Bruxelles, 20/09/2005 (Agence Europe) - Les dix-huit pays ACP associés avec l'Union européenne au protocole sucre et dix des pays les moins avancés (PMA) ont demandé, lors de leur réunion informelle avec les ministres de l'Agriculture des Etats membres de l'UE, le 19 septembre à Bruxelles, une réforme en douceur du régime communautaire du sucre. Ils ont donc critiqué les propositions législatives, jugées dramatiques pour leurs économies, présentées en juin dernier par la Commission européenne.
Les pays ACP et les PMA ont en commun le souci de préserver, pour leurs producteurs de sucre, un accès préférentiel au marché européen. Leurs revendications ne sont pas exactement les mêmes. Les pays ACP demandent une réduction des prix bien moindre que celle proposée (39% sur deux ans à partir de 2006), plus étalée dans le temps et démarrant seulement après les négociations de l'Agenda de Doha à l'OMC (fin 2006). De plus, ils jugent dérisoire l'aide proposée par l'UE pour la restructuration de leur secteur. Selon les pays ACP, la réforme telle que proposée entraînerait la perte en 2009 de la moitié des revenus à l'exportation de leurs producteurs de sucre, soit un préjudice financier de plus de 300 millions d'euros par an, sans compter l'impact économique, social et environnemental qui en découlerait. Selon les PMA, la Commission a exagéré les effets de l'initiative « Tout sauf les armes » dont ils bénéficient (accès sans droit de douane au marché communautaire). Ils se disent prêts à limiter leurs exportations vers l'UE, à condition que la réduction des prix du sucre européen se situe entre 15 et 20% (donc avec un prix préférentiel).
Lors de la conférence de presse après la réunion, Mariann Fischer Boel, Commissaire européenne à l'Agriculture, a salué le fait que les ACP et PMA reconnaissent le caractère inéluctable de la réforme, « même si nous ne sommes pas d'accord quant au rythme et à l'ampleur » des mesures à prendre. Elle a averti que « plus on attendra, plus dure sera la réforme ». La Commissaire a défendu la réduction de 39% proposée, en répondant aux pays qui demandent une réduction des prix entre 15 et 20% qu'un tel niveau ne permettra pas « d'assurer la restructuration nécessaire du secteur, alors que les importations augmenteraient de manière spectaculaire, ce qui aurait pour effet un effondrement de notre marché ». Elle a rappelé qu'avec une réduction de 39%, les prix sur le marché européen resteront deux fois supérieurs au prix du marché mondial.
Mme Fischer Boel a indiqué qu'entre janvier dernier (date de la précédente rencontre: EUROPE
N° 8874) et aujourd'hui, l'UE avait tenu compte de deux revendications des PMA et pays ACP: - au cours de la première année, la réduction de prix sera de 20% pour les producteurs européens, mais sera bien moindre pour les pays tiers (« ce qui leur laissera plus de temps pour s'adapter ») ; - dans la proposition adoptée le 22 juin dernier, la Commission a corrigé le tir en proposant une baisse de prix identique aussi bien pour le sucre brut que pour le sucre blanc (dans sa communication de juillet 2004, elle tablait sur -39% pour le sucre blanc et -42% pour le sucre brut). Au sujet des PMA, Mme Fischer Boel a assuré que « nous n'avons nullement l'intention de faire machine arrière en ce qui concerne l'initiative Tout sauf les armes ».
Louis Michel, Commissaire au développement, a rappelé le plan d'action « très flexible » envisagé par la Commission pour aider les pays du protocole sucre à s'adapter à la réforme communautaire du secteur du sucre. « Je pense que cette réforme est une occasion à saisir pour ces pays d'évoluer vers des économies plus durables, plus diversifiées et moins vulnérables aux changements politiques », a déclaré M. Michel, avant de préciser que des plans d'ajustement réalistes (réalisés par chacun des pays ACP) « auront notre soutien sans réserve ». Dans ce contexte, il a rappelé « combien il était important maintenant d'aller de l'avant avec les plans stratégiques, qui vont me permettre d'avoir une idée plus exacte des montants nécessaires à engager par la Commission pour soutenir ces mesures d'ajustement ». Il a précisé que le budget proposé de 40 millions d'euros pour 2006 est un « budget de démarrage ». Ce programme de soutien doit couvrir huit ans et disposera de moyens financiers « nettement plus importants », a promis le Commissaire, avant de rappeler que les différents instruments d'aide au développement « dont nous disposons » contribueront aussi à répondre aux besoins définis par ces plans structurels d'ajustement.
Le porte-parole des pays ACP, Arvin Boolell, ministre des industries agro-alimentaires et des pêches de l'île Maurice, a souligné qu'il convient « d'honorer les droits et les engagements qui lient l'UE aux ACP dans le cadre du protocole sucre (…). Nous ne sommes pas imperméables aux changements. Cependant, nous ne voulons pas une réforme qui soit trop profonde, trop violente, car cela pourrait avoir des retombées néfastes pour les petites économies vulnérables et sans autres débouchés », a-t-il déclaré, en précisant: « nous sommes très loin d'avoir des marchés rémunérateurs ». En répondant à des questions de la presse sur les revendications des pays ACP, M. Boolell a estimé que « tous les chemins mènent à Genève (où se jouent les négociations OMC). Il faut que le sucre figure parmi les produits sensibles (pour les réductions des droits de douane) et que la clause de sauvegarde soit intégrée dans les dispositions de l'OMC ». M. Boolell a affirmé aussi que « nous ne sommes pas contre la réforme, nous voulons seulement qu'elle soit juste ». En d'adressant au porte-parole des ACP, Mme Fischer Bol a souligné que le plan d'action aidera « votre industrie du sucre à être plus compétitive sur le marché mondial, même si vous allez bénéficier de prix moins importants sur le marché européen ». Elle a assuré que le sucre restera une activité rémunératrice pour les producteurs des pays ACP.
Le représentant des PMA, le Soudanais Ahmed Hussein Ahmed, a rappelé: « nous avons pu avoir accès au marché européen grâce à l'initiative Tout sauf les armes, un instrument de développement qui s'est révélé très utile pour nos économies et qui a pour objectif la promotion des exportations des PMA vers l'UE ». Il a souligné que ce programme avait été très bien reçu par les PMA et les investisseurs, mais il a critiqué les propositions de réforme de la Commission sur le sucre. Selon lui, une réduction de 39% des prix du sucre « aurait pour conséquence de porter un sérieux coup à nos marges de compétitivité ». M. Ahmed a reconnu que les PMA ne seront pas aussi fortement touchés que les pays ACP, tout en notant que leurs économies ne pourront pas « bénéficier pleinement de ce potentiel d'exportation qui risque d'être fortement affecté par cette baisse brutale des prix ». Il a donc demandé à la Commission de revoir sa position: « il y a des engagements OMC à respecter, nous avons demandé de tenir compte des effets de la réforme sur le grand objectif du Millénaire (réduction de la pauvreté) ». « Le commerce de produits agricoles doit être considéré comme un instrument de développement », a conclu M. Ahmed.