Bruxelles, 04/02/2008 (Agence Europe) - Les liens entre le changement climatique et les ressources hydriques mondiales sont trop évidents pour que les politiques de lutte contre le réchauffement puissent être menées isolément, avec l'efficacité requise. Pour relever le défi climatique, c'est sur des politiques intégrées, incluant la dimension de l'eau, qu'il faut miser, tant au sein de l'UE que dans les négociations climatiques de l'ONU sur l'après-2012. Tous les intervenants - députés européens comme experts - l'ont souligné, le 29 janvier à Bruxelles, à l'occasion d'une audition organisée par la commission temporaire du Parlement européen sur le changement climatique que préside Guido Sacconi (PSE, italien). L'objet de cette session thématique - la quatrième du genre - était de réfléchir à la problématique du changement climatique et des ressources mondiales en eau, avec un accent particulier sur le développement durable, les changements dans l'utilisation des sols, et les forêts.
Pour Karl-Heinz Florenz (PPE-DE, allemand), rapporteur de la commission temporaire, l'eau et le développement durable sont deux indicateurs montrant que le CO2 ne constitue qu'une partie seulement du problème du réchauffement. « C'est maintenant sur les matières premières et sur les ressources qu'il convient de se pencher, en s'interrogeant notamment sur les moyens d'intégrer l'agriculture dans ce débat », estime-t-il.
Cristina Gutiérrez Cortines (PPE-DE, Espagne), modératrice du débat, rappelle que l'eau est devenue un thème phare du développement durable. « En interaction avec le changement climatique, l'eau concerne toutes les questions de production. C'est aussi la ressource qui a le plus gros impact sur la vie quotidienne des êtres humains. Le processus d'adaptation exigera nombre de sacrifices et de changements dans notre mode de vie », avertit l'eurodéputée, convaincue de la nécessité d'une approche holistique et commune de l'eau, ainsi que « des réponses intégrées » qui tiennent comptent des aspects sociaux et humains. Or, selon elle, les législateurs ont tendance à en avoir une approche fractionnée, redoutant à tort la complexité.
Kaveh Zahedi, directeur adjoint du programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), s'exprimant au nom du directeur exécutif Achim Steiner, juge difficile de déterminer « où s'arrête l'eau, où commence le changement climatique ». Rappelant que le défi du changement climatique en termes de disponibilité des ressources en eau transparaît dans tous les constats du GIEC (groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat), il souligne que « personne n'échappera au phénomène », pas même les Etats-Unis et l'Europe. « Ne parlons pas de changement climatique mais du binôme changement climatique/eau », implore-t-il, car « toute politique raisonnable doit intégrer le problème de l'eau ». Et si la conférence onusienne de Bali a tracé la voie pour deux ans, il est clair que la communauté internationale doit « s'occuper de l'eau d'ici à la conférence de Copenhague en 2009 » où doit être conclu un accord mondial sur l'après-2012. « Si nous ne parvenons pas à conclure un régime climatique robuste pour l'après-2012, nous ne pourrons respecter les objectifs du développement pour le millénaire», prévient-il. Et de plaider pour la mobilisation des marchés financiers sur ce front, qui occupera les ministres de l'Environnement en février dans le cadre du PNUE.
M. Zahedi rappelle que, pour quelques dizaines de dollars, l'Afrique qui « dans l'ensemble, ne manque pas d'eau puisque ses précipitations peuvent approvisionner 13 milliards de personnes », pourrait récolter l'eau de manière rudimentaire. L'approche préconisée par le PNUE repose sur la restauration des écosystèmes, à savoir les forêts (or au cours des dernières années, 50 000 km2 de forêts ont été perdus au profit de zones agricoles), les écosystèmes montagneux et les zones humides, importantes pour le stockage naturel de l'eau. Conscient que le problème de l'eau est transversal, le PNUE, qui a établi un panel international pour l'évaluation du cycle de vie des biocarburants, va saisir cette instance pour qu'elle intègre le facteur eau, sachant que « pour faire un litre de biocarburant, il faut parfois 1000 litres d'eau, soit 250 fois les besoins quotidiens d'un individu ». Ricardo Petrella, président du European Research Institute on Water Policy, grand défenseur du droit universel à l'eau en tant que bien commun, insiste sur la dimension humaine de la pénurie mondiale d'eau privant 1,5 milliard de personnes d'accès à l'eau potable et 2,6 milliards de toilettes.
Franz Fischler, président du Forum européen Eco-Social (et ancien commissaire européen à l'Agriculture), estime urgent de se pencher sur les conséquences du réchauffement « sur l'agriculture, la sylviculture, chacun d'entre nous ». L'agriculture est concernée à trois niveaux: elle est un acteur du changement climatique en tant que principal consommateur d'eau, une victime très exposée puisqu'elle produit à ciel ouvert, et un secteur pouvant atténuer le changement climatique et l'utiliser à son profit en produisant de la biomasse, pour remplacer le gaz ou le pétrole, à condition qu'elle soit produite dans des conditions durables et que « le choix de produire de la biomasse prenne en compte une possible atténuation du CO2 », souligne M. Fischler. La réduction des émissions pourrait se faire via le stockage de gigatones de CO2 dans le sol. Optimiste quant aux opportunités offertes par la gestion de l'humus, comme alternative au stockage du méthane à ciel ouvert, M. Fischler souhaite que l'UE fasse des propositions dans le cadre des négociations internationales sur l'après-Kyoto. Il se dit surpris en revanche par la confiance placée dans les biocarburants. « Nous sommes encore loin de la viabilité pour le secteur des biocarburants, même en termes économiques. Il faut mettre le paquet sur la R&D. », estime-t-il. (A.N.)