Bruxelles, 20/09/2005 (Agence Europe) - Des députés européens du groupe socialiste sont rentrés scandalisés de leur visite au centre de rétention des réfugiés à Lampedusa (au sud de la Sicile) jeudi dernier, ont-ils raconté mardi en conférence de presse. La délégation, composée de députés de tous les groupes, avait été envoyée officiellement sur place par le Parlement européen pour inspecter les conditions d'accueil dans ce centre où échouent de nombreux candidats à l'asile ou à l'immigration provenant d'Afrique, au coeur d'une polémique depuis que l'Italie renvoie nombre d'entre eux vers la Libye (EUROPE n° 9029).
La française Martine Roure, qui présidait la délégation, dénonce une « mascarade dramatique », puisque la presque totalité des réfugiés avait été déplacée hors du centre par ponts aériens avant l'arrivée de la délégation. Il n'y avait que 11 demandeurs d'asile présents lorsque nous sommes arrivés sur place, alors qu'il y en a parfois jusqu'à 1000, a-t-elle souligné. C'est la première fois que, lors d'une visite d'un centre de rétention, « les députés sont plus nombreux que les réfugiés », ont souligné Martine Roure, Claudio Fava, et Wolfgang Kreissl-Dörfler devant la presse. Mécontents de « n'avoir pas vu le centre tel qu'il fonctionne », les députés protestent aussi contre le fait que les autorités italiennes ne leur auraient pas donné accès au registre des arrivées dans le centre et des expulsions vers la Libye ou d'autres pays. De ce que nous avons pu voir du centre - il n'y aurait que 12 toilettes, sans portes, et 18 lavabos - nous estimons que les conditions d'accueil sont « dramatiques » et « violent les droits de l'Homme », a déclaré Mme Roure, qui présentera, la semaine prochaine à Strasbourg, un rapport à la commission des libertés publiques du PE.
La commission des libertés publiques va mener des inspections dans d'autres Etats membres, en particulier Pologne et Malte, dans les mois à venir, et souhaite aussi se rendre en Libye, ont indiqué Wolfgang Kreissl-Dörfler et Martine Roure.
La Commission européenne n'écarte pas, en théorie tout au moins, la possibilité de mener elle-même des enquêtes, pour s'assurer du respect de la directive sur les normes minimales d'accueil des demandeurs d'asile entrée en vigueur en février. « Cela fait partie de notre rôle », indique le porte-parole du Commissaire Franco Frattini, tout en soulignant qu'à la Commission seuls cinq fonctionnaires s'occupent de l'asile. La Commission européenne, à sa connaissance, n'a encore jamais mené de telles inspections, indique-t-il.
Alors que 256 nouveaux clandestins ont été secourus dans la nuit de lundi à mardi au large de Lampedusa, la Commission se montre très prudente sur la question des expulsions, et souligne qu'en l'absence de législation européenne, « c'est aux juges italiens, et peut-être à la Cour européenne des droits de l'Homme », de dire si les expulsions par les autorités italiennes depuis Lampedusa sont « conformes » à la Convention de l'ONU sur les réfugiés et à la Convention européenne des droits de l'Homme.