Bruxelles, 12/01/2006 (Agence Europe) - Après les avoir relevés de 25 points de base en décembre 2005, la Banque centrale européenne (BCE) a conservé le 12 janvier les taux d'intérêt de la zone euro à leurs niveaux précédents, a indiqué à la presse son président Jean-Claude Trichet, à l'issue de la réunion du Conseil des gouverneurs. Le taux de soumission minimal appliqué aux opérations principales de refinancement reste ainsi à 2,25 %, et les taux d'intérêt de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt demeureront inchangés, à respectivement 3,25 % et 1,25 %. « Les informations disponibles depuis le 1er décembre (2005) vont dans le sens de l'évaluation qui a montré que l'ajustement de notre politique monétaire très accommodante était nécessaire » pour assurer la stabilité à moyen terme et ancrer les anticipations inflationnistes, a noté devant la presse M. Trichet (au sujet du dernier relèvement des taux, voir EUROPE n° 9090). « Le maintien de la stabilité des prix sur le moyen terme est le principe qui nous guidera dans l'analyse des nouvelles informations, pour former notre jugement et prendre nos décisions », a-t-il à nouveau répété.
Interrogé par la presse, M. Trichet a assuré que la décision du jour avait été « unanime », car « tous les renseignements depuis décembre ont confirmé nos hypothèses de travail ». A ce stade, il ne voit « aucune raison de changer les projections élaborées et publiées en décembre ». Et de rappeler que la croissance réelle du PIB s'était renforcée au cours du deuxième semestre 2005 (avec +0,6% au troisième trimestre et contre +0,4% au deuxième trimestre). Dès lors, « les conditions demeurent favorables à une croissance des activités économiques durable », conformément à nos prévisions et à d'autres évaluations ou indices, a constaté le Président Trichet. Cependant, il a admis que les risques à la baisse existent, qu'il s'agisse des déséquilibres mondiaux, de la volatilité des prix du pétrole, ou de la confiance des consommateurs, « qui s'améliore mais reste faible ».
De même, le recul de l'inflation mensuelle, qui a atteint 2,2% en décembre (contre 2,3% en novembre et 2,5% en octobre), est principalement dû à une « certaine détente de précédentes tensions sur le marché du pétrole ». Toutefois, le taux annuel d'inflation devrait demeurer élevé à courte échéance, et les risques restent à la hausse, observe M. Trichet, qui précise: « les effets indirects des précédentes hausses de prix du pétrole sur les autres composantes de l'indice des prix pourraient se matérialiser graduellement, et on peut s'attendre à ce que les changements déjà annoncés dans les prix administrés et les taxes indirectes aient un effet haussier ». M. Trichet assure donc que le Conseil des gouverneurs « continuera de suivre avec beaucoup d'attention les développements en termes de risques pour la stabilité des prix à moyen terme ». Il s'agit d'une sorte de « boussole, et c'est là l'aiguille que nous observons », a-t-il répété. Si les hausses des salaires ont été modérées lors des trimestres récents, M. Trichet n'en appelle pas moins les partenaires sociaux à continuer à assumer leurs responsabilités, « aussi dans un environnement économique plus favorable ». Nous parlons des augmentations salariales réelles et pas nominales, a-t-il ensuite précisé en réponse à une question, ajoutant que « si l'inflation monte en flèche, ce n'est pas bon pour les ménages, les employés, les travailleurs ». Ainsi, « en défendant la stabilité des prix, nous défendons le pouvoir d'achat », a-t-il insisté.
Pressé de répondre sur les anticipations de nombreux acteurs, qui s'attendent à une nouvelle hausse des taux en mars prochain, M. Trichet a refusé de s'attarder sur l'avenir, constatant simplement que le « message de notre dernière conférence de presse a été bien reçu par les marchés ». A l'époque, il avait précisé que l'institution de Francfort n'avait pas l'intention de s'engager dans « une série d'augmentations qui s'enchaîneraient », mais qu'elle respecterait son mandat de garant de la stabilité des prix à tout moment (EUROPE n° 9080).
M. Trichet a par ailleurs espéré que l'examen des programmes de stabilité actualisés par le Conseil et leur mise en œuvre sera l'occasion de « réaffirmer avec force les engagements en faveur de finances publiques saines et d'une mise en œuvre rigoureuse du Pacte de stabilité et de croissance » (pour l'analyse des premiers programmes par la Commission, voir EUROPE n° 9107). « Cela aurait un impact positif sur la confiance », a estimé le président de la BCE.