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Bulletin Quotidien Europe N° 9562
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les problèmes de la Méditerranée ont toujours une dimension européenne

Le malentendu franco-allemand. Grâce essentiellement à Angela Merkel, le projet d'Union méditerranéenne a été corrigé (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9560). La France a renoncé à l'idée bizarre selon laquelle un certain nombre d'Etats membres de l'UE constitueraient une «Union» avec un groupe de pays tiers ; il est maintenant acquis que tous les Etats membres auraient vocation à participer aux initiatives en ce domaine. Mais un malentendu subsiste. Selon la présentation faite la semaine dernière par Nicolas Sarkozy devant la presse, la France et l'Allemagne vont définir ensemble une formule ouvrant à tout Etat membre l'initiative française. Or, l'interprétation de Berlin est tout autre: selon les sources allemandes, le projet d'Union méditerranéenne est abandonné. Dans la conférence de presse de Paris, où Angela Merkel et Nicolas Sarkozy étaient l'un à côté de l'autre, la chancelière ne pouvait pas démentir le président, mais son explication était claire: c'est un projet qui ne tient pas la route. Cette rubrique l'avait écrit auparavant en toutes lettres, en retenant toutefois l'idée du lancement possible de quelques projets à réaliser ensemble, UE et pays tiers méditerranéens ; si l'on veut appeler ceci une Union, ce n'est pas grave. Mais à Berlin, on a pris le terme «Union» à la lettre pour conclure: il n'y aura pas d'Union méditerranéenne, mais des améliorations et renforcements du «procès de Barcelone».

Les raisons de l'échec. La cérémonie solennelle que Paris a prévue pour le mois de juin 2008 sera-t-elle quand même maintenue, avec une participation élargie et en laissant de côté la dénomination Union méditerranéenne ? On verra. Certes, la maladresse était déjà inscrite dans cette dénomination: il aurait fallu au moins parler d'Union euro-méditerranéenne, afin de ne pas exclure a priori les pays de l'UE qui ne sont pas riverains de cette mer. Cette erreur a été corrigée, mais les objections fondamentales subsistent qui rendent inévitable l'échec du projet tel qu'il avait été maladroitement conçu à Paris. Cette rubrique les avait dénoncées dès le départ. En bref: a) l'UE s'est dotée d'une politique commerciale commune et elle constitue une Union économique et monétaire, ce qui rend impossible toute négociation nationale en ces domaines. Seule l'UE en tant que telle peut agir ; b) les pays tiers méditerranéens ont des ambitions autres que de constituer un ensemble uniforme face à l'Europe ; chacun a ses objectifs, et ils sont bien loin de coïncider.

S'y ajoutent les aspects plus nettement politiques ; Seif al-Islam Kadhafi, fils du colonel, a déclaré dimanche: « La proposition d'Union méditerranéenne du président Sarkozy nous intéresse pour autant qu'elle n'inclue pas Israël». Et le ministre égyptien des Affaires étrangères, Ahmed Ali Aboul Gheit, a déclaré la semaine dernière, devant les parlementaires européens, qu'il doute que « Israël et la Palestine soient en mesure d'appartenir à une même Union.»

Tout aussi difficile est, pour le moment, le volet du «dialogue culturel». Ce ne sont pas les initiatives de la Commission ou du Parlement européen pour réunir de temps en temps des écrivains, des experts et des savants des deux côtés qui modifient la réalité actuelle. Un long article signé Mustapha Chérif, publié par le journal algérien L'expression, reproche à l'UE d'être un club fermé qui refuse d'accueillir les jeunes «qui apportent leur force et leur vitalité à l'Europe» et ne respecte pas le «droit à la différence » des musulmans immigrés: « les discriminations et l'islamophobie dominent, les droits des citoyens de confession musulmane sont bafoués», y compris «l'exercice de leur culte»

Les évaluations de ce côté-ci de la Méditerranée sont parfois différentes, que ce soit à propos de l'intolérance (voir l'affaire des caricatures danoises) ou des effets d'une immigration plus libre. Sur ce dernier aspect, le Conseil Economie/Finances de l'UE est parvenu à des conclusions très nuancées ; les effets dépendent des efforts des immigrés eux-mêmes pour s'intégrer, et l'apport de l'immigration à la solution du problème des pensions est, «dans la meilleure des hypothèses, marginal». Les idées toutes faites n'apportent rien, même lorsqu'elles sont soutenues par des calculs (absurdes) de l'ONU.

Importance de la visibilité. Une véritable Union ne représente donc pas la voie à suivre, d'autant plus que les objectifs indiqués dans le discours de Tanger de Nicolas Sarkozy figurent déjà tous, sans exception, dans le document récent de la Commission européenne sur le développement des relations UE/pays tiers méditerranéens, que ce soit au titre du processus de Barcelone, ou de la politique de voisinage, ou des accords bilatéraux, ou de l'activité de la BEI. L'initiative française a eu le mérite de relancer le débat et de placer les relations euro-méditerranéennes au centre de l'actualité. C'est loin d'être négligeable. Mais, de toute évidence, la politique méditerranéenne est une question européenne. Dans l'intérêt de tous.

(F.R.)

 

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