Bruxelles, 12/01/2007 (Agence Europe) - Dans un discours prononcé, jeudi 11 janvier, à l'Université Humboldt à Berlin, Josep Borrell invite la Présidence allemande à relancer l'Europe politique, en fixant la barre très haut. Il demande la préservation des innovations du traité constitutionnel et un nouveau pacte économique et monétaire.
« L'Union européenne traverse depuis un an et demi une période très critique. L'échec - provisoire - du projet de Constitution n'est pas notre seul problème. Nous sommes aussi confrontés aux craintes sociales suscitées par la mondialisation et par les élargissements récents, à l'hétérogénéité croissante d'une Union passée de 15 à 27 membres - près du double ! - en moins de 3 ans, à la faiblesse des performances économiques dans certains pays, au vieillissement de nos populations, aux divergences de nos politiques d'immigration, à une dépendance énergétique croissante... », constate Josep Borrell à quelques jours de la fin de son mandat à la tête du Parlement européen. Et de rappeler que « les grands traités qui ont ouvert de nouveaux horizons à l'intégration européenne étaient porteurs de grands projets. L'Acte unique a créé le marché unique selon un timing rigoureux et, parallèlement, des mécanismes de solidarité puissants ont été créés. Le traité de Maastricht a lancé la monnaie unique de manière similaire. Chaque élargissement a été suivi d'une phase d'approfondissement. Mais depuis Maastricht, où nous étions 12 États membres, le processus d'élargissement s'est accéléré tandis que l'approfondissement s'est ralenti ». « Cet écart n'est plus supportable aujourd'hui. Nous devons rééquilibrer la vitesse relative de ces deux processus. Nous devons renforcer nos institutions sous peine de voir notre entreprise commune se diluer et de ne plus pouvoir gérer nos politiques », poursuit le président du Parlement avant d'ajouter: « Comme les 18 États qui ont ratifié le traité constitutionnel (et qui se réunissent dans quelques jours), le Parlement européen est majoritairement convaincu que ce texte était la meilleure réponse pour permettre à l'Union élargie de ne pas s'étouffer sous le poids du nombre ».
Rappelant qu'à la veille du dernier Conseil européen, le Parlement avait identifié une vingtaine de réformes incontournables pour garantir la capacité de l'Union à intégrer de nouveaux Etats membres, le socialiste espagnol constate qu'elles sont toutes contenues dans le traité constitutionnel: l'extension du vote à la majorité qualifiée au Conseil, l'allongement des périodes de présidence, la composition plus restreinte de la Commission, la création du ministre des Affaires étrangères de l'UE, l'élection du président de la Commission par le PE, l'assouplissement des coopérations renforcées, la suppression de la structure en « piliers »... Pour le PE, toutes ces réformes sont indispensables et devront précéder tout nouvel élargissement.
Sauver le traité constitutionnel
« Avant de prendre la Présidence, le gouvernement allemand a souvent répété qu'il ne fallait pas nourrir des attentes exagérées. Mais la Chancelière Merkel a aussi déclaré que l'abandon de la "substance" du traité constitutionnel serait une erreur historique. Par un syllogisme personnel, j'en conclus que la Présidence mettra tout en œuvre pour éviter cette erreur historique », a déclaré Josep Borrell qui reconnaît que «ce ne sera pas facile ». Et il ajoute: « Dix-huit mois après le début de la période de réflexion, le seul consensus qu'on aperçoit aujourd'hui consisterait à abandonner le terme de "Constitution" ». Un mot pour lequel, il n'y a pas lieu d'entamer une « guerre de religion », estime le socialiste espagnol qui insiste longuement sur la nécessité d'éviter une renégociation qui retardera d'autant l'indispensable réforme institutionnelle. Et de critiquer « la théorie du "mini-Traité" (qui) pourrait fort bien déboucher en pratique sur une "maxi-négociation" ». Or « toute renégociation - partielle ou globale - des acquis de 2004 risque, à mon avis, d'abaisser le niveau d'ambition et de s'éterniser », ajoute le président du Parlement.
« C'est pourquoi la feuille de route que proposera la Présidence allemande devrait, selon moi, tracer d'emblée une ligne rouge en-dessous de laquelle il ne serait pas question de descendre. Le maintien de la Partie I, de la Charte et des innovations de la Partie III serait, selon moi, le minimum minimorum de ce que nous devons préserver. Ces dispositions ont l'avantage d'avoir déjà été négociées et approuvées par les 27 gouvernements. C'est un ensemble d'équilibres subtils auxquels il vaudrait mieux ne pas toucher, sous peine de tout détricoter. Nous ne pouvons nous permettre de faire moins bien que le traité constitutionnel. Nous devons faire mieux. Car beaucoup de nos citoyens n'ont pas trouvé dans ce texte de réponses suffisantes à leurs inquiétudes économiques et sociales. La Présidence devrait donc aussi orienter les discussions sur les ajouts à apporter, notamment dans le domaine de la gouvernance économique de l'Union », estime Josep Borrell qui constate: «La Convention avait échoué sur ce terrain. Nous mesurons mieux aujourd'hui la gravité de cet échec ».
Rassurer les citoyens
Mais Josep Borrell souligne aussi que « sauver le traité constitutionnel, même dans sa forme intégrale, ne suffirait pas ». « Les électeurs français et néerlandais n'ont pas trouvé dans ce texte les garanties en vue de la préservation de leurs modèles sociaux et de leur identité nationale, tout comme ils n'ont pas perçu l'euro comme un facteur de croissance économique. En abolissant les frontières intérieures et en laissant se développer la concurrence sociale et fiscale entre nos États, l'Europe n'apparaît pas comme une réponse constructive à la mondialisation mais plutôt comme un cheval de Troie qui sape les liens sociaux », constate le président du Parlement européen. Et il regrette que « notre Europe ressemble parfois à un ring de boxe où s'affrontent nos systèmes fiscaux et sociaux, au lieu d'être une arme collective pour affronter la mondialisation ». Aussi, « beaucoup de nos citoyens ont le sentiment qu'il y a de plus en plus d'Européens mais de moins en moins d'Europe » et « parallèlement au "sauvetage" du traité constitutionnel, il me semble qu'une initiative forte pour relancer l'Union économique et monétaire est aujourd'hui nécessaire », affirme encore Josep Borrell qui juge indispensable de «rééquilibrer monnaie et économie ». (oj)