login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9032
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Le débat sur « la préférence communautaire » doit être pris au sérieux

Mise en garde des économistes. La relance de la notion de « préférence communautaire » jouera-t-elle un rôle dans la réflexion sur l'avenir de l'Europe ? Certains éléments m'amènent à estimer que oui, en particulier la constatation que sept Etats membres l'ont explicitement évoquée cette semaine au sein du Conseil Agriculture en relation avec la définition de la position de l'Union en vue du nouveau round de négociations commerciales à l'OMC (voir notre bulletin n° 9030). Certes, c'est une notion à utiliser avec beaucoup de tact et de précaution, parce que l'Europe a besoin d'un monde où les échanges soient aussi libres que possible. Les prises de position politiques en faveur de la préférence communautaire (voir cette rubrique d'hier) ont été accueillies avec réticence, en France même, par plusieurs économistes qui mettent en garde contre la tentation du protectionnisme en tant qu'instrument pour surmonter les difficultés économiques. L'Europe aurait beaucoup à perdre en cédant à cette tentation, par exemple l'accès à certains marchés extérieurs et les gains de pouvoir d'achat pour les consommateurs résultant des importations bon marché. Pascal Lamy, dans une audition devant la Sénat français tenue avant d'assumer les responsabilités qui sont aujourd'hui les siennes au sein de l'OMC, avait rappelé que toute renégociation de concessions commerciales se paye cash: importer moins signifie exporter moins. Et on sait à quel point l'efficacité économique et le bien-être des pays européens sont liés à leurs exportations.

Il est donc indispensable que les forces politiques engagées dans ce débat clarifient de la façon la plus formelle que l'UE ne fera en aucun cas marche arrière dans la libération des échanges, qu'elle respectera tous ses engagements et qu'elle participera activement aux efforts pour aller encore plus loin, si les conditions sont équitables. La préférence communautaire signifie exclusivement que le marché intérieur européen est « sans frontières » alors que vis-à-vis de l'extérieur des frontières subsistent, de la même manière que tous les pays tiers en maintiennent à l'égard des marchandises et des services de l'UE. L'« identité économique européenne » doit être sauvegardée, de la même manière qu'existent des identités économiques américaine, russe ou brésilienne. Ces principes simples sont difficilement contestables. Les difficultés résident dans leur application.

De Mario Monti à Philippe Herzog. Le premier débat ouvert situé dans la réflexion sur l'avenir de l'Europe auquel j'ai assisté à Bruxelles (celui organisé par « Confrontation Europe », voir notre bulletin n° 9029) a déjà donné un avant-goût du débat sur la préférence communautaire. Mario Monti a dénoncé le danger de toute initiative qui pourrait donner l'impression d'un « repli sur soi » et qui ouvrirait la voie à des comportements qui en définitive nuiraient à l'Europe elle-même. Il est faux à son avis d'opposer une attitude anglo-saxonne ultralibérale et une attitude continentale plus restrictive ; en réalité, c'est l'Allemagne qui à partir des années cinquante a indiqué à l'Europe la voie de l'ouverture et de la concurrence, laquelle a ensuite profité à tous et doit être maintenue. Il ne faudrait pas que les réticences françaises sous-entendent une certaine méfiance à l'égard même du grand marché européen unifié. M. Monti a toutefois reconnu que la situation du secteur agricole est particulière, tout en évitant d'entrer dans les détails. Pour Philippe Herzog, en revanche, la question des préférences et d'une certaine protection est « un vrai problème ». Toutes les puissances mondiales s'ouvrent et en même temps se protègent, parfois par d'autres moyens (comme par exemple la politique monétaire). Il n'est pas question de protectionnisme mais de défendre ses propres intérêts légitimes sur le plan mondial. M. Herzog estime que la politique commerciale internationale est en partie un échec: le multilatéralisme s'impose pour les échanges mais pas pour les règles: ni dans le volet social ni dans le volet environnemental, l'on a abouti à des disciplines communes. Une « conception nouvelle » est nécessaire qui permette de « combattre les avantages comparatifs déloyaux ». Dans un texte précédent, M.Herzog avait parlé de la nécessité pour l'Europe d'une « politique commerciale dévouée au multilatéralisme mais qui, comme dans les autres régions du monde, assure quand c'est nécessaire une protection légitime de l'espace européen ». À son avis, « la concurrence libre et non faussée héritée du libéralisme allemand de l'après-guerre (qui visait à démanteler les cartels après le nazisme) doit être repensée et équilibrée par des règles et des incitations, permettant l'essor de politiques industrielles, financières et de réseaux, dont la carence fait mal. Ces politiques impliquent un contrôle social partagé du grand financement et des grandes entreprises, afin que celles-ci s'européanisent et n'aillent à la mondialisation qu'en faisant fructifier dans l'espace communautaire les bases de recherche et d'activité ».

On le voit, nous sommes loin de la renonciation à toute « identité économique européenne » qui selon Gordon Brown devrait aller de soi dans le contexte de la mondialisation. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES