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Bulletin Quotidien Europe N° 9609
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Kosovo: le discours officiel ne dit pas toute la vérité

L'UE est à la fois unie et divisée. Dans l'affaire du Kosovo, le «non dit» est aussi vaste que ce qui est dit. Les déclarations officielles et les discours des autorités laissent dans l'ombre une large partie de la réalité. Ceci a eu comme résultat que plusieurs moyens d'information ont présenté l'attitude de l'UE d'un seul point de vue, alors qu'il y en a deux. Deux présentations de son attitude étaient possibles, et chaque moyen d'information a privilégié celle de son choix: soit que l'UE s'était cassée en deux parties, car certains Etats reconnaissent le Kosovo indépendant et d'autres pas ; soit qu'elle a une position commune, grâce à la déclaration adoptée à l'unanimité et au lancement de l'opération européenne de soutien et de surveillance (Eulex). Les deux aspects sont vrais l'un et l'autre, et cette rubrique avait mis l'accent sur leur coexistence (bulletin n° 9605). Pour Javier Solana, le bilan européen est nettement positif. Il a déclaré: « collectivement, l'UE, ses institutions, ont pris une décision très importante, et c'est ce que l'UE devait faire en tant qu'ensemble », alors que la reconnaissance d'un nouvel Etat relève de la compétence nationale de chaque Etat membre. Même interprétation par le président du Conseil Dimitrij Rupel: « l'UE a été capable de parler d'une voix et de rester unie ». Selon Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères qui avait été représentant de l'ONU au Kosovo de 1999 à 2001, « on ne peut pas dire que les Européens sont divisés ; c'est une grande victoire de l'Europe ». Cette lecture escamote la divergence sur l'existence du nouvel Etat.

Positions nationales compréhensibles. Cas par cas, les positions des différents gouvernements sont compréhensibles. La position négative la plus ferme, celle de Chypre, s'explique par sa situation. La partie nord de l'île a proclamé son indépendance et elle s'est en fait séparée, sous la protection de l'armée turque. Si à présent une autoproclamation d'indépendance est admise, comment la déclarer illicite et non avenue à Chypre ? C'est vrai que l'ONU ne reconnaît pas la République turque de Chypre, mais le Kosovo non plus.

Les autres Etats membres opposés ou réticents sont tous confrontés à des revendications internes d'indépendance ou d'autonomie. C'est vrai que le Royaume-Uni est parmi ceux qui ont reconnu le Kosovo indépendant, et voici que sans tarder en session plénière du Parlement européen, l'eurodéputé écossais Ian Hudghton déclare: « je voudrais voir l'Ecosse dans l'UE en tant que nation et non pas comme observateur ».

Débat éclairant. Le débat au PE a montré que les affirmations solennelles sur le caractère unique du cas kosovar, qui ne remet pas en cause le principe « de la souveraineté et de l'intégrité territoriale des Etats », ne sont pas partagées par tous. Il est vrai qu'une nette majorité du Parlement européen, tout en affirmant qu'un statut négocié aurait été préférable, a estimé qu'il faut « accepter la nouvelle réalité » à deux conditions: le nouvel Etat doit être démocratique et respecter les minorités, son avenir ainsi que celui de la Serbie sont dans l'UE en tant que futurs Etats membres. Selon cette majorité, l'attitude serbe actuelle ne doit pas être dramatisée: Mme Neyts-Uyttebroeck a rappelé qu'il avait fallu neuf années aux Pays-Bas pour reconnaître l'indépendance de la Belgique. Selon le député hongrois Csaba Tabajdi, le Kosovo pourrait même représenter un précédent positif en tant qu'exemple du respect des droits des minorités.

Mais certains groupes politiques minoritaires ne sont pas d'accord. Le groupe GUE/NGL a fermement condamné l'acquiescement européen à la décision de Pristina. Selon son président, Francis Wurtz, cette attitude affaiblit dangereusement la crédibilité du droit international en ouvrant la voie à toute proclamation analogue ailleurs. Et il est sceptique à propos des suites, en se fondant sur l'échec du protectorat de l'ONU, dont il a ainsi résumé les résultats: « Un PIB équivalent à celui du Rwanda ; la moitié de la population active au chômage ; plus de 200.000 réfugiés et personnes déplacées ; multiplication des violences contre les minorités. Ceci malgré une aide internationale de 2 milliards d'euros et la présence de 17.000 soldats de l'OTAN. (…) Ce n'est pas Eulex qui réglera ces problèmes ». Selon le groupe de gauche, l'attitude de l'UE place les rapports de force au dessus du droit et « va nourrir les nationalismes au lieu d'en tarir les sources ». L'UE reconnaîtrait ainsi la purification ethnique et le risque que le nouvel Etat favorise les trafics illicites.

Le débat parlementaire n'a donc pas escamoté les perplexités et les réserves, qui ont été encore plus nombreuses en dehors des institutions européennes, y compris de la part de certains gouvernements. Les doutes sont nombreux et les dangers ont été dénoncés. Cette rubrique va en rendre compte dans les prochains jours, ainsi que des raisons (objectivement valables) qui ont dicté la position officielle.

(F.R.)

 

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