Bruxelles, 12/01/2006 (Agence Europe) - La période qui s'ouvre sera décisive pour l'Afghanistan, mais aussi pour la crédibilité de l'UE, a souligné jeudi le Représentant spécial de l'UE dans le pays Francesc Vendrell. De passage à Bruxelles, M. Vendrell a fait devant des journalistes un bilan des avancées accomplies depuis le lancement du processus de Bonn et a rappelé quelques-unes des actions que la conférence internationale qui se tiendra à Londres les 31 janvier et 1er février prochains devrait pérenniser (EUROPE n° 9023). L'établissement d'institutions légitimes après des élections « crédibles et largement libres », mais aussi la reconstruction du pays (en particulier des villes), la situation des droits de l'Homme ou la représentation des femmes constituent des progrès majeurs, bien qu'« il serait sot de ne pas reconnaître que la situation reste fragile », a-t-il observé. Au moment d'aborder la troisième phase de l'extension de la couverture de la Force internationale d'assistance à la sécurité (ISAF) sur tout le territoire afghan, M. Vendrell s'inquiète notamment du manque de mobilisation des pays de l'UE pour envoyer des troupes dans le sud du pays.
D'une manière générale, la conférence de Londres devra marquer, au moins en termes politiques (et éventuellement financiers), « l'engagement continu de la communauté internationale » en Afghanistan. Parmi les tâches essentielles, M. Vendrell attend des progrès au niveau judiciaire, de la fonction publique ou dans la lutte contre la production de drogues. « Il est urgent de s'assurer que le gouvernement et les institutions ne deviennent pas corrompus par les producteurs de drogues », prévient M. Vendrell, pour qui ces questions sont toutes « de premier plan et toutes interconnectées ». La conférence de Londres s'attachera aussi aux questions de sécurité, au moment où on observe une augmentation des attaques suicides, « ce qui était assez rare auparavant », a souligné M. Vendrell. Et d'insister: « nous avons besoin de forces là où l'insécurité existe ». Les hésitations actuelles des Pays-Bas à envoyer un contingent militaire dans la province d'Uruzgan sont révélatrices des craintes des Etats membres à s'engager dans des zones difficiles, s'inquiète M. Vendrell. La présence des Pays-Bas dans la province d'Uruzgan est « hautement souhaitable », et ce n'est « pas nécessairement dangereux pour les forces armées », explique M. Vendrell, en estimant qu'un refus néerlandais aurait des conséquences pour toute l'UE. « Je m'inquiète qu'il n'y ait aucun volontaire pour prendre la suite », a-t-il ainsi reconnu, avant d'entrevoir, en pareil cas, « un coup sévère pour le prestige de l'UE en Afghanistan ». Ce serait là un revers pour la « crédibilité » de l'UE car, même si « les Afghans apprécient le travail désintéressé de l'Europe chez eux », ils regrettent qu'elle soit parfois « trop passive », avertit M. Vendrell.