Ljubljana, 20/09/2005 (Agence Europe) - La Slovénie cherche à garantir que sa frontière avec la Croatie soit à la fois sûre, pour lutter efficacement contre l'immigration illégale et le crime organisé, et suffisamment flexible, pour ne pas handicaper la vie de la population locale. Or, elle craint que l'application stricte de l'acquis « Schengen » à partir d'octobre 2007 n'entraîne des restrictions dans les déplacements de la population transfrontalière. À l'initiative du Groupe « Kangourou » présidé par Karl von Wogau, une délégation de députés européens a effectué du 16 au 18 septembre en Slovénie une visite d'étude consacrée à la gestion des frontières externes de l'Union européenne et au cours de laquelle les autorités slovènes ont présenté leur plan d'action national pour l'intégration à l'espace « Schengen ». Le chrétien-démocrate allemand Karl von Wogau, qui est aussi président de la sous-commission « défense » du PE, a souligné l'importance d'une « gestion commune des frontières » fondée sur des « standards modernes » et souhaité que l'UE soutienne « techniquement et financièrement » la mise en œuvre de l'acquis « Schengen » en cours de consolidation dans le nouveau code communautaire sur les frontières (voir EUROPE n° 8919 et 8713). Lors de visites sur le terrain, la délégation parlementaire a pris connaissance des techniques qu'utilise la police slovène pour contrôler les 670 kilomètres de frontière avec la Croatie. Les différends territoriaux qui opposent les deux pays ont été également évoqués.
« Notre frontière est sûre », estiment les autorités slovènes, convaincues que la Croatie, candidate à l'adhésion à l'UE, ne représente pas un danger sur le plan des flux migratoires. Les Croates n'ont pas besoin d'un visa pour entrer sur le territoire communautaire. « Nous ne nous attendons pas à de sérieux problèmes à notre frontière » dans le futur, a déclaré Dragutin Mate, ministre slovène de l'Intérieur, le 16 septembre. L'immigration illégale apparaît limitée: 5000 franchissements illégaux de frontières ont été constatés en 2003 et en 2004, et 80% des personnes interceptées sont reconduites immédiatement à la frontière. Les immigrants illégaux entrent en Slovénie surtout par la Croatie et sont originaires du Kosovo, de Serbie et Monténégro, de Bosnie et Herzégovine, d'Albanie. L'augmentation du nombre de demandes d'asile pose problème, a néanmoins reconnu M. Mate. Danijel Lorbek, Chef de la section de la police des frontières, a également fait état de difficultés liées à l'aéroport de Pristina au Kosovo qui, du fait de l'absence de régime de visa sur ce territoire, fait face à une arrivée massive d'immigrants de pays tiers.
La Slovénie et la Croatie ont introduit un document officiel à usage local afin de faciliter les déplacements de la population locale qui se trouve à leur frontière commune. Près de 30 000 personnes sont concernées de part et d'autre de la frontière: des agriculteurs, des travailleurs et des écoliers. Avec ce document, les Croates peuvent entrer en Slovénie sans passer obligatoirement par les postes officiels de contrôle et bouger librement sur une zone de dix kilomètres à l'intérieur des terres, mais ils ont besoin de leur passeport pour se rendre à Ljubljana. D'autres accords transfrontaliers existent dans le domaine de la pêche, du tourisme et de l'assistance sanitaire. La Slovénie craint cependant que la mise en œuvre de l'acquis « Schengen », combinée à un tracé frontalier mouvementé, ne complique la vie frontalière locale: « Les procédures seront plus difficiles à l'avenir », a déclaré Dragutin Mate. Or, selon Peter Reberc, Chef de la commission mixte de mise en œuvre de l'Accord entre la Slovénie et la Croatie, « il n'y a pas de lien entre l'immigration illégale et les facilités frontalières » accordées à la population locale. Les autorités slovènes sont donc à la recherche de « solutions pratiques et faisables ». « Nous ne demandons pas un régime spécial, a ajouté Peter Reberc, ni même une simplification de l'acquis « Schengen », mais nous souhaitons qu'un modèle soit trouvé sur la base de solutions qui existent déjà dans la pratique et ont fait leurs preuves ».
