Bruxelles, 16/09/2008 (Agence Europe) - Même s'il n'y a pas de solutions faciles aux problèmes du continent africain, un dialogue interculturel constructif est nécessaire, a estimé Hans-Gert Pöttering lors de la cérémonie de clôture de la semaine africaine du Parlement européen jeudi 11 septembre à Bruxelles. Pour lui, la construction européenne « peut et doit servir d'exemple pour le dialogue entre les cultures au niveau africain ». Le président du PE a plaidé, avec Gertrude Mongella, présidente du Parlement panafricain, pour un approfondissement des relations entre les parlements des deux continents au cours d'une table-ronde à laquelle participaient également le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, la députée Luisa Morgantini (GUE/NGL, italienne), ainsi que le Nigérian Wole Soyinka, prix Nobel de littérature.
« L'Afrique, avec ses 53 pays et ses 2000 langues ne peut résoudre ses difficultés uniquement au niveau national », a reconnu M. Pöttering, promettant que le Parlement s'engagerait pour développer davantage les relations entre l'Union européenne et les pays ACP. Décrivant les liens qui unissent l'Europe et l'Afrique comme « une relation entre partenaires égaux, déterminés à faire face ensemble aux enjeux de la planète », M. Barroso s'est réjoui que le Sommet UE-Afrique des 8 et 9 décembre 2007 à Lisbonne ait jeté les bases d'une nouvelle coopération entre les États membres et les pays africains. « Aujourd'hui, on a un cadre politique commun. Il faut maintenant exploiter le potentiel de ce cadre », a-t-il fait remarquer, en soulignant le rôle essentiel de la culture dans la coopération au développement. S'il s'agit d'un instrument politique susceptible de réveiller un sentiment d'appartenance identitaire permettant de réconcilier des sociétés fragmentées, la culture est également un secteur économique capable de générer des revenus substantiels en termes de bénéfices et d'emplois, a poursuivi M. Barroso en ajoutant: « Il faut reconnaître que l'Afrique a un potentiel énorme en cette matière ». L'écrivain Wole Soyinka a lancé, pour sa part, un vibrant appel pour que l'Afrique trouve le chemin de la sérénité, de la paix et de la démocratie, en soulignant la grande responsabilité qui pèse sur les épaules des Africains eux-mêmes dans ce processus qui doit mettre fin « à la culture de l'impunité ». « Beaucoup de dirigeants ont des convoitises et défendent leur propre intérêt », a-t-il dénoncé en déplorant, en Afrique, « l'incapacité puérile à apprendre des erreurs du passé ». Il a appelé les Européens à aider les Africains dans ce combat, demandant qu'il n'y ait pas une politique de « deux poids deux mesures » qui pousse les Européens à ne s'occuper que des tyrans européens. « Un tortionnaire est un tortionnaire, quelle que soit la couleur de sa peau ou sa religion », a-t-il déclaré, mettant sur le même pied Amin Dada, Pol Pot et Radovan Karadzic. « Les continents ne sont pas isolés, il existe des liens. Il faut affirmer qu'on appartient à une famille de valeurs éthiques », a-t-il martelé, appelant à un respect unilatéral, sur tous les continents, de « règles minimales universelles ». Luisa Morgantini a mis l'accent, pour sa part, sur la richesse intellectuelle et culturelle de l'Afrique, et exhorté à mettre fin aux stéréotypes: « Il faut montrer que l'Afrique est riche sur le plan culturel et de l'intelligence, alors qu'on l'associe trop souvent à la mort et à la faim », a-t-elle dit. Rappelant que l'Afrique n'avait pas l'exclusivité de la corruption, elle a appelé les Africains à identifier les solutions capables de relever les défis qui leur sont propres: « La société civile africaine a un esprit critique ; elle peut critiquer elle-même ses dirigeants », a-t-elle souligné. Le dialogue entre l'UE et l'Afrique peut aider à reconnaître les besoins et les problèmes de chacun, et à se respecter mutuellement, a conclu la vice-présidente du Parlement européen. (I.L.)