Porto/Bruxelles, 17/09/2007 (Agence Europe) - Les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales de l'Union européenne ont adopté une déclaration commune sur la situation économique en Europe face aux turbulences actuelles qui secouent les marchés financiers, vendredi 14 septembre lors de leur réunion informelle de Porto. Ils ont émis un message de confiance dans la capacité de l'économie de l'UE à maintenir le cap de la croissance alors que les places financières traversent une période marquée par des risques accrus et une forte volatilité. Ils ont aussi discuté des « leçons préliminaires » à tirer de la situation actuelle: le cadre réglementaire européen en place relatif aux services financiers est solide, mais la transparence et le fonctionnement des marchés peuvent être améliorés. Le choix n'est à ce stade pas tranché entre une approche réglementaire et une autre laissant les marchés opérer eux-mêmes leurs propres corrections dans le cadre des règles actuelles. À ce stade, ministres et gouverneurs se limitent à demander au Comité économique et financier (CEF) du Conseil de l'UE d'explorer « la manière d'améliorer davantage la transparence des instruments financiers complexes » ainsi que « le rôle des agences de notation financière ». Des premiers éléments de réponse à ces questions pourraient être apportés lors du Conseil Ecofin d'octobre.
« Nous traversons une période de volatilité et de réévaluation des risques » sur les marchés financiers qui trouve son origine dans les difficultés du « marché américain du crédit hypothécaire à risque », a déclaré Fernando Teixeira dos Santos, président en exercice du Conseil Ecofin, en reprenant les grandes lignes de la déclaration commune. « La croissance reste robuste » dans l'UE et « les fondamentaux macroéconomiques sont forts », a-t-il ajouté, en se félicitant de « l'action prompte » de la Banque centrale européenne (BCE) dès le déclenchement des turbulences au mois d'août. Selon lui, « l'UE dispose d'un cadre réglementaire qui fonctionne de manière idoine » et sera renforcé avec la mise en œuvre de la directive 2006/49/CE sur l'adéquation des fonds propres et la future directive « Solvabilité II » pour les assurances. Le ministre portugais des Finances a salué l'impact positif de « l'innovation financière » sur l'efficacité des marchés, mais il a aussi reconnu que l'élaboration de produits financiers de plus en plus complexes représente un « défi » pour les autorités nationales de régulation et de supervision. Et d'annoncer le mandat donné au CEF d'analyser « la manière d'améliorer la transparence » de ce type de produits, « la gestion du risque » ainsi que « le rôle des agences de notation financière ». Des résultats préliminaires peuvent, selon lui, être espérés pour « octobre ».
Existe-t-il un consensus sur les mesures à prendre ? D'après M. Teixeira dos Santos, « si le CEF conclut à la nécessité de prendre des mesures, il va bien falloir que l'on s'y attelle ». Plus nuancé, le commissaire McCreevy chargé du marché intérieur a estimé qu'« on ne (pouvait) pas vraiment parler de consensus ». À propos de création éventuelle d'une autorité européenne de contrôle des marchés, « de mon temps, cela n'arrivera pas », a-t-il estimé. Soulignant les efforts menés depuis « dix ans » pour renforcer la coopération en matière de supervision, le commissaire a évoqué la proposition « controversée » de créer un « contrôleur chef de file » dans la proposition de directive « Solvabilité II » (voir EUROPE n°9465).
Lors du débat, Allemands et Français ont réitéré leur appel conjoint en faveur d'une action européenne visant à renforcer la transparence des marchés financiers et qui devrait aboutir à la prise de décisions lors du Conseil européen de mars 2008 (voir EUROPE n°9498). « Nous avons eu raison de mettre la transparence à l'ordre jour de la réunion du G7 à Essen et de nous concentrer sur les fonds spéculatifs », a estimé Peer Steinbrück, ministre allemand des Finances (voir EUROPE n°9359). « Nous aurions aimé davantage de soutien, en particulier de la part de nos partenaires américains, et même de la Commission », a-t-il ajouté. Alistair Darling, Chancelier de l'Échiquier, a considéré que « la réglementation (avait) ses propres limites ». Selon lui, « la responsabilité doit reposer en dernier lieu sur les banques elles-mêmes ». Une position partagée par M. McCreevy en marge de la réunion informelle: « Les banques centrales ne peuvent pas simplement renflouer les mauvais opérateurs (financiers) engagés dans des politiques risquées ». « Si c'était le cas, vous ne feriez qu'empirer la situation à long terme car vous encourageriez les personnes qui se laissent aller à de mauvais comportements », a-t-il ajouté. À noter que la veille, la Banque d'Angleterre avait dû venir au secours de Northern Rock, société britannique spécialisée dans le crédit hypothécaire, entraînant l'effondrement de son cours boursier et un début de panique chez les petits épargnants.
