Bruxelles, 20/06/2008 (Agence Europe) - Il ne sera pas dit que le casse-tête du « non » irlandais au Traité de Lisbonne aura éclipsé, lors du Conseil européen des 19 et 20 juin, les engagements de l'UE envers les pays en développement, en cette année 2008, cruciale pour l'évaluation à mi-parcours des progrès vers la réalisation des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Pour preuve: outre l'engagement d'œuvrer à une réponse internationale à l'impact de la flambée des prix alimentaires sur les pays les plus pauvres (voir autre nouvelle), les conclusions du Conseil européen consacrent une page et demie aux OMD. L'UE s'y montre déterminée et optimiste quant aux chances de réduire de moitié la pauvreté dans le monde à l'horizon 2015, en dépit de la chute enregistrée en 2007 dans le niveau d'aide publique au développement (APD) des pays de l'OCDE, y compris, pour la première fois, celle de l'UE (EUROPE n° 9639).
« A mi-parcours de l'échéance 2015, beaucoup a été fait, mais il faut en faire davantage », a résumé Janez Jansa, président sortant du Conseil européen. Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg - l'un des quatre pays champions de l'APD - s'est réjoui devant la presse que les objectifs d'augmentation de l'aide européenne, souscrits en 2005 sous Présidence luxembourgeoise, aient été « reconfirmés ». Mais il a également souligné combien il serait opportun que les États membres « chiffrent leur programme d'action » sur plusieurs années pour atteindre ces objectifs. M. Juncker s'est tout particulièrement félicité de la proposition de la Commission d'accroître l'aide au secteur agricole dans les pays en développement.
Comme l'avait fait le Conseil Développement en mai dernier (EUROPE n° 9669), les chefs d'État et de gouvernement des 27 avouent être « vivement préoccupés » par le retard pris par l'Afrique subsaharienne, mais se disent convaincus que « chacun des OMD peut encore être atteint dans toutes les régions du monde, à condition que des mesures concertées soient prises immédiatement et de manière soutenue » pour peu que chacun prenne sa part dans l'intensification des efforts.
En guise d'appel à la mobilisation collective et globale pour un défi mondial, l'UE rappelle à cet égard qu'elle demeure le premier bailleur de fonds au monde (elle assure plus de la moitié des flux d'aide) et entend conserver ce rôle de premier plan, tant par son niveau d'ambition financière que par sa participation active aux prochaines conférences internationales sur le développement. Celles-ci sont en effet décisives pour l'efficacité de l'aide, l'évaluation à mi-parcours des progrès réalisés vers les OMD, et le financement du développement (Forum de haut niveau de l'OCDE, Accra, 2-4 septembre, et conférences de l'ONU de New York, 25 septembre, et Doha 29 novembre-2 décembre).
Et pour commencer, les 27 réitèrent leur engagement à doubler collectivement le niveau annuel d'APD de l'UE pour le porter à plus de 66 milliards d'euros en 2010 (soit 0,56% du RNB contre 0,38% en 2007, pour atteindre le fameux 0,7% en 2015) et d'en allouer au moins la moitié à l'Afrique. Ainsi seraient tenues les promesses faites par les leaders européens en 2005.
Parmi les autres priorités recensées pour accélérer les progrès de la contribution européenne figurent l'amélioration de l'efficacité de l'aide européenne par des « réformes radicales », la poursuite d'une cohérence accrue des politiques de l'UE (agriculture, pêche, commerce, environnement, sécurité …) pour les mettre au service du développement, et la mise en œuvre de la politique d'aide au commerce afin d'atteindre, d'ici à 2010, une dotation annuelle de 2 milliards d'euros (1 milliard par la Commission, l'autre milliard par les États membres). Les conclusions du Conseil européen précisent que le montant global de l'aide liée au commerce devra être augmenté en proportion de l'accroissement des flux d'APD. Les pays du groupe ACP (Afrique/Caraïbe/Pacifique) en recevront au moins la moitié - mise en œuvre des accords de partenariat économique (APE) oblige.
Á ses partenaires en matière de développement, l'UE propose de partager son programme d'action pour les OMD, salué par le Conseil européen. Ce programme établit des objectifs intermédiaires et des mesures précises, assorties de calendriers, pour la réduction de la pauvreté et de la faim dans le monde entier, l'éducation, la santé, l'environnement, l'égalité entre les sexes et l'autonomisation des femmes, l'eau, l'agriculture, le secteur privé et les infrastructures.
Le Conseil européen réitère la détermination de l'UE à contribuer à apporter « une réponse collective efficace » aux fléaux additionnels que représentent le changement climatique et le prix élevé des denrées alimentaires pour le développement. Outre l'aide qu'elle est prête à fournir « s'il y a lieu » pour aider les pays en développement pauvres les plus vulnérables à s'adapter au changement climatique, l'UE « s'emploiera à ce que soit réellement mise en œuvre l'Alliance mondiale pour la lutte contre le changement climatique » conclue en 2007. Elle étudiera également comment mobiliser davantage d'argent pour lutter contre le réchauffement, notamment dans le cadre d'un mécanisme international, ainsi que le propose la Commission. (A.N.)