Bruxelles, 20/06/2007 (Agence Europe) - A la veille du Conseil européen qui s'ouvrira ce jeudi 21 juin en fin d'après-midi, les positions des principaux protagonistes dans les négociations sur le futur traité de l'UE sont restées inchangées, laissant prévoir de très longues et difficiles négociations entre les chefs d'Etat et de gouvernement. Mêmes si elle note toujours une « grande volonté de compromis » dans le chef des pays membres, la Présidence allemande n'exclut plus la possibilité d'un échec du Sommet, signalant ainsi qu'elle n'est pas prête à accepter un compromis à tout prix. Un échec « ne serait pas la fin du monde. Il faudrait alors tenter un nouvel essai dans quelques mois », ont affirmé vendredi des sources de la Présidence. Même sans accord définitif sur le mandat pour la CIG, le Sommet « serait déjà un succès s'il indiquait la direction » dans laquelle les négociations doivent se poursuivre, estiment-elles.
Les travaux préparatoires (notamment au niveau des sherpas) ont déjà permis d'identifier des solutions possibles pour toute une série de problèmes et de revendications soulevés par les différents Etats membres, mais une dizaine de points « hautement politiques » devront être traités directement par les chefs, explique-t-on. Parmi ceux-ci figure, évidemment, la pondération des voix au Conseil des ministres et la revendication de la Pologne (appuyée seulement par la République tchèque) d'amender la « double majorité », prévue dans le traité institutionnel, afin d'ajuster vers le haut le poids des petits et moyens pays par rapport aux grands, notamment l'Allemagne. La Présidence allemande accepte d'en parler au Sommet, mais - forte de l'appui de toutes les autres délégations - est déterminée à empêcher que cette question soit mise à l'ordre du jour de la CIG. « Il y a aujourd'hui 25 pays membres qui ne sont pas prêts à accepter un mandat pour la Conférence intergouvernementale qui laisserait ouverte la question de la pondération des voix », ont insisté mercredi des sources de la Présidence. Remettre sur la table la double majorité reviendrait à rouvrir tout le paquet institutionnel du traité constitutionnel, y compris les décisions sur la taille de la Commission européenne ou le nombre de sièges au Parlement européen. « Dans ce cas, d'autres pays, comme l'Espagne, ont déjà annoncé qu'ils auraient de nouvelles revendications ». Les signes de flexibilité envoyés mardi par la Pologne (EUROPE n° 9449) n'ont pas été détectés par les négociateurs de la Présidence. « La position polonaise demeure inchangée, nous n'avons pas constaté de rapprochement », affirment ces sources de la Présidence.
Lors de la réunion des sherpas mardi soir à Bruxelles, au cours de laquelle la Présidence allemande a distribué un premier projet de mandat pour l'ouverture d'une CIG sur le nouveau traité, le Royaume-Uni a réitéré ses réserves relatives à la Charte des droits fondamentaux (que Londres ne veut pas juridiquement contraignante), à l'extension du vote à la majorité qualifiée (notamment au domaine du JAI) et à la politique étrangère et de sécurité commune (les Britanniques s'opposent non seulement à un « ministre » européen des Affaires étrangères, mais craignent aussi que l'unification de la structure des « piliers » de l'Union n'étende les compétences juridictionnelles de la Cour de justice européenne à la Pesc). La Présidence allemande est consciente des problèmes britanniques et travaille à des solutions, selon les diplomates.
Le Conseil européen commencera ce jeudi à 17 h 30 par un débat des chefs d'Etat et de gouvernement sur l'adoption de l'euro par Malte et Chypre, avec le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. Cette réunion sera suivie par l'échange de vues traditionnel avec le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering. Lors du dîner, qui commencera à 19 h, les chefs auront une première discussion sur la question de la révision du traité.
Au cours d'un dîner séparé, les ministres des Affaires étrangères débattront des Balkans occidentaux, des relations UE-Afrique, des relations de l'UE avec le Brésil ainsi que de questions générales relatives aux missions actuelles et futures de l'UE. Les débats seront menés par le ministre des Affaires étrangères portugais, étant donné que Frank-Walter Steinmeier, le ministre allemand, participera au dîner des chefs.
La journée de vendredi (et sans doute une partie de la soirée, à en croire les diplomates) sera entièrement consacrée aux négociations sur le traité. A la fin du Conseil européen, la Présidence informera les pays candidats des résultats des discussions.
Dans sa lettre d'invitation à ses collègues, la chancelière Angela Merkel affirme que « ce n'est qu'en restant unis que nous parviendrons à résoudre les questions figurant à l'ordre du jour de cette réunion du Conseil européen ». Après une période de réflexion de deux ans, « l'opinion publique européenne attend maintenant de nous que nous engagions les réformes nécessaires pour l'Union européenne. Après nos consultations de ces derniers mois, le moment est maintenant venu de fixer la feuille de route de la révision du traité », écrit-elle. (hb)