Bruxelles, 16/09/2008 (Agence Europe) - Entendu par la commission du commerce international du Parlement européen présidée par l'Allemand Helmuth Markov (GUE/NGL), Peter Mandelson a dit espérer la tenue d'une nouvelle réunion ministérielle à l'OMC « cet automne » pour ficeler définitivement un accord sur les modalités de libéralisation des échanges agricoles et sur les produits manufacturés (NAMA), sur la base du compromis mis sur la table lors de la réunion de juillet. En dépit d'une percée importante sur l'ensemble de la négociation, la réunion de Genève avait buté sur la question du mécanisme de sauvegarde spéciale (SSM), mécanisme qui permettrait aux pays en développement d'augmenter leurs tarifs agricoles en cas de poussée soudaine et massive des importations ou de chute des prix sur leur marché (EUROPE n° 9714).
Résumant les résultats de la ministérielle de juillet, le commissaire au Commerce a salué un « engagement politique réel de tous les acteurs ». « Après une semaine de tractations, nous avions esquissé un accord qui est toujours sur la table. Mais les discussions ont échoué sur la question du SSM, sur laquelle les États-Unis et l'Inde n'ont pas pu s'entendre. Pour la première fois dans l'histoire des négociations du GATT, aucun blâme n'a été adressé à l'UE pour l'échec », a-t-il poursuivi. « Aujourd'hui, personne ne veut jeter l'éponge », a ajouté M. Mandelson, faisant part de nombreux contacts politiques en août, au plus haut niveau, pour tenter de relancer les discussions. Le travail des négociateurs a repris à Genève, où des « signes encourageants de flexibilité ont émergé » la semaine dernière sur le SSM. « Il faudra que les négociateurs aient la liberté de manœuvre nécessaire pour parvenir à une solution technique qui satisfasse toutes les parties. Cela va aussi nous donner des indications sur la volonté politique de continuer, aux États-Unis et en Inde », a ajouté le commissaire, expliquant qu'une solution à la question du SSM n'est « pas suffisante », puisque d'autres dossiers difficiles (coton, simplification tarifaire et statut des membres ayant récemment accédé à l'OMC, comme la Chine) sont encore sur la table. M. Mandelson a aussi souligné l'importance de ne pas défaire le compromis sur les NAMA, qui repose notamment sur des accords sectoriels négociés sur une base volontaire et visant l'élimination totale des tarifs dans certains secteurs industriels. « Nous avons intérêt à protéger le paquet de compromis global négocié en juillet », a averti M. Mandelson, en mettant en exergue les gains en termes d'accès au marché à la fois dans les pays développés et en développement, en particulier la Chine. « Sans oublier que ce paquet inclut les services. Et qu'il respecte nos lignes rouges agricoles », a-t-il ajouté.
Pour M. Mandelson, il n'y a donc « pas de plan B ». D'abord parce que le compromis de juillet est « essentiel » pour une économie mondiale aux perspectives incertaines. « Toute certitude en matière tarifaire ou tout renforcement des règles commerciales est dans l'intérêt du monde à long terme, en particulier dans une période où gouvernements et citoyens sont préoccupés par la baisse du pouvoir d'achat et la montée de l'inflation », a-t-il argué. Ensuite parce que les deux tiers des gains du round reviendront aux pays en développement qui n'auront à y contribuer qu'à hauteur d'un tiers en termes de concessions. Enfin, parce qu'un accord final permettra de verrouiller la réforme agricole aux États-Unis, donnera une protection juridique à la PAC réformée et permettra d'ancrer les pays émergents dans le système commercial multilatéral. « C'est pourquoi l'échec de juillet est une vraie déception », a regretté M. Mandelson, en avertissant de son impact sur le système multilatéral et les pourparlers sur le climat de l'après-Kyoto. Réaffirmant son engagement dans les négociations, le commissaire, qui est en en contact régulier avec ses homologues du
« G-7 » (Australie, Brésil, Chine, États-Unis, Inde, Japon et UE), a plaidé pour la tenue d'une nouvelle réunion ministérielle à l'automne. Une réunion qui « serait souhaitable si nous voulons mettre les choses en ordre avant que la politique intérieure et les élections dans un certain nombre de pays ne prennent totalement le dessus », a-t-il expliqué. « Il serait plus facile d'aboutir en 2009 si nous parvenions à dépasser cet automne le stade crucial d'un accord sur les modalités », a-t-il conclu, en rappelant les écueils de l'élection présidentielle américaine en novembre, des législatives en Inde et du renouvellement de la Commission à l'automne 2009.
Répondant à l'Allemande Erika Mann (PSE), au sujet du mécontentement de l'industrie automobile européenne sur la clause « anti-concentration » (clause visant à empêcher les pays émergents de protéger des réductions tarifaires des pans entiers de leur industrie, comme l'automobile), M. Mandelson a appelé à ne pas rouvrir le compromis sur les NAMA. « Je sais que les sensibilités pour l'industrie automobile sont exacerbées par le paquet « climat ». Ils se sentent doublement menacés. Nous devons être à l'écoute de ce secteur », a-t-il assuré. Répondant à la Britannique Caroline Lucas (Verts), M. Mandelson a rappelé qu'en juillet, l'UE a proposé d'ouvrir des quotas au bioéthanol brésilien. Enfin, répondant à Helmuth Markov sur le dossier du coton,
M. Mandelson a expliqué que les États-Unis n'ont pas pu déposer leur offre compte tenu du blocage des discussions sur le SSM. « C'est pourtant quelque chose qu'il faut négocier rapidement », a-t-il insisté, expliquant que l'UE a une « position défensive » sur ce dossier puisqu'elle octroie des subventions très réduites qu'elle souhaite continuer à verser sans porter préjudice au commerce mondial du coton. (E.H.)