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Bulletin Quotidien Europe N° 9696
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) ppe-de/dÉfense

Progrès et lacunes de la politique européenne de sécurité et de défense

Paris, 03/07/2008 (Agence Europe) - Lors de ses journées d'études à Paris, les membres du groupe PPE-DE et les intervenants ont pu, mercredi 2 juillet à Paris, faire un tour d'horizon assez exhaustif des progrès et des lacunes de la politique européenne de sécurité et de défense (PESD).

Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a rappelé qu'entre 1984 et 1989 il fut président de la sous-commission des armements au PE et qu'à l'époque « on se moquait un peu de nous en disant que la défense n'avait rien à voir avec la Communauté européenne ». « On ne s'est pas laissé intimider et nous avons dit vouloir une Europe forte, avec une politique étrangère et une politique de sécurité et des armements. Aujourd'hui, on nous reproche de n'avoir pas assez avancé ». Lorsque nous parlons de ces questions de défense et de sécurité, « personne n'est obligé de suivre », a poursuivi M. Pöttering. « Si l'Irlande souhaite rester neutre, elle peut parfaitement le faire », a-t-il lancé. Malgré tous les progrès réalisés et dont nous pouvons être fiers, il ne faut pas perdre de vue le fait que la PESD aujourd'hui se trouve « à la croisée des chemins ». Nos capacités d'action restent relativement limitées, à cause de capacités militaires et de ressources financières restreintes. En 2005, l'UE a dépensé un tiers du budget militaire des Etats-Unis. Il a préconisé aussi le développement d'un marché intérieur des biens de défense et un Erasmus militaire (normes de formations semblables).

Après sa tournée des capitales européennes, Hervé Morin, le ministre français de la Défense, a constaté avec « beaucoup de bonheur qu'il y a un vrai consensus sur la volonté de donner un nouvel élan à l'Europe de la défense ». Il a ensuite rappelé les principales priorités de la Présidence française.

Stratégie de défense. Il faut faire en sorte que la rénovation de la stratégie européenne de sécurité ne soit pas uniquement un exercice intellectuel, mais aussi une réflexion sur les capacités militaires à développer.

Capacités militaires. Il faut améliorer les capacités militaires européennes sur un certain nombre de sujets: - lancer l'après Helios (satellites d'observation et de renseignements, un programme qui intéresse six pays) ; - disposer d'une flotte commune d'A400M (un avion de transport militaire), à l'image de ce qui existe déjà au sein de l'OTAN avec le C17 ; - essayer d'évoluer vers un groupe aéronaval constitué par plusieurs marines.

Agence européenne de la défense. La France souhaite donner un nouvel élan à cette agence. M. Morin a rappelé l'impératif de « mutualiser nos efforts de recherche » pour combler le retard avec les États-Unis (ils dépensent six fois plus que l'Europe en matière de recherche). Sur un certain nombre de programmes de recherche (hélicoptères lourds, sécurité des hommes, radio logicielle), il espère lancer des programmes de recherche important.

Faire évoluer la conscience européenne. La Présidence française souhaite avancer sur un sujet, l'Erasmus militaire (permettre aux officiers et aux futurs cadres des armées européennes de pouvoir faire des troncs communs de formation ou de pouvoir suivre une partie de la formation dans telle ou telle école militaire de tel ou tel pays d'Europe).

Du concret pour les concitoyens. La France propose deux choses. D'une part, la mise en place d'un plan d'évacuation des ressortissants européens quand il y a une crise (politique ou autre) en Afrique ou en Asie. D'autre part, la création d'un réseau de surveillance en temps réel des côtes européennes (pour lutter contre les trafics illicites, l'immigration clandestine ou d'autres menaces).

Par ailleurs, la Présidence française juge nécessaire de « mettre un peu d'ordre » dans le système d'organisation des forces. L'idée est de créer des procédures pour amener les pays européens à utiliser plus rapidement ou plus naturellement les groupements de forces qui ne le sont pas assez: Eurocorps, brigade germano-polonaise, brigade franco-allemande, groupe amphibie néerlando-britannique, l'Euromarforce… Il a conseillé de visiter l'état-major du corps européen à Strasbourg. « On a là l'exemple même d'un vrai gâchis », a-t-il dit en constatant que ces 800 à 1000 hommes ne sont quasiment jamais appelés. Il faut avancer (« j'allais dire de façon conclusive », a ajouté le ministre français) sur la nécessité d'avoir un centre de commandement et de planification européen (pas en concurrence de l'OTAN) de quelques dizaines d'hommes pour avoir des compétences qui nous permettent de mener très rapidement des opérations militaires.

Selon M. Morin, la décision de la France de participer à la rénovation de l'Alliance atlantique (OTAN) « nous permet d'avancer encore plus vite dans la construction de l'Europe de la défense ».

Christian Schmidt, le secrétaire d'État parlementaire auprès du ministre de la Défense de l'Allemagne, a regretté que l'instrument des coopérations structurées ne soit plus immédiatement disponible depuis que l'Irlande a rejeté le Traité de Lisbonne. « La politique de sécurité et de défense est un succès et nous voulons la consolider », a dit M. Schmidt, qui a insisté sur l'importance des moyens pour la mise en œuvre de la stratégie de sécurité (2003). « Nous sommes très heureux » du retour de la France dans la structure militaire de l'OTAN, car ceci permettra de renforcer encore davantage la collaboration entre l'UE et l'OTAN. « De notre côté, nous ferons tout pour renforcer cette complémentarité existante » entre l'UE et l'OTAN, a ajouté le secrétaire d'État. Il a préconisé une amélioration de la coopération entre l'UE et l'OTAN, notamment en Afghanistan. Il a aussi déploré le manque de coopération entre pays de l'UE en matière d'armement. M. Schmidt a cité la nécessité de développer plus de capacités au niveau européen dans les domaines des hélicoptères lourds de transport ou encore des drones (à des fins de renseignement). Il a défendu l'utilité de la brigade franco-allemande, qui permet une intégration des soldats et fournit une incitation à l'intégration politique.

