login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9263
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Perspectives du deuxième mandat de M. Juncker à la tête du groupe de l'euro

La confirmation de Jean-Claude Juncker à la tête du groupe de l'euro (Eurogroupe) est une bonne nouvelle pour l'Europe. Ce signe de confiance de ses collègues ministres des Finances devrait rendre à M. Juncker l'élan et l'optimisme que certaines péripéties précédentes avaient peut-être affaiblis. Il y a deux ans, il avait été affecté par l'impossibilité de faire aboutir sous sa présidence les négociations au sein du Conseil européen sur les perspectives financières 2007-2013 (même si, en définitive, le compromis adopté un peu plus tard devait presque tout à ses intuitions et à son projet), et plus récemment l'accueil glacial du président de la Banque Centrale Européenne à sa suggestion de dialogue renforcé et permanent entre le groupe de l'euro et la BCE l'avait blessé. Ces blocages partiels n'avaient pas affecté l'intensité de son action visant à maîtriser les évolutions de la zone euro et à renforcer la coordination des politiques économiques des pays qui en font partie, et la décision de prolonger pour deux ans ses fonctions de président permanent (c'est-à-dire échappant à la règle de la rotation semestrielle des présidences) a confirmé que les pays de l'euro lui font entièrement confiance. La nouvelle perspective biennale 2007/2008 lui permet d'agir dès maintenant avec détermination vers le double objectif qu'il s'est fixé depuis le départ: a) renforcer la gouvernance économique de la zone euro ; b) instaurer un véritable dialogue avec la BCE sur la politique monétaire de l'Union, sans empiéter sur l'autonomie de la Banque dans la gestion de l'euro.

Convictions politiques. L'un et l'autre sujet méritent quelques remarques. Mais je voudrais d'abord rappeler une évidence: l'action de M. Juncker est, par essence, politique. Sa gestion des affaires économiques et monétaires de l'Europe est dictée par ses convictions et orientations fondamentales. Dans mon commentaire du début juillet (notre bulletin n° 9223) sur son prix Charlemagne, j'avais cité quelques aspects de ses attitudes politiques: l'invitation à redevenir «fiers de l'Europe», contre la mode du défaitisme et de la méconnaissance des succès de l'UE ; la défense de l'agriculture européenne en tant qu'élément essentiel de notre civilisation ; le scepticisme à l'égard de l'adhésion turque. J'ajoute un élément supplémentaire à son portrait politique. À propos de l'éternel conflit entre libéralisme et dirigisme économiques, il a dit: «On ne peut pas réduire l'Europe à un simple marché. Je me refuse à toute approche exclusivement idéologique. Je considère qu'il n'est pas obscène que les gouvernements posent des questions sur le concept industriel qui sous-tend une OPA ou une fusion, sur les répercussions qu'elle peut avoir pour une région ou un pays, sur le sort des salariés. Ceux qui veulent que l'Europe apparaisse toujours plus comme un marché et rien qu'un marché, qu'ils ne viennent pas ensuite se plaindre du fossé avec les opinions publiques.»

Mesures pratiques. C'est à partir des convictions de M. Juncker qu'il faut évaluer son action dans les domaines économiques européens qui lui sont confiés. Son premier résultat significatif avait été l'accord sur la révision du Pacte de stabilité. L'application correcte de ce pacte reste un objectif prioritaire, indispensable pour la stabilité de l'euro. S'y ajoutent les deux objectifs déjà cités, qui n'ont pas été atteints pendant la première présidence biennale. Combien de discours ont été consacrés à l'équilibre entre les deux jambes de l'UEM, la jambe monétaire solide et en bon état de marche, la jambe économique qui boîte ! Fatigué des déclarations théoriques, Jean-Claude Juncker envisagerait d'introduire des règles, des procédures, et d'accentuer l'autonomie des délibérations du groupe de l'euro par rapport au Conseil Economie/Finances (où les pays qui ne participent pas à l'euro sont majoritaires). En outre, il souhaite améliorer la manière dont la presse est informée des travaux du groupe de l'euro: le président devrait être responsable de la communication, les autres ministres respectant un certain «devoir de réserve». Toutefois, M. Juncker n'ignore pas que ces mesures utiles ne remplacent pas la disponibilité des gouvernements à coopérer.

Recours au Traité ? Quant au dialogue avec la BCE, les deux parties avaient donné par moment l'impression d'avoir «les nerfs à fleur de peau». Des propos apaisants et d'estime réciproque ont été ensuite échangés entre Jean-Claude Juncker et Jean-Claude Trichet, exprimant la volonté réciproque de dialoguer. Mais aucune règle n'est établie ; on reste dans le vague. Au point que certains milieux se demandent s'il ne serait pas opportun de se référer au Traité, dont l'article 111 confie au Conseil des pouvoirs explicites en matière de taux de change de l'euro et d'orientations générales de la politique de change. Dans la « vision de l'Europe » qu'il a exposée vendredi dernier à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a dit: « Doté d'un président stable et de grande qualité, l'Eurogroupe a toutes les raisons et tous les moyens de se saisir de cette question fondamentale». Un ballon d'essai ou une invitation ?

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES