Bruxelles, 29/01/2008 (Agence Europe) - En présentant, mardi 29 janvier à Bruxelles, l'opération militaire de l'UE au Tchad et en République centrafricaine (EUFOR Tchad/RCA), le commandant stratégique de la force, le général irlandais Patrick Nash, a affirmé que l'opération avait suffisamment de moyens pour être indépendante, notamment des effectifs français déployés au Tchad et en République centrafricaine dans le cadre des dispositifs Epervier et Boali. Le général a affirmé que la force « disposait de moyens suffisants pour être lancée et déployée » mais qu'il faudra encore d'autres moyens pour le transport tactique et la protection des forces. Des négociations sont en cours avec des pays tiers.
« La France est un contributeur très important », a affirmé le général en expliquant qu'à présent l'UE est en train de conclure les accords techniques qui « nous permettront d'utiliser leurs équipements pour établir notre quartier de force ». « La force de l'UE sera toutefois indépendante », a souligné le général. La France, qui s'est engagée à apporter des moyens « supplémentaires » pour le lancement de l'opération, fournira dans ce cadre notamment les effectifs pour la force de réaction rapide ainsi qu'un effectif supplémentaire de quelque 500 personnes pour le déchargement des avions. Ces moyens seront placés sous le commandement de l'EUFOR et indépendants du commandement français. La contribution du dispositif Epervier (une opération lancée par la France en 1986 pour contribuer au maintien de l'intégrité territoriale du Tchad) se limitera à l'accès à l'hôpital de campagne de N'Djamena en cas de besoin et à une capacité de reconnaissance (deux vols par jour opérés sur Mirage F1). Les avions resteront toutefois sous commandement français. L'EUFOR utilisera aussi, dans la phase initiale, les mêmes moyens de déploiement (maritime via Douala au Cameroun et aérien via la Libye avec atterrissage à N'Djamena). L'EUFOR disposera toutefois de sa propre base à N'Djamena. Au moment où la force atteindra la capacité opérationnelle initiale fin février ou début mars, les troupes seront transférées vers Abéché où sera situé le quartier général de force.
Interrogé par les journalistes sur les moyens dont dispose l'EUFOR, le général Nash a affirmé que la force européenne disposait de « suffisamment de moyens » pour l'instant, mais que le « processus de génération de force n'est pas encore arrêté ». Des négociations avec les pays tiers sont actuellement en cours pour pouvoir générer les moyens supplémentaires pour le transport tactique aérien et la protection des forces. L'EUFOR doit encore trouver un bataillon de réserve stratégique (600 hommes). Soulignant le caractère multinational de l'opération, le général Nash a expliqué que les premières unités qui entreront sur le théâtre d'opérations seront fournies par l'Autriche, la France, la Belgique, l'Irlande et la Suède aidés par l'Italie qui fournira un hôpital de campagne. La force doit atteindre sa pleine capacité opérationnelle à la mi-mai, peu avant la saison des pluies.
Le représentant spécial de l'UE pour le Soudan et EUFOR Tchad/RCA, Torben Brylle, a réaffirmé l'impartialité de l'opération. « La mission EUFOR est une mission indépendante et impartiale qui durera 12 mois », a-t-il déclaré avant de mettre l'accent sur la « situation grave » dans la région. Soulignant l'engagement « fort » de l'UE dans la recherche de solutions aux multiples problèmes qui affectent la région, M. Brylle a souligné la synergie avec le déploiement parallèle de la mission hybride des Nations unies et de l'Union africaine (UNAMID). « Ce déploiement simultané montre que l'Union européenne contribue à la recherche des solutions aux problèmes et aux conflits qui affectent la région », a-t-il dit en espérant que ce déploiement simultané permettra d'améliorer la sécurité et d'installer « une solution, la seule solution possible à long terme, la solution politique ».
L'EUFOR est la cinquième opération de l'UE et la troisième qui se déroulera en Afrique. La zone d'opération couvrira 350 000 km2 dans une région instable et dépourvue d'infrastructure. 14 pays seront représentés sur le terrain (France, Irlande, Pologne, Suède, Finlande, Italie, Espagne, Grèce, Portugal, Slovénie, Belgique, Autriche, Pays-Bas et Roumanie- ces deux derniers attendent encore la décision politique formelle) sur les 18 au total présents dans le théâtre d'opérations (outre les 14 pays présents sur le terrain, le Royaume-Uni, la Bulgarie, le Luxembourg et la République tchèque étant représentés au niveau du quartier général de force). 22 pays seront représentés au quartier général d'opération (OHQ) au Mont Valérien en France (les 18 à l'exception du Luxembourg auxquels s'ajoutent Hongrie, Allemagne, Slovaquie, Chypre et Lettonie). L'opération impliquera 3 700 militaires. Conduite sous mandat des Nations unies (résolution 1778) et sous le chapitre VII de la Charte des Nations unies autorisant l'usage de la force, l'opération doit durer un an, mais au bout de six mois le mandat sera revu. (A.By.)