Strasbourg, 16/03/2007 (Agence Europe) - La veille de la session plénière de l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne (APEM) du 16 au 18 mars à Tunis, un rapport adopté par le Parlement européen, ce jeudi 15 mars, témoigne d'une forte déception parmi les députés européens. Avec ce rapport sur la perspective d'une zone de libre-échange dans l'espace euro-méditerranéen à l'horizon 2010, le Parlement souligne le manque d'efforts consentis par les partenaires européens depuis la déclaration de Barcelone de novembre 1995. Le socialiste français Kader Arif y constate notamment que, 12 ans après, "les résultats sont pour le moins mitigés" et que "l'intégration des Pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée (PSEM) dans l'espace économique et social européen ne semble plus être une priorité". « Faute de volontarisme », l'échéance 2010 paraît tenable.
Affirmant que « l'Union européenne n'a pas été à la hauteur » des objectifs de Barcelone, le rapport critique l'insuffisance des moyens accordés à l'assistance financière et technique aux économies locales. Il ne peut donc que saluer la création de l'Instrument européen de voisinage et de partenariat (IEVP), destiné à couvrir les frais de la Politique européenne de voisinage (PEV). Cependant, les députés « tiennent pour insuffisant le crédit de 11 milliards d'euros » décidé par le Conseil, et « exigent » que des montants plus importants soient accordés à l'occasion de la révision des perspectives financières en 2008-2009, en tenant compte des progrès effectifs constatés de chaque pays en termes de « respect des droits de l'homme, de protection des travailleuses et des travailleurs, de protection de l'environnement, d'intégration régionale et d'amélioration de la qualité des services publics locaux et des services éducatifs et culturels ». Les députés sont d'avis que, « dans l'attente d'un consensus entre les Etats membres de l'Union européenne, le projet de banque euro-méditerranéenne de développement peut déjà être lancé et qu'il y a lieu d'y associer, dans une première phase, les pays intéressés, tant européens que ceux de la rive sud ».
Les politiques sectorielles ne sont pas en reste. Dans le domaine agricole, le rapport plaide pour une libéralisation progressive et asymétrique. Le développement d'une « politique commune de labellisation euro-méditerranéenne sur des appellations d'origine contrôlée » est évoqué. Quant aux services, les députés invitent la Commission à ne pas forcer la main aux PSEM pour mettre en place l'ouverture du marché. Ils insistent pour le maintien des services publics hors du cadre des négociations. Enfin, la création d'un « marché euro-méditerranéen de l'énergie » est souhaitée, afin de faire face aux défis actuels.
Par ailleurs, le Parlement européen a adopté une résolution appelant à la résolution du conflit au Proche-Orient. Cette même résolution rappelle à l'ensemble des gouvernements euro-méditerranéens leurs engagements au titre de la déclaration de Barcelone en matière de « respect de la diversité, des croyances et des cultures, ainsi qu'en matière de promotion de la tolérance et du respect des libertés fondamentales, y compris la liberté d'expression ». La question des flux migratoires est aussi abordée. Les députés souhaitent intensifier « la lutte contre l'exploitation et la traite des êtres humains ». A cet effet, une augmentation de l'enveloppe financière allouée à FRONTEX est demandée.
Le président en exercice du Conseil, M. Erler, tout en reconnaissant que les objectifs ambitieux du Processus de Barcelone n'ont pas tous été réalisés, a affirmé que le Processus reste un instrument qui ne doit pas être abandonné, et qui ne doit en aucun cas être remplacé par la nouvelle Politique de voisinage de l'UE, dont le rôle doit demeurer complémentaire. « Une mer espace de confrontation peut devenir une mer espace de coopération », a ajouté M. Erler, en citant l'ancien ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer. Pour y arriver il faut avancer sur plusieurs plans, notamment celui du développement économique des pays méditerranéens, car il ne peut y avoir de stabilité sans une relative prospérité. Un des principaux moyens pour atteindre cet objectif est la réalisation d'une zone de libre-échange Euromed d'ici 2010, date qui a une grande valeur symbolique. Des accords bilatéraux existent déjà, mais il faut passer à une autre dimension, de façon graduelle et en tenant compte des avantages et des dangers pour les pays méditerranéens. Dans ce cadre, il faudra aussi encourager la coopération sud-sud et les investissements étrangers directs ( un groupe de travail ad hoc sur les investissements se réunira dès le 23 avril), ainsi que le progrès social, car la croissance n'est pas tout. Le but ultime est la création d'une zone de paix, de stabilité et de dialogue.
