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Bulletin Quotidien Europe N° 9747
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'évaluation de la crise financière doit tenir compte de son élément positif

Les abus de la « finance créative ». L'UE appelle à une meilleure gestion du système financier mondial (voir les pages suivantes). Sur le plan interne, des consensus se dessinent. Les affirmations selon lesquelles la surévaluation de l'euro était la cause de tous les maux et la lutte contre l'inflation n'est pas prioritaire, ne sont plus prises au sérieux. Quelques démagogues mis à part, l'on admet que l'inflation représente la plus injuste des taxes car elle frappe davantage les pauvres que les riches, et qu'elle représente la cause principale de la chute du pouvoir d'achat. Il reste un pas à franchir: reconnaître que, à côté des risques et des désagréments, la crise a aussi un effet positif: la fin d'un système financier incompatible avec toute règle de comportement civique. Certains abus seront éliminés. On reconnaît que les aspects les plus négatifs de cette crise, avec leurs conséquences dramatiques pour tous, ne résultent pas du fonctionnement normal des marchés ni de l'activité légitime des banques, mais de ce que l'on a appelé la finance créative. Une vraie trouvaille, cette définition, qui donne l'impression de quelque chose de fantaisiste, de sympathique, d'artistique même !

Les observateurs indiquent que les pays qui ont laissé le moins de place à la finance créative sont les moins frappés par la crise. Les protagonistes de la finance créative annoncent des catastrophes globales et ils insistent sur le coût pour les petits épargnants et pour les couches les plus faibles des populations. En fait, ce sont surtout leurs propres abus qu'ils s'efforcent de protéger et si possible de prolonger, en faisant appel aux interventions publiques pour éviter de payer la note et pour sauvegarder leurs privilèges. Ils ne s'opposent pas formellement aux nouvelles règles du jeu envisagées (comment le pourraient-ils ?), mais ils insistent pour les gérer eux-mêmes, au nom de l'autoréglementation, toujours préférable, à leur avis, à la gestion par des autorités publiques. Comme si, à la lumière du passé, on pouvait leur faire confiance !

Ce que disaient VGE et M. Juncker. Je ne serais pas si explicite si je devais me fonder sur mes propres connaissances et impressions. Mais ce n'est pas le cas, et je vais citer quelques phrases de deux personnalités indiscutables: le père de l'euro et président de la Convention qui a élaboré le projet de traité constitutionnel de l'UE (et ancien ministre des Finances et président de la République en France) ; le doyen du Conseil européen et président de longue durée (trois mandats de désignation unanime) du Groupe de l'euro.

Valéry Giscard d'Estaing a déclaré dans un discours à Bruxelles en mai dernier (je l'ai entendu de mes oreilles) que les banquiers avaient « créé ce qu'on appelle les bulles, façon artistique de créer de la fausse monnaie», et il avait invoqué le retour « de la raison et de la sécurité dans le casino bancaire, si éloigné du métier de base des banques qui consiste à financer l'investissement, la production et les échanges » (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9669 du 28 mai). Le nettoyage est salutaire, selon VGE, qui en dénonçant le casino purement spéculatif, avait précisé: « C'est ce système qui s'est écroulé. On ne le reverra plus, et il y aura encore d'autres disparitions de ses officines »

De Jean-Claude Juncker, je reprends les remarques d'une année auparavant, devant le Parlement européen, sur un autre aspect assez proche de celui des abus de la finance créative, c'est-à-dire la politique salariale: « Les salariés européens ne comprennent plus une Europe où les uns gagnent des fortunes sans travailler et les autres doivent se résigner à accepter, à subir, les appels que nous leur lançons en faveur de la modération salariale. C'est l'injustice économique et sociale qui est en train de s'installer. Elle exige que nous réagissions.» (compte-rendu du débat du Parlement européen du 11 juillet 2007)

Les statistiques ne disent pas toute la vérité. Certes, les autorités ont raison de se soucier de l'activité économique en général, du niveau de la croissance et de la protection des plus faibles. Mais il ne faut pas considérer comme des pertes pour l'économie réelle certaines données qui influencent à la baisse les données statistiques mais reflètent en réalité la fin d'enrichissements abusifs ou purement spéculatifs.

Les discussions et négociations au sein de l'UE sont difficiles et en partie controversées. Les travaux sont intenses, et je renvoie aux indications détaillées publiées dans nos bulletins (le N° 9740 par exemple), ainsi qu'aux débats en cours au Parlement européen, particulièrement éclairants ces jours-ci à propos des thèses en présence. Pour certains aspects, ces travaux n'ont pas dépassé la phase préparatoire ; mais quelques éléments d'une nouvelle gouvernance déjà se dessinent, et elle sera sans doute meilleure que la précédente, notamment quant à la transparence et à la surveillance. Il ne faut pas prendre à la lettre toutes les annonces de catastrophes ; le retour en lui-même de la sérénité et de la confiance serait précieux.

(F.R.)

 

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