Bruxelles, 12/09/2006 (Agence Europe) - La sous-commission des droits de l'homme du PE a reçu le 11 septembre les ambassadeurs du Liban et d'Israël, MM. Fawzi Fawaz et Odel Erau ainsi que des représentants d'Amnesty International et de la FIDH (Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme) sur le thème des violations des droits de l'homme et du droit international dans le conflit du Proche-Orient. Johanna Suurpää, qui dirige l'Unité des droits de l'homme au ministère finlandais des Affaires étrangères, était venue clarifier l'attitude adoptée par l'UE aux sessions de la Commission des droits de l'homme de l'ONU à Genève. La verte française Hélène Flautre, présidente de la sous-commission, a rappelé le contexte, évoquant notamment le conflit irakien qui, a-t-elle dit en substance, a montré que le recours à des pratiques contraires aux conventions internationales est croissant. Elle a aussi dressé un état des lieux des initiatives des institutions européennes depuis le déclenchement du conflit au Liban jusqu'à la récente résolution du PE, qu'elle estime « extrêmement conséquente » (voir EUROPE n° 9259).
Les violations caractérisées au droit international étaient au centre de l'intervention du représentant d'Amnesty International, Dick Oosting, qui a souligné « l'exigence d'une enquête complète » sur des atteintes dont il attribue la responsabilité aussi bien à Israël qu'au Hezbollah. Un rapport préliminaire détaillant de tels actes serait disponible sur le site d'Amnesty, démontrant que les descriptions faites jusqu'ici de certaines violations (comme l'utilisation de bombes en grappe) sont « en deçà de la réalité ». La responsabilité de tels actes doit être établie par la justice internationale, dit M. Oosting, qui invite l'UE à réviser les accords d'association avec Israël et le Liban pour mettre davantage l'accent sur leur dimension « droits de l'homme ». Et, en saluant la résolution du PE de début septembre, il a estimé que « l'UE a fait une erreur tactique en votant contre la résolution » présentée en août à la Commission des droits de l'homme de l'ONU. Mme Suurpää a expliqué ce rejet en raison du caractère «unilatéral» de ce texte, et a souligné le rôle « équilibré » joué par l'UE tout au long du conflit libanais.
Cette notion d'équilibre a marqué pratiquement toutes les interventions, dont celle du représentant de la FIDH, Antoine Madelin, qui observe que les actes israéliens ont été hors de proportion, tout en souhaitant que le Liban facilite le « retour à l'Etat de droit » chez lui, allusion au rôle joué par le Hezbollah. L'ambassadeur libanais s'est attaché à présenter de façon détaillée l'ensemble des griefs à l'encontre d'Israël et souligné l'utilisation d'armes interdites: « il n'a manqué que l'arme nucléaire », a-t-il lancé. Cette énumération lui a valu les critiques de son homologue israélien et, ensuite, de la plupart des parlementaires présents, qui lui ont renvoyé l'image d'un Liban où règne un double pouvoir. « Celui qui viendrait en ce moment de la lune écouter l'ambassadeur du Liban croirait que quelqu'un, au gouvernement israélien, a brusquement décidé d'aller attaquer le Liban », a dit l'ambassadeur israélien, qui rappelle que « la tension remonte à des années » (tout en regrettant de se retrouver dans un « débat peu sérieux » auquel il avait « hésité à participer »). L'ambassadeur a aussi estimé qu'Israël « n'a pas besoin des conseils d'Amnesty » pour avoir un dialogue politique suivi avec l'UE. Quant à la parlementaire européenne Pasqualina Napoletano (PSE, italienne), elle a averti que « les Libanais ne pourront s'en sortir sans décider de l'avenir du Hezbollah », et que la communauté internationale ne peut accepter « une double souveraineté » dans ce pays. La plupart des interventions ont marqué le souci de renvoyer chacun des protagonistes à ses responsabilités et à ses propres violations du droit international, tout en affirmant la nécessité d'une enquête sur les faits réels.