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Bulletin Quotidien Europe N° 9741
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Rôle indispensable de l'UE dans la clarification des relations Russie-Ukraine

Plus explosif que la Géorgie. Je prie le lecteur de m'excuser de rappeler, pour commencer, quelques considérations banales. Les événements dramatiques aux frontières orientales de l'UE (et au-delà) représentent l'héritage de la manière abrupte et quelque peu improvisée de la dissolution de l'ancienne URSS. La nouvelle Russie s'efforce de rétablir son influence et sa présence dans cette vaste région d'où elle estime avoir été évincée de manière excessive et trop brutale ; brutalité dont l'URSS avait elle-même abusé par le passé, dans des proportions qui expliquent la permanence de la méfiance, des rancunes et des craintes de la part des pays et des peuples qui l'avaient subie. Cette clé de lecture généralement admise devrait conduire à un certain degré d'objectivité dans l'analyse de la situation. Les données historiques, éthiques et économiques sont tellement imbriquées qu'une vérité absolue ne peut pas exister. Mais trop souvent les protagonistes des troubles, ceux qui en sont les victimes et la plupart des observateurs sont convaincus de détenir la vérité, et ils diabolisent l'autre partie. Ce qui rend difficile et parfois impossible de réfléchir à des compromis raisonnables.

La semaine dernière, cette rubrique a essayé de montrer l'imbrication des légitimités historiques et éthiques en Géorgie, et à quel point les derniers événements en eux-mêmes sont présentés de façon différente selon le côté où l'on se situe. La situation est tout autant complexe en Ukraine, mais à la puissance dix, car les dimensions sont plus importantes et les mélanges éthiques et historiques encore plus complexes, et l'ampleur du problème de la Crimée dépasse de loin celui de l'Ossétie du Sud. Il en résulte que les risques sont encore plus étendus. Il ne sert à rien de les cacher par des présentations biaisées ou incomplètes de la réalité. Je vais résumer, sans aucune prétention d'être exact ni complet, ce que j'en savais et ce que j'en ai appris.

Le nœud de la Crimée. L'Ukraine a deux âmes. L'une d'histoire, de langue et de culture essentiellement russes (Kiev, la « mère des villes russes » ; Gogol, la pureté de la langue), l'autre essentiellement occidentale et polonaise. Le Traité russo-ukrainien d'amitié et de coopération, ratifié en 1998, expire à la fin de cette année-ci. Mais la Russie affirme qu'elle n'entend pas le prolonger si, entre-temps, la procédure d'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN est enclenchée. C'est pourtant un texte essentiel car il fixe et reconnaît les frontières actuelles, y compris l'appartenance de la Crimée à l'Ukraine. Cette appartenance est relativement récente ; c'est en 1954 qu'elle avait été décidée par Nikita Khrouchtchev. Mais la population est en majorité russe, et dans la ville de Sébastopol, cette majorité est écrasante. La flotte russe de la mer Noire est stationnée à Sébastopol, dont le port et les installations sont loués par les Russes jusqu'en 2017 ; le président ukrainien a déclaré qu'il ne prolongera pas ce contrat. Á première vue, on a le temps. Mais pour commencer, le président ukrainien a introduit l'obligation pour les autorités militaires russes de prévenir à l'avance les autorités locales de tout mouvement des navires de guerre. Et quelle serait la situation si d'ici 2017, l'Ukraine devenait membre de l'OTAN ? Peut-on imaginer que les navires de guerre de l'OTAN (donc, américains) et les navires russes occupent côte à côte les installations du port de Sébastopol ? Vladimir Poutine a prévenu que si l'Ukraine devient membre de l'OTAN, la Russie orientera ses missiles vers le territoire ukrainien, à titre de précaution. Et le passé historique de la Crimée est toujours présent à l'arrière-plan.

Il est facile de lancer des anathèmes contre l'un ou contre l'autre. Lorsque la situation est tellement complexe, chacun a ses raisons ; mais les responsables politiques et les commentateurs ne retiennent que ce qui les arrange. Pour les uns, il est abusif que les navires russes stationnent dans un port ukrainien et en utilisent les installations pour imposer la politique de Moscou. Les autres se demandent si la présence de la flotte américaine dans la mer Noire n'est pas encore plus étonnante. C'est à peu près la même dialectique que nous avons connue à propos de l'implantation de missiles américains en Pologne: pour les uns, c'est une précaution légitime à l'égard de l'agressivité de l'empire russe, qui s'est manifestée si souvent dans le cours de l'histoire ; pour les autres, c'est un facteur de l'encerclement de la Russie par les Américains.

À propos de Sébastopol, l'aspect « population » ne peut pas être négligé. Près de 80% de la population est d'origine russe, et la flotte russe représente un élément essentiel de la prospérité de la ville. Mais de l'autre côté, on dénonce la pratique de Moscou de distribuer sur une grande échelle des passeports russes aux habitants de Crimée qui le demandent. Ce qui permettra à M. Poutine de faire valoir, si les circonstances le conseillent, le droit de son pays à défendre ses concitoyens où qu'ils résident.

On le voit, à partir de ces prémisses, tout est possible. La recherche de solutions équilibrées est donc essentielle, et le rôle de l'UE pour les identifier et les faire accepter est indispensable.

(F.R.)

 

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