Bruxelles, 29/01/2008 (Agence Europe) - Le rapporteur du Parlement européen sur l'élargissement, l'Allemand Elmar Brok (PPE-DE), plaide pour une réorientation fondamentale de la politique d'élargissement de l'UE. Dans un « document de travail », M. Brok esquisse les principales réflexions et revendications qu'il entend développer dans son futur rapport qui sera présenté à la commission des affaires étrangères du PE avant l'été. Son message principal: si l'UE veut rester un « projet politique », elle ne pourra pas continuer à s'élargir comme elle l'a fait ces 20 dernières années. « L'adhésion ne peut pas être la seule solution » pour tous ces pays voisins de l'Union qui aspirent à une intégration européenne à moyen et long terme, estime M. Brok. « Même si la politique d'élargissement est sans aucun doute la politique étrangère la plus réussie de l'Union, nous avons besoin d'un répit, d'une période de consolidation » d'une durée indéterminée, a-t-il expliqué le 29 janvier devant un petit groupe de journalistes. D'où la nécessité d'offrir à ces pays « d'autres options que la seule adhésion ». L'ancien président de la commission des Affaires étrangères du PE propose donc une « nouvelle architecture » des relations entre l'UE et ses pays voisins qui permette d'aller au-delà de la politique européenne de voisinage sans pour autant aboutir forcément à l'adhésion de ces pays. Concrètement, M. Brok relance l'idée de créer des « cercles concentriques » situés en dehors des institutions de l'UE qui offriraient des étapes intermédiaires aux pays candidats. Par exemple: un « Espace Economique Européen Plus », une « politique de voisinage renforcée » ou un « Commonwealth européen ». Aucune de ces formules ne devrait fermer la porte vers un stade plus avancé dans les relations avec l'UE, y compris l'adhésion, à condition que les conditions soient remplies pour faire un tel pas supplémentaire. Des pays comme l'Ukraine, la Géorgie ou la Moldova, qui ont tous l'objectif stratégique d'adhérer un jour à l'UE, mais aussi certains pays des Balkans occidentaux et même la Turquie pourraient profiter de ces « cercles concentriques » pour se rapprocher peu à peu de l'UE, sans devoir attendre - pour certains d'entre eux, peut-être pour toujours - que les conditions pour une adhésion soient réunies. M. Brok affirme que son rapport ne vise absolument pas à saboter les négociations d'adhésion avec la Turquie. Même s'il est contre l'adhésion de la Turquie, le rapporteur estime qu'il serait insensé d'arrêter les négociations. En revanche, selon le progrès ou non qui sera fait dans les négociations, il n'exclut pas qu'Ankara puisse à un moment donné choisir elle-même de rejoindre l'un des « cercles ».
M. Brok est particulièrement critique à l'égard de la Commission européenne. « Elle n'a pas de stratégie cohérente en matière d'élargissement », affirme M. Brok qui fustige notamment le « manque de coordination » entre les services de la Direction générale Elargissement et les services chargés de la politique de voisinage dans la DG Relations extérieures. Il reproche aussi à la Commission de n'avoir pas, dans son document stratégique d'automne 2007, mis un accent suffisamment fort sur l'importance de la « capacité d'absorption » de l'UE. Il est grand temps que ce 4ème critère de Copenhague pour l'élargissement soit défini et appliqué avec précision, estime M. Brok. (H.B.)