Claude-France Arnould, directrice pour les aspects « défense » au sein du secrétariat général du Conseil de l'UE, a estimé que les opérations et les missions de l'UE (dans le domaine militaire ou civil) « ont été un succès ». Elle a insisté sur la complexité de ces missions (difficile articulation entre le commandement de l'UE et des Nations unies ou entre le commandement de l'UE et de l'OTAN, ne pas aller au-delà du mandat confié à l'UE, respecter l'autorité des gouvernements et les valeurs de l'UE). « Il faut que nos opérations bénéficient de tous les atouts », en matière de cohérence. Par exemple sur les opérations au Tchad, « il y a une volonté d'agir avec la Commission ». « Plus la Commission aura le droit de s'intéresser à des projets très concrets, y compris en matière d'équipements et d'infrastructures, plus on aura immédiatement des actions concrètes qui feront converger les instruments PESD et des instruments communautaires sur un théâtre particulier », a estimé Mme Arnould.

Pieter Feith, le représentant spécial de l'UE au Kosovo, a rappelé que la mission « EULEX » au Kosovo sera dotée de pouvoirs exécutifs en matière de justice et de police, « une première dans une mission relevant de la PESD ». Par ailleurs, « nous devons être capables de déployer des missions militaires efficaces avec un recours à la force si la situation l'exige ». Les interventions relevant du deuxième pilier de la PESD devraient être aussi courtes que possible et répondre à des problématiques très ponctuelles et spécifiques. Objectif: créer les conditions pour permettre à la Commission européenne de travailler sur le long terme en utilisant au mieux les différents instruments à sa disposition en accord avec les autorités locales, a expliqué M. Feith

Le directeur général de l'EMUE (état-major de l'UE), le général David Leakey, a tiré un premier bilan positif de la mission de l'UE au Tchad et en République centrafricaine (EUFOR Tchad/RCA), grâce notamment à l'expérience des missions précédentes au Congo: - plus de personnes ont été engagées pour la planification ; - le quartier général du Mont-Valérien a mis du temps à se mettre en place mais « fonctionne très bien » ; - la génération des forces a été difficile, non pas à cause de problèmes militaires mais plutôt politiques parmi certains États membres qui ne voulaient pas y participer (difficultés pour trouver notamment des hélicoptères et des médecins). Mais les difficultés ont été surmontées. En matière de capacités, les pays européens peuvent être fiers, a commenté le général. Le commandant de l'EUFOR Tchad/RCA, Jean-Philippe Ganascia, lui a confié son étonnement à quel point les petits contingents (irlandais, autrichiens, finlandais, polonais…) ont fait preuve de volonté et de courage pour vivre dans des conditions très austères. De plus, ils ont démontré qu'ils n'étaient en rien une charge pour les Français qui assurent l'ossature logistique.

Le général Yves de Kermabon a rappelé l'objectif de la mission EULEX Kosovo qu'il dirige: aider les autorités du Kosovo, en les surveillant, les encadrant, les conseillant dans les domaines de l'état de droit (police justice et douane et services pénitentiaires) et avec cette particularité de disposer de pouvoirs exécutifs. Les principaux enjeux de cette mission sont: - techniques (difficulté de coordination avec l'OTAN) ; - opérationnels (sécurité du personnel sur le terrain, nature intégrée de la mission) ; politique (difficulté de déployer une mission sur l'ensemble du territoire du Kosovo, en particulier la partie nord) ; - éthiques (« nous apportons aux institutions locales des valeurs européennes et une expertise, mais nos fonctionnaires doivent apprendre le Kosovo », a-t-il dit).

Le brigadier général Vincenzo Coppola est le chef (depuis janvier 2006) de la mission de police de l'UE en Bosnie-Herzégovine (MPUE) jusqu'à la fin 2008. La MPUE a pris, le 1er janvier 2003, le relais de la Force de police internationale des Nations unies (IPTF). Vincenzo Coppola ne mâche pas ses mots. Il estime que l'UE « paye encore la facture » des problèmes de la mission précédente des Nations unies, alors que le mandat de la mission est très différent. Il a déploré les trois changements dans le mandat de la MPUE. Les leçons à tirer de la MPUE: nécessité d'une démarche intégrée, d'un mandat réaliste et d'instruments appropriés sur le terrain. Le brigadier général a estimé qu'il n'avait pas les moyens nécessaires pour exercer mon mandat. « La réforme de la police en Bosnie-Herzégovine, cela fait trois ans que nous y travaillons sans aucune participation des autorités locales qui n'ont pas eu leur mot à dire. Or, aujourd'hui, les résultats sont nuls », a dit le militaire italien. C'est la « triste réalité », car il n'y a pas de consensus politique sur le terrain pour soutenir cette réforme. Il vaut mieux « revoir les ambitions à la baisse plutôt que d'échouer comme c'est le cas aujourd'hui en Bosnie », a conclu le brigadier général. (L.C.)

 

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