La délégation parlementaire s'est dite consciente des enjeux liés aux frontières externes de l'UE. « Nous ne voulons pas une muraille de Chine », a indiqué Karl von Wogau, « mais une frontière sûre et flexible ». « La proposition de la Commission est raisonnable », a-t-il estimé au sujet de la proposition de règlement de février 2005 qui amende l'acquis « Schengen » en instaurant des règles relatives au petit trafic frontalier aux frontières terrestres extérieures des États membres. M. von Wogau ne s'est pas prononcé sur deux éléments de cette proposition: l'obligation de tamponner les documents officiels à chaque franchissement de frontière et la période maximale de trois mois par semestre pour un séjour dans la zone frontalière. Des discussions sont en cours avec Mihael Brejc (PPE/DE, slovène), rapporteur du PE sur ce dossier et hôte de la visite d'étude. Les autorités slovènes estiment que « l'adoption du règlement dans sa forme actuelle aurait un impact négatif sur la vie et les conditions de travail de la population locale », et rejettent la proposition de la Commission sur les tampons systématiques. Un compromis en leur faveur serait en train de se dessiner au Conseil sur ce point. Concernant la taille de la zone où le nouveau régime s'appliquerait, la Slovénie souhaite maintenir la zone de dix kilomètres. La Commission a proposé 30 kilomètres.
M. von Wogau a apprécié le « professionnalisme » des autorités slovènes mais a néanmoins constaté que les « standards modernes » de gestion des frontières ne sont « pas atteints ». « Il y a un déficit dans la gestion commune » de la frontière, a-t-il estimé. Selon lui, l'UE devrait contribuer « techniquement et financièrement » aux efforts faits sur le terrain et prendre davantage en compte le concept de gestion commune, notamment à travers « la nouvelle politique de voisinage » et le futur « programme de recherche sur la sécurité ». « Nous avons besoin d'un projet commun de contrôle des frontières », a estimé la chrétienne-démocrate allemande Ewa Klamt, coordinatrice du groupe PPE/DE pour la commission des libertés civiles, en regrettant la carence de dispositions sur « l'immigration légale » au niveau européen. Selon elle, l'UE doit ouvrir la porte d'un côté, la refermer de l'autre et dire aux candidats à l'immigration légale: « S'il vous plaît, faites la file ».
La police slovène surveille la frontière avec la Croatie en permanence. Elle utilise des méthodes traditionnelles (unités mobiles motorisées, police montée, surveillance aérienne) et sophistiquées telles que la thermovision, qui permet de repérer une personne la nuit grâce à la température de son corps. Des patrouilles mixtes, composées d'officiers slovènes et croates, ont été également mises en place. Afin de remplir les obligations découlant de l'entrée dans l'espace « Schengen », la police slovène doit former et recruter 2000 policiers pour atteindre le chiffre de 3000 officiers nécessaires à la surveillance permanente de la frontière avec la Croatie. Dragutin Mate a souhaité qu'il y ait une « bonne coopération » entre anciens et nouveaux États membres et que son pays intègre « SYS II », la deuxième génération du système d'information Schengen (voir EUROPE n° 8959). L'expérience acquise au cours de programmes de jumelage avec les administrations allemande, autrichienne, espagnole et française est également jugée de manière positive.
Un différend territorial subsiste entre la Slovénie et la Croatie. Il porte surtout sur la frontière maritime en baie de Piran. Les Slovènes revendiquent l'ensemble de la baie et souhaitent un accès direct aux eaux internationales. Les Croates considèrent qu'il faut diviser la baie de Piran selon une ligne médiane et réclament une frontière directe avec l'Italie. Moins importants, les différends qui concernent la frontière terrestre ont néanmoins conduit à un tracé parfois exagérément compliqué: une route traverse sept fois la frontière en l'espace de deux kilomètres et un restaurant est coupé en deux par le tracé de la frontière. Ce différend territorial aggrave les difficultés dans la vie quotidienne de la population locale, habituée à circuler librement dans la zone transfrontalière avant l'indépendance de la Slovénie et de la Croatie au début des années 1990.
Créé en 1979, le Groupe « Kangourou » rassemble des représentants des institutions européennes et des groupes d'intérêts dans des débats sur des enjeux européens. Il a d'abord concentré ses travaux sur la création du marché intérieur puis de la monnaie unique. La mise en place de l'espace « Schengen » représente désormais une de ses priorités. (Infos: Liselotte Hallen ; T: 02/2844666 ; http: //http://www.kangaroogroup.org )