Le pire est-il derrière nous ou est-il à venir ? « Difficile de fournir une réponse tranchante », a observé M. Teixeira dos Santos, pour qui « personne ne sait combien de temps la correction du marché durera ». Pour M. McCreevy, « il est impossible de dire quand la crise actuelle de liquidités s'arrêtera ». Le pire des scénarios chiffre les pertes dues aux turbulences financières à « 1200 milliards d'euros » soit moins de 10% de l'ensemble des bilans des banques au niveau mondial, a fait savoir à Porto Nout Wellink, président de la Banque centrale néerlandaise. Ce pourrait être aussi « 50% ou 25% » de ce montant, « personne ne sait », a-t-il ajouté. Et d'estimer qu'il y avait « suffisamment d'argent », les institutions financières ayant accumulé ces dernières années des sommes colossales sur les places boursières grâce notamment à des taux très bas. Préférant utiliser le terme de « correction » plutôt que celui de crise financière, Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a estimé qu'il était « trop tôt pour véritablement tirer des conclusions définitives ».
À Porto, tous - ministres et commissaires européens - ont souligné avec insistance l'attitude positive de la Banque de Francfort et les initiatives que celle-ci a prises depuis l'apparition des turbulences. La BCE a en effet injecté d'énormes quantités monétaires sur les marchés financiers afin de faciliter leur liquidité et, début septembre, elle a maintenu inchangés ses taux directeurs (voir EUROPE n°9483 et 9496). Une position qui tranche par rapport aux déclarations la veille du Président français Nicolas Sarkozy. Selon le quotidien Le Monde, celui-ci a qualifié de « curieux » le comportement de la BCE « d'injecter des liquidités sans baisser les taux », créant ainsi « des facilités pour les spéculateurs » tout en compliquant « la tâche pour les entrepreneurs ». « Notre action a été sage, rapide et conduite avec sang-froid », s'est défendu samedi 15 septembre Jean-Claude Trichet. À travers notre politique de stabilité des prix, « nous protégeons (les acteurs financiers) qui se comportent correctement » ainsi que le pouvoir d'achat des « citoyens européens », a-t-il ajouté. « L'important, c'est la qualité et non pas la quantité des initiatives », a renchéri le commissaire Almunia chargé des affaires économiques et monétaires, se rangeant aux côtés de M. Trichet. Quant au ministre italien des Finances M. Padoa Schioppa, il a rappelé que « ce qui ne se voit pas, ce sont les crises qui ont été empêchées » grâce notamment à la politique monétaire de la BCE.
Agences de notation financière. « Il n'y a pas encore de propositions concrètes » concernant les agences de notation financière, a fait savoir Mario Draghi, gouverneur de la Banque centrale italienne. Ces agences sont accusées d'avoir réévalué avec retard les notations attribuées à certains établissements américains de crédit hypothécaire à risque alors que leurs difficultés étaient déjà connues. Pour M. Draghi, les agences de notation financière sont « au centre du développement du crédit non bancaire » dans la mesure où la forte expansion de ce marché n'aurait pu être possible sans elles. Reconnaissant les « conflits d'intérêts » potentiels auxquels les agences peuvent être confrontées, il a estimé que l'idée d'une « évaluation publique » des évaluateurs constituait « une bonne idée », à laquelle a souscrit sans réserve M. Padoa Schioppa. Plus tôt dans la semaine, M. McCreevy a demandé au CERVM d'étendre son analyse des activités des agences de notation, lors d'une rencontre avec le Président du CERVM (voir EUROPE n° 9498). (mb)