login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9461
Sommaire Publication complète Par article 12 / 40
INFORMATIONS GENERALES / (eu) ue/agriculture

Vague de protestations des professionnels contre la proposition de réforme du secteur vitivinicole

Bruxelles, 04/07/2007 (Agence Europe) - Les organisations européennes qui défendent les intérêts des professionnels ont tiré à boulets rouges, mercredi 4 juillet, sur les mesures préconisées le même jour par la Commission européenne pour réformer l'organisation commune du marché (OCM) vitivinicole (voir les détails de la proposition dans EUROPE n°9460): arrachage facultatif de 200.000 hectares de vignobles en cinq ans (moyennant une prime dégressive de 7,174 euros/ha la première année et 2,938 euros/ha la dernière année), libéralisation du secteur à compter de 2014, suppression des mesures de gestion du marché (distillation de crise et des sous-produits, soutien à la production d'alcool de bouche, stockage privé, restitutions à l'exportation et aide au moût destiné à l'enrichissement du vin), interdiction d'utiliser le sucre pour enrichir le vin (dès lors les producteurs élaboreront leur vin uniquement à partir de raisins et de moûts non subventionnés), intégration possible de toutes les zones plantées en vigne au régime de paiement unique par exploitation, interdiction d'importer des moûts destinés à la vinification et de mélanger des vins européens avec des vins de pays tiers, simplification des règles d'étiquetage.

La Coordination paysanne européenne (CPE) dénonce « l'entêtement » de la Commission, qui « persévère dans son projet de mondialisation et de restructuration de la viticulture européenne ». « En proposant à la fois un arrachage de 7% du vignoble européen et la suppression totale des droits de plantation à partir de 2013, la Commission abandonne toute volonté de gestion, au profit d'une restructuration favorisant un nombre réduit de grosses structures de production. Une telle politique aurait de graves conséquences sur l'emploi (viticulteurs, salariés des coopératives) », écrit la CPE, dans un communiqué de presse. En résumé, cette organisation reproche à la Commission de privilégier l'industrialisation de la filière.

Le Comité des organisations professionnelles agricoles de l'UE (COPA) et la Confédération générale des coopératives agricoles de l'UE (COGECA) « rejettent en l'état » la proposition et accusent la Commission de vouloir détruire le modèle traditionnel européen au profit d'un système industriel mondial. « La réforme proposée consiste à introduire dans l'UE le modèle vitivinicole industriel des pays dits du « nouveau monde » (Afrique du Sud, Australie, Nouvelle-Zélande, Chili) et à faire disparaître le modèle artisanal européen séculaire », dit Jean-Louis Piton, responsable du dossier vin au COPA, cité par l'AFP. « Ce texte n'est pas une bonne base de discussion et les ministres européens auront beaucoup de mal à redresser la barre ». Le COPA et la COGECA acceptent l'arrachage de vignes dans les zones non compétitives et la suppression des aides pour la distillation des vins invendus, mais s'opposent à la libéralisation des droits de plantation en 2014 et des méthodes d'étiquetage des vins de table. Les droits de plantation sont réglementés depuis des décennies et leur libéralisation brutale « va déstabiliser tous les vignobles, y compris ceux qui se portent bien », explique M. Piton.

Les producteurs de vins de qualité veulent que la Commission revoie sa copie

Les producteurs de vins d'appellation d'origine espagnols, français, italiens et portugais demandent à la Commission de « revoir sa copie ». L'ANDOVI (« Associação nacional das denominações de origem vitivinicolas », Portugal), la CNAOC (« Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlées », France), la CONFERENCIA (« Conferencia Española Consejos Reguladores Vitinicolas », Espagne), la FEDERDOC (Confederazione nazionale dei consorzi volontari per la tutela delle denominazioni di origine », Italie) et l'IVDP « Instituto dos Vinhos do Douro e do Porto » , Portugal) critiquent la définition très vague de l'appellation d'origine proposée par la Commission, dans son projet de réforme. Pour la Commission, l'origine des raisins suffirait à conférer l'appellation d'origine indépendamment du lieu de transformation des raisins en vin. « Cette proposition n'est pas acceptable car elle remet en cause plus de 200 ans d'histoire: on doit maintenir un lien fort avec le terroir et refuser que la vinification puisse se faire à des centaines ou des milliers de kilomètres de la zone de récolte des raisins », martèle Riccardo Ricci Curbastro, le président de la FEDERDOC. Ces cinq organisations rejettent la proposition de libéralisation des plantations à partir de 2014, qui pourrait entraîner une augmentation d'un million d'hectares du vignoble européen dédié aux appellations d'origine. « La liberté de planter risque de déstabiliser le marché des vins à appellation d'origine, qui ne seront pas à l'abri d'une surproduction, de la chute des prix, et à terme de la remise en cause des efforts qualitatifs », déclare Christian Paly, président de la CNAOC. Les producteurs de vins de qualité se disent « très déçus » par la faiblesse des moyens que se donne la Commission pour amener la filière à se positionner de façon offensive sur les marchés. La Commission propose 120 millions d'euros par an pour la promotion dans les pays tiers et un « budget ridicule » augmenté de 3 millions d'euros pour la promotion au sein de l'UE. « Preuve qu'elle ne mesure pas les enjeux: le marché intérieur représente à lui seul 67% du marché mondial », explique Joaquim Madeira, le président de l'ANDOVI. « Nous ne comprenons pas que la Commission admette l'enregistrement de vins avec indications géographiques de pays tiers qui sont en conflit avec des appellations d'origine européennes de prestige », insiste Jorge Monteiro, président de l'IVDP. « La vision trop libérale de la Commission nuira à la réputation et à l'avenir des vins à appellation d'origine », conclut Victor Pascual, vice-président de la CONFERENCIA.

L'industrie des vins plutôt satisfaite

L'industrie et le commerce européens des vins sont, de leur côté, plutôt satisfaits de la proposition de la Commission. Celle-ci « constitue une solide base de négociation pour aboutir à la réforme en profondeur nécessaire pour assurer la compétitivité et le développement durable de la filière viticole européenne », écrit le Comité européen des entreprises vins (CEEV), qui représente l'industrie et le commerce du vin dans l'UE. «Si l'on veut rester les leaders mondiaux, nous avons besoin d'une OCM vin en adéquation avec les évolutions des marchés, permettant aux entreprises et aux vins européens d'être plus compétitifs aussi bien sur le marché intérieur que sur les marchés extérieurs », déclare ainsi Lamberto Vallarino Gancia, président du CEEV. Le CEEV se félicite en particulier que la Commission ait tenu compte, dans la proposition, de l'inutilité et des coûts considérables des mesures actuelles de gestion de marché, des besoins d'adaptation des productions pour répondre aux attentes du marché, de l'importance d'être ambitieux pour la conquête de nouveaux consommateurs et de nouveaux marchés. Le secteur de l'industrie a quelques regrets, comme « l'absence d'une véritable stratégie commerciale extérieure européenne proactive (…), avec des moyens appropriés ». (lc)

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
INTERPENETRATION ECONOMIQUE
SUPPLEMENT