*** ANDREAS WALTHER, MANUELA DU BOIS-REYMOND, ANDY BIGGART (sous la dir. de): Participation in Transition. Motivation of Young Adults in Europe for Learning and Working. Peter Lang (1 Moosstrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.de ). 2006, 245 p.. ISBN 3-631-54593-2.
A l'heure actuelle, le discours politique relatif à la participation des citoyens à la vie active se fait de plus en plus pressant. Ainsi, au niveau européen, cette rhétorique constitue, par exemple, un des éléments clé de la Stratégie de Lisbonne, laquelle met notamment l'emphase sur la nécessité d'arriver à un taux d'emploi de 70%. Pourtant, la participation des individus de certains groupes de la population à la vie économique - et politique - de la Cité ne va pas toujours de soi. C'est notamment le cas de certains jeunes qui, de tous temps, sont tentés d'adopter une position de retrait par rapport au cadre sociétal "normal" de leurs parents, même si cette tendance varie et prend de nouvelles formes selon les époques. Et si, comme le disent les auteurs en ouvrant ce livre, "il y a eu, dans les discours politiques et académiques sur les jeunes, un glissement de l'accent mis sur la description de la jeunesse en tant que groupe à problème vers une vision de la jeunesse en tant que ressource", l'évolution de nos sociétés fait que beaucoup de jeunes s'inquiètent pour leur perspective de carrière et, partant, de vie. Et alors que l'on met l'accent sur l'éducation et la formation, il apparaît de plus en plus qu'il existe aussi un problème de motivation des jeunes à développer activement leur propre capital humain. Beaucoup d'entre eux décident, en effet, de ne pas poursuivre leur formation au-delà de l'enseignement obligatoire ou sortent de l'enseignement supérieur en cours de route, certains - décrits par Williamson comme formant le groupe "Status zero" - coupant même tous les ponts avec les interfaces institutionnelles (formations, agences pour l'emploi, etc.).
C'est à ces phénomènes d'implication des jeunes dans leur éducation puis dans leur transition vers la vie active que s'intéresse cet ouvrage à travers de trois axes de recherche fortement liés. Le premier d'entre eux porte sur la (dé)motivation des jeunes à passer à la vie professionnelle. Le postulat de base est que cette motivation ou que ce manque de motivation ne peuvent être limités à des traits de caractère innés mais sont fortement conditionnés par les expériences passées des jeunes, donc par leur contexte social. Le deuxième axe de recherche s'intéresse à la "biographie d'apprentissage" des jeunes, à la manière dont ils perçoivent leur passé, avec ce qu'il implique comme forces et faiblesses, et comment ce passé subjectif conditionne leurs aspirations. Le troisième axe de recherche se penche sur le concept de participation, c'est-à-dire le sentiment d'appartenance à la société et les échanges que le jeune entretient avec celle-ci. A cette fin, les auteurs ont mis l'accent sur le contact direct avec des jeunes: ils ont notamment interrogé 365 jeunes de différents pays européens, outre près de 140 experts tels que des conseillers d'orientation, assistants sociaux, législateurs ou enseignants. Ces jeunes étaient pour la plupart "désengagés", mais les auteurs ont également choisi d'interviewer un certain nombre de "modèles de tendances", des jeunes qui ont pu être "désengagés" à une période de leur vie et qui partagent la même méfiance du système formel d'éducation et d'activation, mais qui ont rebondi d'une façon novatrice, grâce à leur "capital humain", culturel et social. L'ouvrage présente d'ailleurs des extraits de ces interviews pour illustrer certains points traités. Ces recherches ont été menées dans le cadre du "European Group for Integrated and Social Research", financé de 2001à 2004 par le Ve Programme-cadre pour la recherche de la Commission. Cette étude s'est penchée sur une série de pays européens qui, de par leur héritage culturel et politique, présentent des cadres économiques et sociaux, ainsi que des politiques sociales et de transition vers la vie active très variés. Les jeunes (et les cadres institutionnels dans lesquels ils évoluent) proviennent en effet d'Irlande, du Royaume-Uni, des Pays-Bas, d'Allemagne, du Danemark, du Portugal, d'Espagne, d'Italie et de Roumanie. Beaucoup d'entre eux participaient à des projets de réinsertion. L'objectif n'était pas d'établir des comparaisons directes entre ces pays, mais de discerner les liens entre la situation personnelle des jeunes sondés et différents environnements de vie, ce qui permet de mieux cerner les limitations des politiques actuelles.
Cet ouvrage propose de la sorte une étude mêlant de façon cohérente des angles d'approches variés - socio-économiques, psychologiques, éducationnels, etc. - permettant de dessiner une image plus vivante et plus nette de ces jeunes qui éprouvent des difficultés à effectuer la transition vers la vie active, ainsi que des facteurs tant internes et externes - les différentes formes d'éducation, formelles ou informelles, par exemple - qui favorisent ou gênent ce passage.
Frederik Ronse
*** JONAS SPROGØE, THYGE WINTHER-JENSEN (sous la dir. de): Identity, Education and Citizenship - Multiple Interrelations. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Comparative Studies Series", n° 13. 2006, 135 p, 50,50 €. ISBN 3-631-55307-2.
