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Bulletin Quotidien Europe N° 9506
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Actualité d'Altiero Spinelli, visionnaire pragmatique

Un commissaire européen novateur. Je ne serais pas en train d'écrire sur le colloque organisé mercredi par la Commission européenne à l'occasion du centième anniversaire de la naissance d'Altiero Spinelli, si ce colloque s'était limité à rappeler et à célébrer ses mérites dans la construction européenne. En fait, Beniamino Olivi, qui a organisé et présidé la manifestation, ainsi que la plupart des participants ont établi un lien avec l'actualité européenne, en posant deux questions: quels enseignements peut-on tirer de l'action de M. Spinelli en tant que commissaire européen (il l'a été de 1970 à 1976) ? L'UE est-elle aujourd'hui orientée dans la direction des politiques communes qu'il a préconisées et parfois lancées ?

Les réponses ont été instructives. Altiero Spinelli a introduit ou consolidé, dans le fonctionnement et dans la vie de la Commission, des innovations qui sont encore largement d'actualité. Tout d'abord, l'application concrète du principe de la collégialité: sa vision de l'Europe couvrait tous les domaines, et il intervenait ou prenait des initiatives dans les dossiers de ses collègues, sans se priver à l'occasion de critiquer leurs orientations. Chargé de l'industrie et de la recherche, il a largement débordé en lançant des débats sur des sujets aujourd'hui considérés comme essentiels. Il a ainsi introduit dans la problématique communautaire des domaines qui n'étaient même pas cités dans le Traité, comme l'environnement et l'énergie. A l'époque, le commissaire responsable de la politique industrielle était considéré comme le défenseur et presque le porte-parole naturel des chefs d'entreprise: M. Spinelli a invité ces derniers à prendre en considération d'abord la recherche et l'impact de leur activité sur le milieu naturel. Il a introduit le principe pollueur/payeur 40 ans avant qu'il ne soit inséré dans la législation communautaire. Il a entrevu l'arrivée de la globalisation.

Double visionnaire. Ses collaborateurs de l'époque - Robert Toulemon, Gerardo Mombelli, Gianfranco Rocca, Virgilio Dastoli - ont ainsi souligné pendant le colloque sa nature de « visionnaire» non seulement dans le domaine politique mais aussi économique.

La vision politique d'Altiero Spinelli a marqué les esprits. Monica Frassoni, co-présidente du Groupe des Verts du Parlement européen, a exprimé son étonnement lorsqu'elle a constaté que le « manifeste de Ventotene » a été écrit en 1941, bien avant qu'elle ne soit née. Mais en même temps, Altiero Spinelli était concret et pragmatique. Voici deux remarques significatives des orateurs: a) en devenant commissaire européen, il a « estimé plus utile de travailler pour l'Europe de l'intérieur que de critiquer ses insuffisances de l'extérieur » (Paolo Ponzano) ; b) « sans jamais transiger avec l'objectif, il utilisait ce qui était disponible dans les circonstances du moment » (Etienne Davignon). Ce qui étonne en définitive est la double nature d'Altiero Spinelli, idéologue sans concessions et en même temps soucieux de l'efficacité.

Renato Ruggiero, porte-parole de la Commission avant d'être ministre italien des Affaires étrangères, a souligné que le projet actuel du Traité de réforme « reprend des parties entières du projet de Traité européen que M. Spinelli a réussi à faire approuver par le Parlement en 1982 ». À son avis, la filiation est claire, et, malgré son amertume pour quelques lacunes, M. Ruggiero a constaté qu'en définitive «les eurosceptiques perdent toujours». Ce n'est pas une opinion partagée par tous, mais elle nous encourage.

Beaucoup d'attention a été consacrée à un aspect qui n'est pas encore abordé dans les négociations en cours sur la mise au point du nouveau «Traité de réforme» (mais qui déjà a été soulevé par Philippe de Schoutheete, voir cette rubrique dans le bulletin n° 9499): que faire si ce Traité n'est pas ratifié par l'un ou l'autre des Etats membres ? Monica Frassoni estime que le moment est venu de réfléchir sérieusement à l'Europe à deux vitesses ; elle n'a pas confiance en la stratégie des « petits pas » qui revient en pratique à renoncer chaque fois à quelque chose: un jour aux symboles de l'Europe (regrettés par plusieurs orateurs), un autre jour à un autre objectif. Ainsi, «d'un petit pas en arrière à l'autre, adieu relance de la construction européenne ! ». Robert Toulemon a rappelé que le projet Spinelli de 1982 répondait à cette question, en prévoyant que son traité serait entré en vigueur lorsqu'il aurait été ratifié par une majorité d'Etats membres comprenant les deux-tiers de la population de l'Union.

A suivre. Je compléterai demain ces notes en commentant l'intervention d'Etienne Davignon, qui a offert, à mon avis, des éléments très significatifs pour une réflexion sur le moment actuel de la construction européenne, et la défense du droit d'initiative de la Commission par son vice-président Franco Frattini.

(F.R.)

 

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