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Bulletin Quotidien Europe N° 9687
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le Conseil européen a lancé un double message, concernant le maintien du Traité de Lisbonne et les initiatives à prendre entre-temps

L'UE n'est pas paralysée par le vote irlandais. Le Conseil européen a fait l'indispensable dans la bonne direction. Il a dit que le Traité de Lisbonne est bien vivant, qu'il ne sera pas renégocié et qu'il revient à l'Irlande d'envisager la manière d'en faire partie. En même temps, il a prouvé que le retard dans l'entrée en vigueur de ce Traité ne paralyse pas l'Union ; elle entend au contraire faire avancer ses projets en se fondant sur les textes actuels, ce qui est logique en particulier pour la Présidence française, qui aurait de toute façon mis en œuvre son programme sans disposer du nouveau Traité. L'objectif parfois cité de faire entrer en vigueur ce dernier avant les élections européennes de juin prochain est vraisemblablement irréaliste ; le retard sera plus important, et les répercussions négatives du choix du peuple irlandais resteront considérables. Mais la double orientation essentielle (validité du Traité, volonté d'agir sans l'attendre) est acquise.

Écouter M. Juncker. Nous lirons et nous entendrons sans doute les lamentations habituelles sur l'inefficacité de l'UE et sur le manque de volonté et de vision de ses dirigeants. Sur ce point, je crois que c'est une fois de plus Jean-Claude Juncker qui a eu raison en affirmant en substance (dans son allocution de mercredi soir à l'Université libre de Bruxelles): nous, Européens, nous sommes insuffisamment fiers de ce que nous avons fait. L'UE est considérée dans le monde comme un havre de liberté et de prospérité. Où en serions-nous sans elle ? En l'absence de l'euro, les crises de ces dernières années auraient fait exploser nos systèmes monétaires. Si le cours de l'euro n'était pas ce qu'il est, quels seraient aujourd'hui les prix en Europe ? Nous ne sommes pas parfaits, loin de là, mais regardons ce qui arrive dans le monde avant de porter des jugements.

Il est vrai que M. Juncker rejette l'hypothèse d'aller de l'avant sans l'Irlande: « Je ne dirai jamais de faire l'Europe sans l'Irlande », et il refuse de rentrer dans une analyse juridique des formules possibles. Il revient d'abord à l'Irlande de faire « entrevoir les voies de sortie qu'on pourrait envisager » ; ensuite, on verra. C'est aussi l'opinion du président de la Commission européenne, M. Barroso. Je ne crois pas que cette position confiante soit incompatible avec les mises en garde et l'invitation à réfléchir dès maintenant à l'Europe à deux vitesses. Le message du Sommet semble clair: l'UE ne renonce pas au nouveau Traité avec ses avancées. Personne ne veut exclure l'Irlande, c'est à elle de choisir.

La clarté d'Angela Merkel. La responsabilité d'ouvrir le débat du Conseil européen à ce sujet (jeudi dans la nuit) avait été confiée à Angela Merkel, qui s'était exprimée le jour avant devant le Bundestag. Sur la base de son discours de Berlin et de ce qu'on sait de son intervention à Bruxelles, il est possible de synthétiser sa position en quatre points: 1) l'UE a besoin du nouveau Traité, celui de Nice ne suffit pas ; 2) il ne peut pas y avoir de pause de réflexion, car il n'y a rien à renégocier ; 3) il revient au gouvernement irlandais d'indiquer, au prochain Conseil européen (octobre), la solution qu'il préconise et dans quelles conditions il pourrait envisager un nouveau référendum ; 4) sans quoi, l'Irlande devrait indiquer ce qu'elle entend faire afin que les États membres qui auront ratifié le Traité ne soient pas bloqués.

Ce ne sont évidemment pas les termes exacts de la chancelière allemande ; les quatre points cités étaient sans doute mieux présentés et enveloppés, mais la substance était claire. Logiquement, le gouvernement irlandais a été plus prudent. Le Premier ministre estime qu'il faut « prendre le temps pour analyser la situation et explorer d'éventuelles options » et le ministre des Affaires étrangères a estimé qu'en octobre son pays pourra apporter un rapport d'étape, mais pas une solution (ce qui rend vain l'espoir d'une entrée en vigueur du Traité avant les élections européennes). Le président de la Commission a estimé, avec prudence, que le Sommet d'octobre sera une bonne occasion pour discuter d'un scénario et d'un calendrier.

En fait, le problème est de savoir ce que signifient l'intention et le devoir de respecter le peuple irlandais et son choix. Deux interprétations sont, à mon avis, possibles, et il faudra s'entendre ; cette rubrique y reviendra la semaine prochaine. Maintenant, les Irlandais savent ce qu'ils peuvent obtenir (quelques déclarations ajoutées au texte ?) et ce qui est exclu: la renégociation ou l'abandon du Traité.

Les résultats relatifs au second volet du Sommet - actions à entreprendre sous présidence française à propos du prix du pétrole, politique d'immigration, politique agricole, coût de l'alimentation, etc.- méritent un commentaire spécifique. Les lecteurs ont intérêt à prendre d'abord connaissance, dans les pages suivantes, des conclusions et des prises de position qui les ont accompagnées.

(F.R.)

 

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