La perception qu'a une personne d'elle-même et de sa place dans la société est fortement structurée pendant son enfance et sa jeunesse. Et il est indéniable que l'école (puis l'université) joue un rôle de premier plan dans la formation de l'identité et de la citoyenneté d'un individu, donc dans la perpétuation ou la modification de certaines caractéristiques du tissu social. Or, dans toute l'Europe, le secteur éducatif est soumis à la pression de différents facteurs qui le poussent à évoluer et les politiques d'éducation, dans le contexte de la globalisation, ne sont plus seulement forgées au niveau local ou national mais sont de plus en plus influencées par des facteurs internationaux. Dans ce contexte, Jagdish Gundara affirme que, "au lieu d'utiliser la contribution potentielle des fonctionnaires et des enseignants pour renforcer les intérêts majeurs de la société, l'éducation est vue comme une servante qui a pour tâche de renforcer les intérêts étroits du marché libéralisé". La vingtaine de contributions de cet ouvrage sont tirées d'une conférence de la Comparative Education Society in Europe, tenue en juin 2004 à l'Université danoise de l'éducation de Copenhague. Elles se répartissent en trois grandes sections. La première s'intéresse aux modifications du concept de citoyenneté à la lumière de différents contextes et époques. La deuxième partie regroupe des études comparatives au regard novateur sur l'éducation et s'intéressant, par exemple, à la perpétuation dans les systèmes éducatifs contemporains de concepts hérités du mouvement des Lumières, tels que le cosmopolitisme. La troisième partie s'intéresse, elle, plus précisément aux évolutions de l'éducation au niveau européen, que se soit au travers d'analyses nationales (comme celle portant sur l'application des politiques européennes dans le système universitaire grec), d'études comparatives (qui mettent, par exemple, en relation le système républicain et laïc français et le système britannique de "quasi-marché", plus ouvert à la diversité) ou au travers d'études plus transversales telles qu'une étude statistique, menée dans plusieurs pays européens et au Japon, cherchant à savoir si les universités européennes équipent les étudiants de manière adéquate face aux besoins de la société de la connaissance. Ces contributions dépassent, bien entendu, le cadre strictement éducationnel pour toucher à des questions aussi délicates que l'égalité des chances, la tolérance religieuse ou l'intégration sociale.
(FRo)
*** MATHILDE ANQUETIL: Mobilité Erasmus et communication interculturelle. Une recherche-action pour un parcours de formation. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Transversales", n° 17. 2006, 342 p., 53,50 €. ISBN 3-03911-188-4.
Comment parvenir à éviter que les finalités du programme Erasmus, visant à renforcer les interactions dans l'espace pluriculturel de la citoyenneté européenne, ne se dissolvent dans une routine de gestion d'hôtes passagers sur les territoires universitaires nationaux ? Pour Mathilde Anquetil, ce programme représente "le volet humaniste du projet européen" en ce qu'il vise à créer "un espace concret de libre circulation des personnes et des idées (…) comme pendant de l'espace marchand". Or, constate cette diplômée en Didactologie des langues et des cultures ayant aussi obtenu un doctorat en politique, éducation et formation linguistico-culturelles, si cet instrument d'ingénierie éducative a bien atteint ses objectifs en termes de promotion de l'employabilité des jeunes, ses résultats restent au-dessous des investissements pour ce qui est "d'insuffler les bases d'une citoyenneté européenne active par la participation à la construction d'un espace identitaire tiers, où le pluriculturel signifie plus qu'une cohabitation respectueuse". Dans le cadre de l'Université de Macetara, elle a procédé, en compagnie d'étudiants Erasmus, à une recherche-action visant à vérifier son hypothèse de départ, à savoir que l'université peut contribuer à cette éducation citoyenne si elle organise un raccord entre la formation expérientielle et la démarche réflexive caractéristique de l'enseignement supérieur. L'ouvrage rend compte de ce travail. Dans un premier temps, l'auteur étudie comment la mobilité contemporaine bouleverse la didactique des langues et des cultures, assignant de nouvelles tâches formatives que le système universitaire doit réinterpréter. Après s'être employé à cerner les compétences interculturelles des étudiants de mobilité, Mathilde Anquetil avance, sur la base de son expérimentation, différentes propositions afin de faire sortir les dispositifs d'accompagnement de la mobilité des paradigmes de l'assistance et de créer un nouveau cursus académique pleinement européen.
(MT)
*** STEFAN TROEBST: Kulturstudien Ostmitteleuropas. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Gesellschaften und Staaten im Epochenwandel", n° 11. 2006, 411 p., 29,90 €. ISBN 3-631-54581-9.
