Bruxelles, 16/09/2008 (Agence Europe) - Par la voix de son ministre du Commerce, Le Danh Vinh, le Vietnam a appelé l'UE, lundi 15 septembre, à ne pas prolonger les droits antidumping définitifs communautaires qui frappent ses exportations de chaussures à dessus de cuir (ainsi que celles en provenance de Chine) et expirent le 7 octobre prochain. Fruit d'un compromis pour surmonter les divisions entre les États membres au Conseil (c'est par une majorité d'une voix seulement que la proposition de la Commission d'instaurer des droits antidumping avait été approuvée), la durée de ces droits instaurés en octobre 2006 et qui frappent les chaussures chinoises et vietnamiennes à hauteur de 16,5 et 10% respectivement, a en effet été limitée à deux ans contre cinq normalement (EUROPE n° 9279). L'UE examine désormais l'opportunité de prolonger ou non ces droits pour une année supplémentaire. Le Comité 133, qui réunit les experts commerciaux des États membres, discutera ce mercredi du projet de révision de la Commission, qui donne suite à une demande formelle déposée plus tôt cette année par les fabricants européens de chaussures. Une révision peut nécessiter jusqu'à 15 mois, période pendant laquelle les mesures restent en place. « Nous ne faisons pas du dumping sur nos chaussures en cuir exportées vers le marché communautaire. La prolongation de ces mesures est injuste, elle s'inscrit en faux contre l'esprit de la libéralisation commerciale, elle est contraire aux objectifs d'alléger la faim, elle nuit à la concurrence et a déjà coûté 40 000 emplois au Vietnam », a déploré M. Vinh, qui rencontrait des journalistes après avoir défendu la position de son gouvernement à Bruxelles. « En mars, la Commission nous a dit que ces mesures seraient abandonnées après leur expiration, mais une demande a été déposée auprès d'elle pour prolonger ces mesures qui bénéficieront seulement à quelques pays de l'UE avec leurs propres intérêts », a-t-il insisté.
L'appel du ministre vietnamien a été relayé le jour même par deux déclarations: l'une publiée conjointement par le bureau des consommateurs européens, le BEUC, l'association des distributeurs et détaillants, Eurocommerce, et l'association des distributeurs de vêtements de mode, l'AEDT, qui qualifient les mesures antidumping frappant les chaussures chinoises et vietnamiennes de « totalement artificielles et injustifiées ». « La prolongation de ces mesures ferait peser une nouvelle contrainte sur le pouvoir d'achat des consommateurs et frapperait en particulier les ménages à faible revenu. Toute prolongation serait en outre un recul regrettable pour l'industrie », soulignent ces associations ; la seconde déclaration émane de l'association du commerce extérieur, la FTA, qui défend les intérêts des importateurs, distributeurs et détaillants européens, et qui appelle elle aussi à rejeter la prolongation de ces mesures. « Ces droits étaient inutiles il y a deux ans et ils le restent aujourd'hui », explique son secrétaire général Jan Eggert. (E.H.)