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Bulletin Quotidien Europe N° 9696
INFORMATIONS GÉNÉRALES / (eu) ue/bce

Une hausse des taux ponctuelle ?

Bruxelles, 03/07/2008 (Agence Europe) - Comme son président l'avait laissé entendre à l'issue de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs en juin (EUROPE n° 9676), la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 3 juillet, de relever ses taux de 25 points de base. Le taux de soumission minimal appliqué aux opérations principales de refinancement passe donc à 4,25 % et les taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt à respectivement 5,25 % et 3,25 %. Ces décisions prendront effet le 9 juillet prochain. Devant la presse, Jean-Claude Trichet a expliqué que la décision du Conseil des gouverneurs avait été prise à l'unanimité afin de « prévenir des effets de second tour reposant sur une large assise et contrer l'augmentation des risques pour la stabilité des prix à moyen terme ». Face à une période de taux d'inflation élevés « plus prolongée » que prévu il y a quelques mois encore, « l'orientation actuelle de la politique monétaire contribuera à notre objectif de stabilité des prix », a-t-il assuré, renvoyant à plus tard l'éventualité d'une hausse future.

« Le maintien de la stabilité des prix à moyen terme est notre objectif premier », a insisté M. Trichet, qui répète la « forte détermination » de la BCE à conserver les anticipations inflationnistes fermement ancrées avec sa définition de la stabilité des prix (environ 2%). Depuis l'automne dernier, on en est loin. Avec 4%, le taux d'inflation annuel a encore atteint un record en juin (après 3,7% en mai) et il devrait rester largement au dessus de 2% pendant un certain temps, avant de se modérer progressivement en 2009. « Ce niveau des taux d'inflation préoccupant résulte surtout des fortes hausses des prix pétroliers et alimentaires au plan global au cours des récents mois », rappelle M. Trichet, qui continuera à « suivre de très près toutes les évolutions à venir ». Les fondamentaux économiques de la zone euro restent par ailleurs « sains » et la « croissance modérée continue » devrait perdurer, a-t-il ajouté en se voulant rassurant. Après un bon premier trimestre, la croissance sera toutefois « plutôt faible » au deuxième trimestre de l'année, prévient-il néanmoins, tout en écartant le risque d'une stagflation (la combinaison d'une récession et de l'inflation). Insistant toujours sur le fait que la BCE n'était « pas engagée à quoi que ce soit d'avance », M. Trichet a suggéré que la hausse du jour pourrait suffire, en déclarant: « À partir de maintenant je n'ai plus de biais ». Un message qui a contribué à un léger retour à l'optimisme des places boursières et des changes, qui craignaient un ton plus ferme annonciateur d'une série de hausses successives. Cette hypothèse ne semble pas encore d'actualité, à ce stade.

Même si elle n'était que ponctuelle, nombreux sont néanmoins ceux qui s'inquiètent de la hausse des taux décidée jeudi, y voyant un facteur de ralentissement de l'économie. « Incompréhensible » pour la Confédération européenne des syndicats (CES), la décision de la BCE « est dangereuse, contre-productive et pas nécessaire ». Dans un communiqué publié après la réunion à Francfort, elle estime qu'« étouffer l'économie de la zone euro ne contribuera guère à remédier aux causes réelles de l'inflation, étant donné que celle-ci est essentiellement importée du reste du monde, à travers les prix élevés du pétrole ». Les spirales inflationnistes prix-salaires n'auront pas lieu, c'est une chose du passé, et « la BCE devrait réaliser que nous ne vivons plus dans les années 70 », fustige le secrétaire général adjoint de la CES, Rainer Hoffmann. Plus prudente, l'Union européenne de l'artisanat et des PME estime aussi qu'une hausse des taux n'est pas une réponse appropriée à la situation inflationniste actuelle. C'est selon Gerhard Huemer, directeur de la politique économique et budgétaire à l'UEAPME, « la mauvaise arme contre le bon objectif ». Cette décision risque de « mettre la pression de manière disproportionnée » sur l'économie réelle et constitue un « signal inquiétant » pour les entreprises de la zone euro, ajoute le communiqué de l'organisation européenne, qui espère qu'il ne s'agit pas de la première d'une longue série. (A.B.)

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