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Bulletin Quotidien Europe N° 9381
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INFORMATIONS GENERALES / (eu) pe/amerique latine

Le groupe PSE cherche la voie du renforcement des relations UE/Amérique latine malgré l'impasse des négociations commerciales

Bruxelles, 07/03/2007 (Agence Europe) - « Le groupe PSE place au cœur de ses priorités politiques les relations UE/Amérique latine », a déclaré mardi 6 mars à Bruxelles Martin Schulz, Président du groupe socialiste au PE, tout en reconnaissant que « ces relations ne sont malheureusement pas au niveau qu'on pourrait souhaiter ». Lors d'une journée dédiée aux relations entre ces deux régions du globe, le Groupe socialiste du Parlement européen (PSE) s'est interrogé sur le rôle que pourraient jouer les partis de gauche dans le renforcement de ces relations et notamment pour promouvoir l'intégration régionale entre les pays sud-américains. L'ombre des négociations commerciales au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) - qui peinent à aboutir - et de celles sur un accord bilatéral de commerce et de coopération entre l'UE et le Mercosur - elles-mêmes dans l'impasse depuis leur lancement il y a huit ans - compliquent la perspective d'assister à brève échéance à des avancées substantielles sur d'autres volets de la coopération UE/Amérique latine.

Frank-Walter Steinmeier a estimé qu'il fallait que l'UE reconnaisse ses « engagements » envers l'Amérique latine et fasse « bien plus » que ce qu'elle a fait par le passé. Selon le ministre fédéral allemand des Affaires étrangères, l'UE devra signer des « accords d'association » avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay et Venezuela), de la Communauté andine et de l'Amérique centrale (voir EUROPE n°9323), et il faudra « aller au-delà des échanges économiques » en mettant l'accent sur les « échanges culturels et scientifiques ». Il y va de l'intérêt commun des deux régions. Soucieux du développement économique de l'Amérique latine, le chef de la diplomatie allemande a prôné « l'intégration régionale » qui représente à ses yeux « la seule solution ». « L'Europe est passée par là », a-t-il aussitôt fait remarquer, en regrettant notamment le différend entre l'Argentine et l'Uruguay à propos de l'implantation d'usines à papier. Se félicitant des évolutions positives du continent sud-américain depuis les années 1970 avec l'élimination des dictatures, l'instauration de la démocratie et l'allègement du poids de la dette publique dans certains pays, M. Steinmeier a évoqué « les excellents contacts » qu'entretient l'Europe avec « beaucoup de pays où la gauche est au pouvoir » tels que « le Brésil, le Chili, l'Uruguay et l'Argentine ». Mais, a-t-il nuancé, « il existe d'autres pays où les tensions s'accroissent, les institutions s'affaiblissent et les dirigeants concentrent le pouvoir entre leurs mains », et « ces tendances risquent de faire voler en éclat l'unité du continent ». L'actuel président du Conseil de l'UE se rendra le 20 avril à Saint-Domingue où il rencontrera le Groupe de Rio, instance politique informelle regroupant des pays d'Amérique latine, centrale et des Caraïbes (voir EUROPE n° 8957).

Les relations UE/Amérique latine n'ont pas toujours bénéficié d'un intérêt suffisant, a estimé Luís Amado, ministre portugais des Affaires étrangères. Pour « les renforcer », « l'Europe » - qui révise son agenda extérieur et occupe de nouvelles responsabilités dans le règlement de problèmes internationaux (changement climatique, équilibre du commerce international, lutte contre la pauvreté et l'instabilité dans le cadre des relations Nord/Sud) - « doit s'adapter ». M. Amado a plaidé pour un élargissement de la vision européenne du continent américain qu'il considère un peu trop braquée sur les Etats-Unis. « Ce qui se passe en Amérique latine (la) concerne », a-t-il estimé, avec l'échec des expériences néolibérales des années 1990 et « l'expérience politique de gauche » du Brésil qui a prouvé l'existence d'une autre voie que le libéralisme. À ses yeux, « l'alternative » à laquelle fait face l'Amérique latine est la suivante: « une dérive révolutionnaire » qui remettrait en cause l'équilibre de la région ou « la voie réformatrice » qui pourrait s'inspirer de l'expérience européenne. La future Présidence portugaise du second semestre 2007 tentera de mener à bien les négociations sur les accords d'association entre l'Amérique centrale et la Communauté andine.

