hui, celui du XXIème siècle avec les institutions du XXème siècle. Nous avons un siècle de retard », a-t-il affirmé à la tribune de l'ONU où il a lu un texte dont, semble-t-il, les chefs d'État et de gouvernement de l'UE avaient déjà pu prendre connaissance auparavant.
Concrètement, M. Sarkozy a proposé, au nom de l'UE, une réforme du Conseil de sécurité de l'ONU et du G8. Élargir ces deux enceintes décisives pour la gestion des affaires du monde à de nouvelles puissances émergentes « n'est pas qu'une question d'équité, c'est une question d'efficacité », a dit M. Sarkozy. Le G8 devrait être transformé en un « G14 » pour y faire entrer la Chine, l'Inde, l'Afrique du Sud, le Mexique et le Brésil. L'Italie fera une proposition à ce sujet lors du prochain sommet G8, a indiqué le président français.
Sommet du G8 sur la crise financière ? Les dirigeants doivent « apprendre à gérer collectivement les crises les plus aigües », comme la crise financière actuelle, « que nul, pas même les plus puissants d'entre nous ne peuvent résoudre seuls », a estimé M. Sarkozy. Le président du Conseil européen propose donc que les chefs d'État et de gouvernement « des pays les plus directement concernés » (à savoir le G8 élargi, Ndlr) se réunissent avant la fin de l'année pour « réfléchir ensemble aux leçons à tirer de la crise financière qui est la plus grave qu'ait connue le monde depuis celle des années 30 ». M. Sarkozy a plaidé pour que la communauté internationale travaille en faveur d'un « capitalisme régulé où des pans entiers de l'activité financière ne seront pas laissés à la seule appréciation des opérateurs de marché » et où les banques « feront leur métier » qui est de financer le développement économique et non pas de faire de la spéculation.
Changement climatique. Le président du Conseil européen a lancé un appel aux dirigeants du monde pour qu'ils se rallient aux efforts de l'UE et qu'ils fassent de la conférence de Copenhague en décembre 2009 un succès. « Dans notre monde globalisé, le sort de chacun est lié à celui de tous les autres. L'année prochaine à Copenhague s'achèvera la négociation commencée à Bali sur le changement climatique. Quels que soient nos intérêts particuliers, nous n'avons pas le droit d'échouer ! », a-t-il dit. Avec son paquet climat/énergie, qui devrait être adopté en décembre, « l'Europe ne veut pas donner de leçon mais l'exemple ».
Russie/Géorgie. L'UE veut des « liens de solidarité », bâtir un « avenir partagé » avec la Russie. « Pourquoi ne pas construire, à l'échelle de tout le continent, un espace économique commun qui unirait la Russie et l'Europe ? », s'est demandé M. Sarkozy (en fait, la création d'un tel espace économique commun a déjà été décidée lors du sommet UE/Russie de Saint-Pétersbourg en mars 2003, dans le cadre des « quatre espaces communs », mais sa mise en place n'avance que lentement, Ndlr). Mais, face aux récents événements en Géorgie, l'UE dit aussi à Moscou, « avec la même sincérité, qu'elle ne peut pas transiger sur le principe de la souveraineté et de l'indépendance des États, de leur intégrité territoriale et du respect du droit international » et qu'elle ne peut pas accepter le recours à la force pour régler un différend.
Iran/Israël/Moyen-Orient. L'UE « respecte » l'Iran et son « droit à l'énergie nucléaire civile », mais elle ne peut pas accepter que le pays se dote d'une arme nucléaire, a souligné M. Sarkozy. « L'Europe ne peut pas tolérer non plus que l'Iran appelle à la destruction de l'État d'Israël ». Israël est « l'amie » de l'Europe « qui ne laissera personne menacer son existence », a-t-il dit. Mais Israël doit aussi comprendre qu'« il n'y aura pas de paix tant qu'il n'y aura pas un État palestinien viable avec des frontières reconnues ».
Afrique. L'UE veut être le « partenaire privilégié » de l'Afrique, créer avec elle une « communauté de destin, une solidarité profonde ». L'UE veut aussi que l'Afrique ait sa place parmi les membres permanents du Conseil de sécurité et dans le G8 élargi, a souligné M. Sarkozy. (H.B.)