Bruxelles, 23/01/2007 (Agence Europe) - La politique de l'environnement est une priorité de la Présidence allemande du Conseil de l'UE. Le triptyque Environnement, innovation, emploi en sera le fil conducteur et le thème d'une réunion spéciale du Conseil Environnement qu'organisera la Présidence du 1er au 3 juin. Sigmar Gabriel, ministre allemand de l'Environnement, de la protection de la nature et de la sûreté nucléaire, et Président en exercice du Conseil de l'UE, l'a confirmé le 23 janvier au Parlement européen, en présentant, dans sa sphère de compétence, le programme de travail de la Présidence allemande aux membres de la commission de l'environnement, de la santé publique et de la sécurité alimentaire, présidée par le chrétien démocrate allemand Karl-Heinz Florenz.
Pourquoi ce triptyque ? Parce que, pour Sigmar Gabriel, une politique environnementale engagée implique beaucoup plus que les seuls aspects écologiques. L'expérience lui a montré que si, pendant longtemps, les goulots d'étranglement du développement économique ont été les questions de financement, d'apport de capitaux et de qualifications, ces problèmes sont « plus ou moins résolus ». Le vrai goulot d'étranglement dans un avenir proche sera la limite des ressources naturelles, souligne-t-il. « Nous serons bientôt neuf milliards d'habitants sur terre, dont deux tiers en Asie », ce qui impliquera une forte hausse de la demande en énergie et en matières premières, avec d'importantes pressions sur les prix et des conséquences sur le marché. Il est donc de la plus haute importance de préserver les ressources naturelles. Si la Chine devient l'usine du monde, l'Inde son prestataire de services, la Russie son fournisseur d'énergie, que restera-t-il comme rôle pour l'Europe ? s'est interrogé M. Gabriel. Sa réponse est toute prête: l'Europe restera le technicien, pour répondre aux besoins fondamentaux grâce aux technologies de pointe, et notamment résoudre l'équation clé: comment assurer notre approvisionnement énergétique et protéger notre climat. « Dans la stratégie de Lisbonne, tous ces aspects (protection du climat, approvisionnement énergétique, innovation technologique) sont très imbriqués ».
La problématique énergie/climat est le « sujet le plus important », à l'agenda environnemental de la Présidence allemande. M. Gabriel s'est dit heureux que la Commission ait choisi de traiter les deux sujets de manière intégrée dans son paquet de mesures pour une nouvelle politique énergétique pour l'Europe, présenté le 10 janvier, et qu'elle n'envisage pas la protection du climat sans prise en compte de l'approvisionnement énergétique. « La croissance économique est compatible avec la politique climatique, et les propositions de la Commission relatives à l'efficacité énergétique constituent un jalon essentiel pour établir le lien ». Sigmar Gabriel s'est félicité à cet égard de l'objectif d'accroître de 20% l'efficacité énergétique d'ici à 2020, car « il permettra plusieurs milliards d'économies en doublant le nombre de tonnes économisées (780 millions) ».