« L'heure a sonné pour que l'UE renforce ses liens politiques, économiques et culturels avec l'Amérique latine », a indiqué Trinidad Jiménez, la Secrétaire d'État espagnole en charge des relations avec l'Amérique latine. Rappelant que le continent sud-américain constitue « un ensemble homogène » disposant des « mêmes valeurs » que celles de l'UE et parlant deux langues européennes, elle a appelé les Européens à « saisir cette chance » et à « apporter la preuve d'une volonté politique accrue ». Faute de quoi, l'« opportunité historique » actuelle ne se représentera pas. La réforme des structures actuelles de coopération est-elle nécessaire ? a-t-elle demandé. À l'instar de M. Steinmeier, elle n'a cependant pas caché la subsistance de certains « doutes » concernant l'évolution de la situation en Amérique latine où la « pauvreté » n'est pas éradiquée. Citant l'exemple de la « Bolivie », dont la population a porté pour la première fois au pouvoir un leader politique d'origine amérindienne, elle a estimé nécessaire de « suivre avec respect » le processus de consolidation démocratique en cours en Amérique latine.

Introduisant le panel consacré à « l'impasse » où se trouvent les négociations commerciales entre l'UE et le Mercosur, le socialiste français Harlem Désir s'est interrogé sur le rôle des partis de gauche pour sortir du « Consensus de Washington » - stratégie économique d'inspiration libérale recommandée aux économies d'Amérique latine en difficulté dans les années 1980 - et construire un « nouveau modèle » capable d'équilibrer croissance économique et équité sociale. Malgré les déclarations précédentes, l'Amérique latine constitue toujours « un tout petit écho » loin du centre du « radar » européen, a estimé Maria Celina de Azevedo, Ambassadrice du Brésil auprès de l'UE. Elle a déploré « la méconnaissance mutuelle » caractérisant les relations entre les deux régions ainsi que « la tendance » des partenaires « à montrer l'autre du doigt » et à mettre sur la table des problèmes qui n'existaient pas au moment du lancement des négociations commerciales. Concernant le round de Doha, Mme de Azevedo a estimé que « nous sommes bloqués car on attend les élections en France », pays où il existe une « sensibilité particulière » sur « l'agriculture ». Et de regretter la désaffection des gouvernements européens - notamment de gauche - alors que traditionnellement ce sont eux qui occupent le terrain en Amérique latine.

Aloizo Mercadante, sénateur brésilien, a évoqué les « huit pays » sud-américains engagés dans « la recherche d'un nouveau modèle de développement » en « réaction aux politiques néo-libérales » précédentes. Le Brésil où, en tant qu'économiste, il a été actif dans l'élaboration de la politique économique gouvernementale, n'a effectué aucune privatisation par rapport à la période antérieure, a anticipé le remboursement de la dette vis-à-vis du FMI et s'est lancé dans de vastes programmes d'amélioration de la situation sociale (éducation, santé et capacités bancaires pour les familles à faibles revenus), a-t-il expliqué. Selon M. Mercadante, « le cycle actuel de mutation en Amérique latine passe par l'approfondissement du sentiment régional », à travers notamment la réalisation de projets d'infrastructure et de programmes énergétiques. Carlos Omanimi, économiste et sénateur chilien, a estimé que les doutes de l'Europe concernant son modèle social pourraient avoir un impact dans les discussions en cours dans les pays comme le sien où la situation économique est favorable et la modernisation des systèmes de protection sociale fait débat. Le socialiste espagnol Javier Moreno Sánchez a souligné « les intérêts commerciaux divergents » entre l'UE et l'Amérique latine. La première défend son agriculture et souhaite une ouverture des marchés sud-américains des produits industriels et des services, à l'opposé de la position du second ensemble qui défend son industrie et ses services et veut un accès accru au marché européen pour ses produits agricoles (voir EUROPE n° 9263 et 9202). Véronique de Keyser (PSE, Belge) a quant à elle mis l'accent sur « l'économie solidaire », où le « microcrédit » et la place des « femmes » jouent un rôle essentiel. (mb)

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