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Bulletin Quotidien Europe N° 9545
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Après le discours de Nicolas Sarkozy, place au débat économique européen

Les limites et les objectifs de la «conversion» de la France à l'économie de marché et à la libre concurrence ont été précisés par son président, dans le discours devant le Parlement européen. Tout au long de la semaine, cette rubrique a appuyé l'idée d'une Europe déterminée à conserver une industrie manufacturière étendue et puissante, et la thèse d'un rapprochement réciproque et progressif, de Paris vers Bruxelles et de Bruxelles vers Paris, en matière de libre concurrence. En exposant aux parlementaires sa conception de l'Europe, Nicolas Sarkozy a clarifié la position de son pays sur les questions qui sont au centre de ce débat. Sans revenir sur l'ensemble de son discours (efficacement résumé dans notre bulletin n° 9542) avec sa conception de l'unité européenne et l'exigence d'une politique commune de défense, je vais développer ce qu'il a dit sur les aspects économiques.

Il s'est félicité des différences sur ces sujets entre les opinions et les sensibilités des Européens, car ces différences représentent « notre plus grande richesse, le fondement même de la démocratie. La démocratie, c'est le débat, c'est la pluralité des points de vue.» Il demande donc la discussion: « Il faut pouvoir débattre de tout, de la politique monétaire, de la politique budgétaire, de la politique industrielle, de la politique fiscale, de toutes les politiques quelles qu'elles soient». Le président français a évoqué en particulier:

- Une identité européenne dans la mondialisation. «Les peuples européens traversent une crise identitaire très profonde. C'est une crise qui est à la fois dans les nations et dans cette idée de la civilisation que tous les Européens ont en commun et qui fait la véritable unité de l'Europe. C'est une crise qui est liée à la globalisation et à la marchandisation du monde.»

- La préférence communautaire. « Le mot protection ne doit pas être banni. Si nous ne voulons pas qu'un jour les peuples, exaspérés d'être victimes de la concurrence déloyale et du dumping, réclament de nouveau le protectionnisme et la fermeture, nous devons être capables de débattre de ce que pourrait être une véritable préférence communautaire (…) Nous devons être capables de nous doter des mêmes moyens d'agir que tous les autres. Si les autres nations ont le droit de se défendre contre le dumping, pourquoi pas l'Europe ? Si tous les pays ont des politiques de change, pourquoi pas l'Europe ? Si d'autres nations peuvent réserver une part de leurs marchés publics à leurs PME, pourquoi pas l'Europe ? Si d'autres nations mettent en œuvre des politiques industrielles, pourquoi pas l'Europe ? Si les autres défendent leurs agriculteurs, pourquoi l'Europe ne défendrait pas les siens ? »

- Indépendance énergétique et autonomie alimentaire. « L'Europe ne veut pas du protectionnisme mais elle a le devoir d'assurer son indépendance énergétique et son indépendance alimentaire. »

- La libre concurrence. « L'Europe est attachée à la concurrence. Mais l'Europe ne peut pas être seule au monde à en faire une religion. C'est pourquoi le Sommet a décidé que la concurrence était pour l'Europe un moyen et non une fin en soi. »

- Economie de marché et capitalisme. « L'Europe a fait le choix de l'économie du marché et du capitalisme. Mais ce choix n'implique ni le laissez-faire absolu ni l'acceptation des dérives d'un capitalisme financier qui fait la part belle aux spéculateurs et aux rentiers plutôt qu'aux entrepreneurs et aux travailleurs. Le capitalisme européen a toujours été un capitalisme d'entrepreneur, un capitalisme de production plutôt qu'un capitalisme de spéculation et de rentes. L'Europe a un rôle à jouer dans la nécessaire moralisation du capitalisme financier dont les citoyens du monde entier ne supportent plus les excès. Beaucoup de ceux qui, dans le monde, ont placé leur espérance dans l'Europe, attendent qu'elle prenne la tête de ce combat. »

Mais M. Sarkozy se dit ouvert aux opinions d'autrui: ce qu'il réclame, c'est le débat: « Sur tous ces sujets, nous avons des idées et des points de vue différents. Ce n'est pas une raison pour ne pas en parler. Bien au contraire. Nous devons en débattre jusqu'à ce que nous ayons réussi à rapprocher assez nos points de vue pour pouvoir bâtir une politique commune. »

Il paraissait évident, avec ses questions qui ne pouvaient avoir qu'une seule réponse, que M. Sarkozy croit à la validité de ses thèses. Mais il a déjà prouvé qu'il n'exclut pas les compromis. Pour le moment, l'objectif est d'ouvrir la discussion avec les autres Etats membres et au sein des institutions communautaires, car, a-t-il affirmé, « la politique de la France, c'est de travailler étroitement et en toute confiance avec les institutions européennes ». Place au débat, en sachant que personne ne détient tout seul la vérité.

(F.R.)

 

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