Evoquant l'objectif proposé d'une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 30% à l'horizon 2020, à viser par l'UE dans les négociations internationales sur le climat, le Président s'est attardé sur les mérites de la proposition corollaire - une réduction unilatérale d'au moins 20% des émissions de l'UE en l'absence d'accord international - qui adresse « un message très clair à l'industrie ». Ces propositions, et l'intérêt renouvelé dans le système d'échange de quotas d'émissions comme « instrument le plus adéquat et le moins cher » guideront la Présidence allemande dans la perspective de la prochaine conférence de l'ONU en fin d'année. Le Conseil Environnement de février préparera la position de l'UE pour la réunion préalable des experts internationaux, prévue en mai à Bonn. S'agissant des échanges de quotas d'émissions, la Présidence projette une discussion et l'adoption de conclusions en juin. La discussion sur la proposition d'inclusion du secteur de l'aviation va commencer dans l'espoir de progrès importants d'ici au mois de juin également. Aux yeux de la Présidence allemande, cette question est importante car elle va de pair avec la mobilité durable, a précisé M. Gabriel, qui se dit « étonné des difficultés rencontrées dans le débat, à la Commission, sur la réduction des émissions de CO2 des voitures particulières ». Selon lui, les accords volontaires sont intéressants pour éviter trop de législation, mais ils doivent être respectés. Il est donc indispensable de fixer des normes juridiquement contraignantes. « Je serai opposé à ce que la réduction des émissions des voitures soit privatisée, car on s'en remettrait alors aux automobilistes. Il s'agit là aussi, d'un défi technologique, celui de la modernisation du parc automobile. Il faut envisager la possibilité d'un mélange de biocarburants », a déclaré le président partisan de normes claires de qualité pour les cultures car « ça n'a pas de sens de réduire le CO2 en utilisant en Europe des biocarburants, tandis que d'autres pays s'adonnent à la culture du soja qui accroît les émissions de CO2 ». Mentionnant la directive sur la qualité des carburants, M. Gabriel a appelé de ses vœux « des normes EURO VI pour le climat ».
La protection des forêts, et en particulier des forêts tropicales, sources de rejets très importants de carbone, est un domaine sur lequel la Présidence allemande entend se concentrer.
Répondant à Chris Davies (ALDE, Britannique) qui l'interrogeait sur les possibilités réalistes de produire des biocarburants tout en préservant les forêts, M. Gabriel a plaidé pour une nouvelle technologie qui permette de produire de l'énergie à partir de matières premières durables tout en gardant des superficies arables pour la production alimentaire. Le Président a également évoqué les avantages fiscaux pouvant être envisagés pour l'électricité produite à partir d'une plante. « Ce qu'il manque en Europe, c'est un engagement en faveur de la R&D et des crédits en conséquence. Pour sortir du pétrole, les matières énergétiques durables sont la solution. Il ne faut pas miser sur la première génération de biocarburants », mais sur les biocarburants de synthèse. A Guido Sacconi (PSE, Italien), M. Gabriel a précisé que l'objectif de ramener à 120g/km les émissions moyennes des voitures particulières d'ici à 2012 était réalisable, à condition de tenir compte d'une part accrue de biocarburants dans l'essence (jusqu'à 12%, prône la Présidence allemande, quand la Commission n'envisage de proposer que 10%).
Invité par Mme Roth-Behrendt (PSE, Allemande) à donner des précisions sur le deuxième plan d'allocation des quotas d'émissions de l'Allemagne, recalé par la Commission européenne, le Président a fait état « d'un conflit lié à la méthode », l'Allemagne jugeant inopportun de se concentrer sur une seule année de référence (l'année 2005, la seule pour laquelle la Commission dit disposer de données vérifiables). « Cela fausse les calculs. Il faudrait au moins deux années de référence pour ne pas tomber dans des écarts de statistiques trop importants ». Aussi le Président appelle-t-il de ses vœux une harmonisation des règles du jeu « qui soient les mêmes pour tous comme pour les autres marchés financiers », et « des statistiques plus fiables, plus transparentes ».
A propos de l'énergie nucléaire, prévue comme option dans le paquet énergétique de la Commission, M. Gabriel n'y voit « pas un sujet de délibération européen », mais un élément du plan d'action « dans lequel on trouve également le charbon plus propre et l'efficacité énergétique ». Et, en réponse à Françoise Grossetête (PPE-DE- Française) appelant à « lever le tabou du nucléaire », M. Gabriel a fait observer que la part de l'énergie nucléaire dans la production d'électricité en Europe diminue, que le choix de recourir ou non au nucléaire reste une décision politique de chaque Etat membre, appelant la tolérance, et que le nucléaire ne saurait être la panacée pour réduire la dépendance au pétrole russe « car il ne permet pas de fabriquer de l'essence ou du diesel ». (an)