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Bulletin Quotidien Europe N° 9594
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Agriculture: évolution encourageante de l'opinion publique européenne

Une note optimiste. C'est par une note optimiste que cette rubrique va conclure les remarques sur la Politique agricole commune (PAC) publiées la semaine dernière: on peut avoir confiance en l'évolution de l'opinion publique. Elle s'intéresse et se préoccupe de plus en plus de la qualité et de la sécurité de l'alimentation, elle suit avec attention les discussions à propos de la bio-agriculture et des organismes génétiquement modifiés (OGM), elle se passionne pour le sauvetage de la biodiversité, elle commence même à se méfier des aliments qui voyagent trop. Les gens comprennent de mieux en mieux que tous les aspects cités, ainsi que les traditions et les paysages de l'Europe, dépendent en définitive de l'activité agricole. Ce qui a fait la mauvaise réputation de la PAC, ce sont justement les entorses à la nature dont la PAC a été parfois responsable ou qu'elle a tolérées: destruction rémunérée de fruits excédentaires, uniformisation des cultures, cruauté à l'égard des animaux. Les oppositions de principe au soutien de l'activité agricole et en faveur de l'ouverture totale des frontières européennes aux importations en provenance de n'importe où, n'étaient pas le fait des populations. Elles sont dictées par des intérêts bien définis (le grand commerce, certaines industries de transformation dont le premier souci est de s'approvisionner aux coûts les plus bas, etc.) ou elles ont, curieusement, des sources nobles: économistes ou professeurs d'université prêts à toutes les contorsions intellectuelles pour affirmer leurs positions doctrinaires.

Déviation intellectuelle. Considérer l'agriculture comme un secteur économique normal représente, à mon avis, une déviation intellectuelle. C'est la seule activité humaine directement liée à la nature, à l'eau, à la vie. En Europe, elle a façonné la culture, les paysages, la civilisation. Affirmer que c'est une activité économique comme les autres, soumise à la règle de l'augmentation perpétuelle de la productivité, est une aberration. Certes, les agriculteurs ne sont pas une catégorie à part. Ils sont des hommes comme les autres, ils peuvent être avides, tricher, négliger le goût du travail bien fait. L'histoire de la PAC est remplie d'épisodes peu reluisants. C'est pourquoi il faut des règles, des disciplines, une surveillance. Mais la plupart des abus ne sont pas le fait des producteurs agricoles « sur le terrain », mais résultent très souvent des phases suivantes de la production alimentaire: le commerce, la transformation, le trafic des «restitutions à l'exportation», la fixation arbitraire des cours mondiaux. La PAC a connu des pages peu glorieuses: vin distillé a priori et transformé en carburant pour le marché américain, montagnes de beurre qui se détérioraient inexorablement, cruauté de certains élevages (poulets, porcs), pollution de l'eau. Mais ces déviations ont été largement corrigées et des améliorations sont encore possibles. C'est pourquoi les règles, les mécanismes et la surveillance, et donc la PAC en tant que politique européenne, doivent être maintenus.

La classe politique évolue-t-elle aussi ? L'activité agricole doit être répartie de façon harmonieuse dans tous les Etats membres. Ce principe avait été reconnu il y a pas mal d'années dans un document élaboré par le Conseil Agriculture, approuvé par le Conseil «général» qui l'avait transmis au Sommet, et en définitive adopté par celui-ci. On s'est aperçu par la suite qu'aucun chef d'Etat ou de gouvernement ne l'avait lu, et qu'il avait trouvé sa place dans les archives européennes, très bien fournies, on le sait. Il s'y trouve sans doute encore et les historiens pourraient aisément le dénicher, maintenant que ces archives sont ouvertes.

Les responsables politiques semblent eux aussi prendre conscience des vérités fondamentales. Autrefois, ils ne découvraient la signification de l'agriculture que pour leur pays. Je n'oublie pas la défense de leurs fleurs par les Pays-Bas et de leurs fruits rouges par l'Allemagne, pays toujours favorables par ailleurs à sacrifier l'activité agricole d'Etats membres au nom de la libre concurrence mondiale. Aujourd'hui, on trouve même des hommes politiques britanniques qui défendent l'agriculture au niveau européen.

Revirement. En même temps, l'importance de l'agriculture vivrière pour le monde en développement est reconnue. Le revirement des organismes internationaux est spectaculaire. La Food and Agriculture Organisation (FAO) admet que la multiplication sans fin des échanges mondiaux n'est pas la panacée aux malheurs et aux difficultés des pays pauvres ; elle dénonce le fléau de la «monoculture pour l'exportation» et recommande le retour à l'agriculture de subsistance. La Banque mondiale désigne l'activité agricole comme un facteur-clé permettant de rétablir les emplois ruraux détruits, arrêter l'afflux ruineux des anciens paysans dans les périphéries urbaines, reconquérir du moins partiellement l'autonomie alimentaire perdue.

La nature doit prévaloir sur la spéculation et sur les excès du commerce agricole.

(F. R.)

 

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