La Méditerranée est un lieu d'interdépendance entre les 27 pays de l'Union et les pays de la rive sud. Cette interdépendance, a remarqué pour sa part le Commissaire au Commerce Peter Mandelson, est politique et économique mais aussi culturelle, démographique et environnementale. L'Union doit pouvoir offrir « quelque chose d'attrayant » aux pays méditerranéens, et la Présidence allemande travaillera dans ce sens en coopération avec la future Présidence portugaise et avec la Commission. Trois conférences sont prévues en 2007, sur les affaires sociales, la recherche, l'immigration. Ce dernier sujet ayant été soulevé par de nombreux parlementaires, M. Mandelson a précisé à l'issue du débat que des propositions précises devraient être faites lors de cette conférence. En 2007, l'Union devra également définir les modalités de réalisation d'un certain nombre de plans d'action, notamment le Plan Horizon 2020 (dépollution de la mer) et le Plan Istanbul (rôle de la femme dans la société), ainsi que les modalités de la mise en vigueur de la zone de libre échange. Des contraintes structurelles ont parfois freiné le bon déroulement du processus de Barcelone, mais son objectif, qui est la création d'une « prospérité partagée » dans une région pacifiée, garde toute sa valeur, rappelle M. Mandelson.
Un espoir était né en l995, avec le Processus de Barcelone, a remarqué le rapporteur, le socialiste français Kader Arif, mais la politique de voisinage est venue quelque peu diluer cet espoir. Face à l'« asymétrie criante » entre l'Union et ses interlocuteurs méditerranéens du point de vue économique et social, M. Arif insiste sur la nécessité que le commerce soit au service du développement et plaide donc pour une zone de libre-échange « progressive, maîtrisée et adaptée à la situation des pays » concernés, car il ne faut pas ignorer le risque de fragilisation pour certains pays dont l'agriculture est peu compétitive et peu diversifiée. La commission des Affaires étrangères du PE tient particulièrement, dans les relations avec les pays méditerranéens, au respect des droits de l'homme, aux réformes démocratiques et à la recherche d'une solution « amont » du problème de l'immigration, a indiqué Antonio Tajani (Forza Italia). Pour la commission de l'Agriculture, Jean-Claude Fruteau (groupe socialiste) a soutenu une libéralisation des échanges mesurée pouvant bénéficier surtout aux petits exploitants, accompagnée par le renforcement des préférences commerciales. La paix dans la région est fondamentale pour de nombreux parlementaires: sans la paix, l'action de l'Union ne sera pas à la hauteur de ses ambitions, selon Vito Bonsignore (PPE/DE) et Luisa Morgantini (GUE/NGL), et Philippe Morillon (ALDE). Ce dernier s'inquiète surtout du sort du Liban: l'UE n'a pas joué le « rôle d'interposition d'abord et de médiation ensuite qu'on pouvait attendre d'elle »: le moment serait-il maintenant plus propice ? Les conséquences de la politique de voisinage sur le Processus de Lisbonne préoccupent bon nombre d'élus, notamment Pasqualina Napoletano (groupe socialiste) qui craint un effet de « fragmentation », alors que Adriana Poli Bortone (UEN) n'est pas contraire à cette politique, si elle reste rigoureusement complémentaire au Processus de Lisbonne, sans s'y substituer. L'Europe doit être prête à s'engager financièrement pour atténuer les problèmes que de nouvelles relations commerciales pourraient poser pour certains pays méditerranéens, selon le Maltais Simon Busuttil (PPE/DE). A quelques jours de l'ouverture de la session de l'Assemblée parlementaire Euromed à Tunis, il faut malheureusement constater, déplore Hélène Flautre (Verts/ALE) que les droits de l'homme sont peu respectés et que des journalistes sont emprisonnés. Or, la relance du Processus de Barcelone ne peut réussir qu'avec la participation de la société civile. La Française Tokia Saïfi (PPE/DE), présidente de la commission politique de l'Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne, invite les peuples euro-méditerranéens à renforcer le dialogue des civilisation dans une région historiquement très riche. L'Europe devrait contribuer à réduire le chômage dans les pays du Sud, notamment le chômage des jeunes, et lutter contre le déséquilibre commercial qui est source de paupérisation croissante. Oui, concorde la socialiste portugaise Jamila Madeira, le problème numéro un est celui de la pauvreté. Dans le rapport qu'elle présentera à Tunis sur ce sujet, elle affirme que l'objectif « pauvreté zéro » ne doit pas être un simple slogan. Quant au conservateur Edward McMillan-Scott, il se félicite de l'accord récemment conclu avec l'Egypte, mais remarque que la répression continue dans le pays et que des parlementaires ont été arrêtés. L'Union, regrette-t-il « n'a pas su défendre les principes que nous sommes censés représenter ». M. McMillan-Scott estime que la création de véritables « familles politiques » dans les parlements des pays méditerranéens contribuerait à « normaliser le débat politique ». (lg)