Ce onzième volume de la collection "Sociétés et Etats en transition" rassemble un certain nombre de travaux, articles scientifiques et essais plus spontanés de Stefan Troebst, professeur de slavistique et d'histoire des cultures de l'Europe centrale et orientale à l'Université de Leipzig. Le livre illustre la finalité de cet enseignement qui offre l'occasion de mieux connaître et comprendre la culture spécifique de cette région. Indépendamment des perspectives offertes sur différents aspects et problèmes de la région, les textes présentés se situent dans la tradition des recherches historiques lancées avant la Deuxième Guerre mondiales par l'historien polonais Osca Halecki, qui trouveront leur pleine expression dans son livre célèbre de 1950, "The Limits and Divisions of European History". En définissant une culture par la notion de "région historique", l'auteur apporte une contribution nouvelle et originale à la façon dont les problèmes spécifiques de l'Europe centrale et orientale doivent être abordés. L'interdisciplinarité devient dès lors essentielle à ces "études culturelles" qui offrent au futur gradué une expérience totalement originale et une ouverture nouvelle pour l'action future. En présentant de cette façon le programme particulier que l'Université de Leipzig a développé dans ce domaine depuis 1999, Stefan Troebst propose par ce livre une ouverture très enrichissante et un moyen utile de comprendre la construction future de l'Europe dans cette région.
(GFr)
*** DANIEL DOLEZAL, HARTMUNT KÜHNE (sous la dir. de): Wallfahrten in der europäischen Kultur - Pelgrimage in European Culture. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Europäische Wallfahrtsstudien", n° 1. 2006, 730 p.. ISBN 3-631-54996-2.
Ce très imposant volume bilingue (allemand/anglais) de plus de sept cents pages est le premier d'une nouvelle collection lancée pour donner l'occasion à un public intéressé de prendre connaissance de récents développements de la recherche sur les phénomènes du pèlerinage dans la culture européenne. Il s'ouvre plus particulièrement aux scientifiques de toutes disciplines qui ont récemment renouvelé la recherche en ce domaine dans le monde académique d'Europe centrale et orientale. Certes, si le phénomène du pèlerinage lui-même est universel et se retrouve dans toutes les religions du monde - qui toutes ont connu et connaissent encore l'existence de lieux sacrés, de paysages privilégiés ayant servi de source d'inspiration pour les prophètes ou de sanctuaires pouvant garantir le salut des fidèles venant y pratiquer leurs dévotions -, les traditions chrétiennes et juives qui se sont développées depuis le Moyen Âge en Europe n'avaient plus été étudiées de façon systématique depuis des décennies dans cette partie d'Europe, en raison du silence imposé par le régime communiste sur les manifestations de la religiosité populaire.
Ce bel ouvrage est issu d'une rencontre de chercheurs qui avaient pris conscience du besoin de renouveau dans leur domaine, la réunion s'étant tenue en 2004 dans la ville tchèque de Pøíbram, elle-même lieu de pèlerinage très connu. La cinquantaine de contributions que comprend le volume touchent à de très nombreux aspects du problème du point de vue de disciplines très diverses: géographie des lieux (6.150 sanctuaires pour la seule Europe occidentale), démographie (on estime qu'environ 300 millions de pèlerins se déplacent chaque année dans le monde: 200 millions de chrétiens, 40 d'hindouistes, 30 de musulmans et de bouddhistes, le reste d'autres religions), ethnologie, histoire, histoire de l'art et des cultures, archéologie, psychologie religieuse, liturgie et théologie, etc. Un ouvrage très riche qui ouvre des perspectives intéressantes pour la compréhension d'un phénomène qui est historique, religieux et souvent très dogmatique, mais qui se transforme actuellement en une forme de "tourisme religieux" plus syncrétique et diversifié. Un livre très utile pour comprendre certaines évolutions de la culture européenne.
(GFr)
*** JEAN-LOUP BOURGET: Hollywood, un rêve européen. Armand Colin (Paris). Collection "Armand Colin Cinéma". 2006, 286 p.. ISBN 2-200-26924-2.
Détenteur de la chaire d'études cinématographiques de l'Ecole normale supérieure, Jean-Loup Bourget propose, avec ce très bel ouvrage pétri d'érudition, une synthèse sur la présence et l'apport esthétique des "Européens à Hollywood", d'Erich von Stroheim, Greta Garbo et Marlène Dietrich à Antonio Banderas en passant par des réalisateurs aussi prestigieux que, entre autres, Ernst Lubitsch, Fritz Lang, Billy Wilder ou Alfred Hitchcock. L'auteur y met l'accent sur la période du "classicisme hollywoodien" allant de 1920 aux alentours de 1960, mais il prolonge la réflexion jusqu'à des exemples contemporains "afin de dégager les constantes et les ruptures qui caractérisent le statut et l'activité actuels des Européens à Hollywood par comparaison avec ceux de l'époque classique". Ainsi, il observe notamment, dans sa conclusion, que la distinction Hollywood/Europe signifie, de nos jours, "l'affrontement avant tout commercial entre une industrie hollywoodienne en position dominante et un cartel européen qui s'efforce, plutôt maladroitement, de conserver ou de reconquérir ses places de marché en produisant des films eux-mêmes multinationaux comme ceux du Fonds Eurimages". Chaque chapitre du livre est complété par une bibliographie qui fera les délices des cinéphiles les plus acharnés.
(PBo)