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Bulletin Quotidien Europe N° 9357
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/monde arabe

Le « malheur arabe » en débat à la Commission des affaires étrangères pour déterminer l'appui de l'UE aux réformes dans le monde arabe

Bruxelles, 01/02/2007 (Agence Europe) - La commission des affaires étrangères, de la sécurité et des droits de l'homme du Parlement européen, présidée par Libor Rouèek (PSE, Tchéquie), a examiné mardi 30 janvier un rapport sur « les réformes dans le monde arabe » élaboré par Michel Rocard (PSE, France), un projet appelé à être amendé d'ici la mi-février. Le rapporteur a en effet souligné que son rapport « n'est pas conclusif » mais constitue un « appel à la réflexion » sur l'aptitude arabe à se réformer et sur l'attitude de l'UE à cet égard: « notre regard a été jusqu'à présent limité aux rapports d'Etat à Etat ». Il demeure qu'il y a en Europe une « perception commune » qu'il qualifierait, non sans malaise, de « malheur arabe ». Vision confortée par « un échec total du développement (une masse) de frustrations et de rancœurs » et par des sociétés civiles « asphyxiées » mais qui ont « commencé à s'exprimer depuis une quinzaine d'années ». C'est aussi, a-t-il ajouté, un monde commun qui rêve d'unité. « On ne peut pas traiter de ce monde sans tenir compte de ce rêve qui n'est pas une référence religieuse mais culturelle ». Ses rapports avec l'Europe sont malaisés car « il y a suspicion de partialité » avec Israël et elle est perçue comme « un satellite des Etats-Unis ». L'intérêt européen serait donc de « dégager une expression autonome et de reconnaître l'aspiration à l'unité arabe ». En l'état, l'Europe doit tenir compte aussi de la «tension » interne due à la présence quasi générale de « gouvernements dictatoriaux ». L'ancien Premier ministre de la France cite la décision arabe d'entrer dans l'ère des réformes qui demeure en contradiction avec la réalité. Que faire ? Pour M. Rocard, la voie des pressions externes n'est pas la bonne, dit-il, citant à l'appui l'exemple de ce qui a été fait avec l'Afrique. « Les pressions occidentales y ont amené à des élections ridicules qui se sont déroulées dans des conditions juste satisfaisantes pour les observateurs » occidentaux. Il prône l'action en direction des sociétés civiles, y compris, écrit-il dans son rapport, avec les islamistes « modérés ». Objectif: « aider les despotes à devenir éclairés ».

Il faut vite « rectifier le tir », a estimé Antonio Tajani (PPE-DE, Italie). Il manquerait des références à Israël, aux droits de l'homme et au « droit de ne pas être musulman en terre arabe ». Bronislaw Geremek (PPE-DE, Pologne) a cependant exprimé son « admiration pour un rapport qui rompt avec le langage de notaire » et il a proposé qu'il n'y ait pas d'amendements mais de laisser à M. Rocard le soin d'une synthèse afin de mieux souligner la « démarche commune » de l'Europe et pour montrer la volonté « d'échapper à la logique du clash des civilisations ». Notre « sentiment de supériorité » nourrit la « défiance arabe et l'intégrisme », selon M. Geremek qui réfute l'idée que « c'est la religion qui fait le monde arabe ». Le « véritable antagonisme n'est pas entre les Arabes et l'Occident mais à l'intérieur même du monde arabe, entre ceux qui veulent respecter la démocratie et les droits de l'homme et ceux qui ont une vision intégriste (...) l'unité arabe est un slogan utilisé contre la modernité, un réflexe de peur ». Il appelle à se méfier des nationalismes dont la conséquence est « la haine qui nourrit la haine » en retour. Il faut « dialoguer entre égaux » et non « donner des leçons » au monde arabe. A sa suite, Hélène Flautre (Verts, France) met l'accent sur les droits humains et souligne le devoir de militer pour des valeurs « qui ne sont pas occidentales mais universelles ». Miguel Portas (GUE/NGL, Portugal) souhaite approfondir la réflexion et « ne pas se baser sur la lecture d'un seul livre ». Panagiotis Beglitis (PSE, Grèce) souligne pour sa part la différence de conception des droits de l'homme et la difficulté de définir «l'arabitude». Jana Hybaskova (PPE-DE, Tchéquie) estime que pour comprendre le monde arabe, il ne faut pas se référer à l'islam mais aux « règles de ses dirigeants » et met l'accent sur le dialogue culturel. Ana Gomes (PSE, Portugal) se dit « inquiète et mal à l'aise » par le débat qui retombe, à son avis, dans des conceptions que Michel Rocard veut dépasser. « Il faut, a-t-elle dit, se rallier à des concepts objectifs comme ceux définis par le PNUD » dans ses rapports sur le développement humain. Pasqualina Napoletano (PSE, Italie) appelle pour sa part à s'interroger sur le sens de l'arabité: langue, histoire, culture ? Ce qu'elle relève surtout est que le « rêve panarabe a échoué » et ne croit pas qu'il puisse « offrir des perspectives ». Elle recommande de tenir compte de la diversité de ce monde. Pour le rapporteur, un trait commun relie ce monde: la quête de la « dignité » par des citoyens souvent « perplexes face aux contradictions (qui existent) chez nous » dans nos rapports avec leurs pays. Mme Nicholson (ALDE, RU) s'est interrogée sur l'antagonisme entre islam et démocratie: « les réponses varient selon le dirigeant à qui on s'adresse ». Marco Cappato (ALDE, Italie) souhaite « aller plus en profondeur et intégrer dans la réflexion (européenne) celle qui a cours dans le monde arabe même ».

Au nom de la Commission européenne, Andrea Bassols (DG relex) a salué le contenu du rapport et les initiatives qu'il propose et rappelle que l'UE a des rapports anciens avec le monde arabe basés sur une « approche régionalisée » (Euromed, CCG, ACP) et sur un effort en direction de la société civile. Il a aussi informé des décisions en cours pour renforcer la collaboration entre la Commission et le secrétariat général de la Ligue arabe (EUROPE n° 9356). (fb)

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