Bruxelles, 24/09/2008 (Agence Europe) - Les députés européens, la Présidence française et la Commission européenne ont évoqué, mercredi 24 septembre, la situation du système financier mondial et les effets de la crise sur l'économie européenne.
Les résultats sont là: la sphère financière américaine est dans la tourmente, l'intervention des autorités est toujours croissante, l'Europe et le reste du monde en subissent les conséquences, a déclaré le secrétaire d'État français Jean-Pierre Jouyet chargé des affaires européennes. Convaincu que les événements renforcent la nécessité d'une Europe forte et unie dans les domaines économique et financier, il a néanmoins exclu un plan européen sur le modèle du plan de sauvetage des banques évalué à 700 milliards de dollars en cours de préparation aux États-Unis. Il a salué le rôle joué par la Banque centrale européenne, tout en estimant que les injections de liquidités n'étaient pas suffisantes. Selon M. Jouyet, le législateur européen doit agir. « Dire que le laisser-faire doit se poursuivre est une faute contre la raison et la stabilité financière », a-t-il martelé. Les réformes à lancer au niveau européen reposent sur deux axes: 1) encadrer les activités des agences de notation financières, réviser la directive « Bâle II » sur les exigences en matière de capital pour les banques, adapter les règles comptables qui ont accru les effets de la crise et réguler les fonds spéculatifs (la Présidence française a accueilli avec grand intérêt les recommandations du rapport « Rasmussen » adopté la veille par le PE - voir autre nouvelle) ; 2) renforcer le cadre européen de supervision des institutions financières. Sur ce point, les ministres européens des Finances se sont entendus, mi-septembre, sur des principes devant guider l'évolution de la législation européenne lors de leur réunion informelle de Nice (voir EUROPE n° 9740). Et M. Jouyet, se faisant l'écho des propositions du président français Nicolas Sarkozy en visite à New York (voir autre nouvelle), d'espérer que le Conseil européen d'octobre soit en mesure de fixer des « orientations fortes ».
Le commissaire européen Joaquín Almunia, chargé des affaires économiques et monétaires, est d'avis que la crise financière actuelle, qui a pour l'instant provoqué des pertes équivalentes à « 500 milliards de dollars », soit l'équivalent du « Produit intérieur brut de la Suède », va entraîner une profonde modification du paysage financier international. Il a accueilli favorablement le plan américain de sauvetage des banques. Il a rappelé les travaux européens en cours dans le cadre de la feuille de route sur la stabilité financière qui contient « tous les ingrédients nécessaires » (voir EUROPE n° 9744). « Le modèle de supervision doit être remis sur le métier », a-t-il notamment indiqué. La Commission proposera la semaine prochaine une proposition de révision de la directive « Bâle II » et, durant le mois d'octobre, un encadrement des agences de notation financière. M. Almunia a ensuite insisté sur la nécessité pour les États membres de respecter le Pacte révisé de stabilité et de croissance et de poursuivre les réformes structurelles.
« Le seul qui agit rapidement, c'est le marché ! À regarder le Conseil et surtout la Commission, il n'est pas question de rapidité », a lancé l'Allemand Alexander Radwan au nom du groupe PPE-DE. Il a insisté pour que l'Europe parle de sa propre voix sans tenir compte de ce que pensent les autorités américaines. « Charlie McCreevy ne veut pas précipiter les choses ? », a-t-il ironisé en se référant aux déclarations du commissaire européen chargé du marché intérieur sur une éventuelle réglementation des fonds spéculatifs et de capital-investissement. Selon lui, le problème n'est pas M. McCreevy mais le président de la Commission lui-même. Martin Schultz (PSE, allemand) a attaqué tous azimuts: c'est la banqueroute d'un système basé sur la spéculation que vous avez défendu, a-t-il lancé à l'adresse de M. Radwan. Quant au commissaire McCreevy, il est peut-être en train de parier aux courses hippiques ?, a-t-il ironisé. Il a accusé les Libéraux de tenir aujourd'hui un langage qu'ils considéraient archaïque lorsqu'il émanait fin 2007 de la bouche des socialistes. En fin de compte, les pertes sont nationalisées et les profits privatisés, a souligne le président du groupe PSE.
Dans cette affaire, « les vrais perdants, ce ne sont pas les courtiers ni les dirigeants, mais les gens modestes dont les économies et les retraites sont mises en péril », a déclaré Silvana Koch-Mehrin (ADLE, allemande). La réponse, selon elle, ce n'est pas de supprimer le marché mais de faire en sorte que les règles soient transparentes, élaborées au niveau international et respectées afin d'éviter les excès. Pour le groupe UEN, Eoin Ryan a appelé les décideurs européens à garder leur sang froid: il faut légiférer mais en évitant la panique qui aboutirait à des décisions erronées. « Sortez de votre bulle, mettez-vous à la place des gens ! », a lancé le communiste français Francis Wurtz. Il a accusé les décideurs politiques d'avoir favorisé des « mécanismes diaboliques » devenus impossibles à maîtriser. Il les a exhortés à oser une véritable rupture, en rompant notamment avec la dépendance absolue envers les marchés financiers pour financer l'économie réelle. La BCE pourrait, selon lui, jouer un rôle accru dans ce domaine. Et de plaider pour la taxation des mouvements de capitaux financiers ainsi que pour une refonte des institutions économiques internationales. « C'est aux banques de trouver les solutions à la crise, pas aux contribuables de le faire à leur place », a estimé Hanne Dahl (IND/DEM, danoise), mécontente de constater que la « petite banque danoise » dans laquelle elle a placé ses économies soit elle aussi touchée par la crise financière. (M.B.)