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Bulletin Quotidien Europe N° 9027
JOURNEE POLITIQUE / (eu) pe/droits de l'homme/asie

Véritable réquisitoire des défenseurs des droits de l'Homme contre le système de parti unique et la corruption au Laos, au Cambodge et au Vietnam - Interrogations sur l'efficacité de l'aide internationale

Bruxelles, 14/09/2005 (Agence Europe) - C'est une « minuscule lueur d'espoir que d'être entendu, de ne pas être abandonné », a dit Vanida Thepsouvanh, présidente du mouvement laotien pour les droits de l'Homme à propos de l'audition qui s'est tenue le 12 septembre au Parlement européen sur la situation des droits de l'Homme au Laos, au Cambodge et au Vietnam. Trente ans après la fin de la guerre du Vietnam, la situation des droits de l'Homme dans ces trois pays d'Asie du Sud-est n'est « pas totalement comparable ni similaire », a noté pour sa part la présidente de sous-commissison des droits de l'Homme du PE, Hélène Flautre (Verte française), avant de donner la parole aux défenseurs des droits de l'Homme. L'un après l'autre, chaque intervenant a fait le récit de calvaires personnels ou effectué un décompte exhaustif des victimes des répressions, et chacun, dénonçant l'emprise du parti unique et la corruption, a fait le même constat pour les trois pays de l'ex Indochine française, où les droits fondamentaux les plus essentiels sont régulièrement bafoués, avant d'adresser une recommandation: l'UE, dont les accords avec ces pays contiennent une clause sur le respect des droits de l'Homme, doit en tenir compte lorsqu'il s'agit de leur apporter un soutien financier.

Au Laos, a dit Vanida Thepsouvanh, « le droit à la pensée est permis, à condition qu'elle soit muette ». Elle a ainsi cité l'exemple des membres du mouvement des étudiants laotiens pour la démocratie qui croupissent dans les geôles du régime depuis la manifestation du 26 octobre 1999, le contrôle « total » sur la presse écrite et audiovisuelle et des tentatives pour juguler Internet. Le trafic d'êtres humains concernerait 60% des jeunes filles de moins de 18 ans (plus d'un tiers finissant dans la prostitution forcée), déplore Mme Thepsouvanh, qui, comme pour le trafic de drogue, se demande: à qui profite ce commerce ? Et de réclamer que l'UE constate au Laos des « avancées concrètes, significatives et vérifiables (en matière de droit de l'homme), avant d'ouvrir le tiroir caisse ». Ruhi Hamid, journaliste à la BBC, a témoigné pour sa part le sort réservé aux Hmongs, une peuplade vivant isolée dans la forêt par crainte des autorités communistes qui leur font payer l'engagement de leurs aïeuls aux côtés des Américains durant la guerre. Mme Hamid dépeint « une vie misérable », dans l'angoisse perpétuelle d'attaques des soldats laotiens, qui commettent « viols et mutilations à mort », alors que les Hmongs ne « veulent pas renverser le gouvernement, mais vivre une vie normale ».

Au Cambodge, le parti unique n'est pas la règle, mais l'opposition parlementaire est dans « un piteux état », a souligné l'opposant Sam Rainsy, chef du parti éponyme, le Parti de Sam Rainsy (PRS). L'omniprésence du PC cambodgien s'est instaurée de fait, et le parti détient « un contrôle de tous les leviers du pouvoir », explique M. Rainsy, dont l'immunité parlementaire a été levée. M. Rainsy s'interroge, lui aussi, sur l'efficacité de l'aide internationale dans de telles conditions, et se demande: « où va l'argent ? ». « Donner seulement de l'argent est peut être contre-productif », et il faudrait « aider le pays à s'aider lui-même » et à mettre en place des mécanismes démocratiques, dit M. Rainsy, en estimant que « l'impunité bloque toute réforme » et perpétue les crimes, et en demandant à la communauté internationale d'oeuvrer pour la création effective d'un tribunal pour juger les massacres perpétrés par les Khmers rouges. Kek Galabru, présidente de la Ligue cambodgienne pour la protection et la défense des droits de l'Homme, insiste elle aussi sur la nécessité d'un « système judiciaire indépendant » qui puisse restaurer la confiance de la population. Liberté de rassemblement et d'expression, droits de la femme et des enfants, confiscation des terres par les riches sont autant de problèmes majeurs qu'elle dénonce.

Vo Van Ai, président du Comité Vietnam pour la défense des droits de l'Homme, qui vient de publier un rapport accablant), juge que son pays allie tous « les inconvénients d'un régime ayant à la fois un parti totalitaire unique » et une économie libérale. « Le Vietnam se sert du droit pour violer les droits de l'Homme », la notion de sécurité nationale est utilisée au sens le plus large et aucune information sur les condamnations à la peine capitale n'est disponible, a expliqué Vo Van Ai pour décrire l'emprise du parti communiste vietnamien (PCV). C'est le « principal problème » du pays, car « vouloir établir une démocratie dans le cadre du parti unique » revient à « faire du pyromane un pompier et refuser l'aide de tous les pompiers volontaires », a-t-il lancé. Avec une société civile « ruinée (…), seules les communautés religieuses maintiennent en vie l'âme du Vietnam » et constituent un éventuel recours, a estimé Vo Van Ai, en citant l'Eglise bouddhique unifiée. Mais lorsque Thich Tri Luc, ancien moine de cette église, s'adresse aux députés ce sont plus de dix ans de « répression très dure » qui s'égrènent. Victime d'arrestations successives dans le cadre d'opérations d'aide humanitaire auxquelles participait l'Eglise bouddhique unifiée, condamné à des peines de prison et placé en résidence surveillée, puis poussé à fuir le pays avant d'être kidnappé et ramené en secret au Vietnam, le cas de Thich Tri Luc illustre le sort de « milliers de personnes emprisonnées de manière illégale » pour leur opinion politique ou leur confession religieuse.

Quelques députés européens ont réagi, souvent avec véhémence, pour réclamer plus de pression sur ces pays. Exaspéré, Marco Pannella (ALDE/Italie) a lancé: « Nous sommes les complices, les acteurs des monstruosités commises, que nous continuons de réapprendre session après session ». Et de critiquer la Commission qui continue à « dépenser l'argent des contribuables » en dépit de ce constat. La clause « droits de l'Homme » de l'accord avec le Laos « ne vaut pas le papier sur lequel elle est écrite », a déclaré Michael Gahler (PPE-DE, allemand), également très remonté, en se demandant s'il n'existe pas « un autre mécanisme pour sanctionner le Laos » et, si c'est le cas, pourquoi on ne l'utilise pas. Elargissant le débat aux demandes d'adhésion à l'OMC du Laos et du Vietnam, Monica Frassoni (co-présidente du groupe Verts-ALE) a estimé que « les considérations économiques et commerciales ne doivent pas être seules à compter », en regrettant que les progrès économiques de ces pays soit vu « comme une raison de justifier les violations des droits de l'Homme ». Ana Maria Gomes (PSE/portugaise) a tenu à rappeler que « les gouvernements sont très responsables », de cette situation, et pas la seule Commission européenne.

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